Skip to main content

Full text of "... Crispi, Bismarck et la Triple-alliance en caricatures: avec 140 reproductions de caricatures ..."

See other formats


Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 










Avec 140 caricatnri 
italiennes, Iranïaisei 
dont 2 cDloriésB 



\ 



\ 



CRISPI 



BISMARCK ET LA TRIPLE-ALLIANCE 



EN CARICATURES 



\ 



IL A ÉTÉ TIRÉ DE OB) VOLUME 

20 exemplaires numérotés et 'paraphés sur papier de Chine. 

NO 7. 




y 



/ 



\ 




MON ANCIENNE lit 



JOHN GRAND-ÇARTERET 



GRISPI 

BISMARCK ET LA TRIPLE -ALLIANCE 

EN CARICATURES 




PARIS 

LIBRAIRIE CH. DELAGRAVE 

i5, BUE 3OUPFL0T, 15 

1891 

Tous droits ttteiyéi. 



/■ 





A M. ANGELO DE GUBERNATIS 



PATftjOTE ITALIEN 



AMI DE LA FRANCE 



AUX VAILLANTS DESSINATEURS 

DU DON CHISCIOTTE, DE VÉPOCA, DU FISCIIIETTO, 

DU PASQUIXO, 



Je dédie ce livre sur Grispi 
le dernier des trois cheveu^ de la a Triplice ». 

J. G.-C. 





\ 




35F3P 



L'honorable Crispi se mettant en route poar Rome. 

{Don Chisciotte, 8 octobre 1889.) 



AVANT-PROPOS 



Esprit de ce livre. — L'impartialité est la règle de l'historien. 
— Quelques documents pour Bismarck en caricatures. — De 
l'utilité du document graphique. 



Pas plus que pour Bismarck, il ne s'agit ici 
d'un livre de haine. Je n'ai de rancune ni à 
l'égard des hommes, agents plus ou moins cons- 
cients de certains courants, ni à l'égard des peu- 
ples. Quand on veut apprécier les événements 
en philosophe, au moins faut-il savoir se placer 
au-dessus des bassesses humaines. 

J'ai toujours estimé, plus que jamais je pense 
que si l'on imposait silence aux journaux ina- 
vouables — ces perpétuels agents de discorde — 
on rendrait un service considérable à la cause de 
la paix sociale. 

1 



2 AVANT-PROPOS 



\ 



Donc on ne trouvera ici aucune insulte, ni à 
regard de l'Italie, ni à Tégard de celui que notre 
sœur latine paraît avoir, considéré, un certain 
temps, comme un homme d'Etat de haute concep- 
tion. Certes, Crispi n'intéresse pas au même 
degré que Garibaldi , ce « frère des mauvais 
jours » à qui nous payons bien tardivement une 
dette sacrée : sa figure n'a ni la même noblesse, 
ni le niême désintéressement ; elle ne les a plus 
tout au moins. Ce n'est pas le héros des temps 
antiques, c'est le conspirateur parvenant à ses fins 
après mille incidents; personnage double, mul- 
tiple même, triple en tout cas, se pliant à tout, 
changeant de peau avec une souplesse inouïe, et, 
dans son ensemble, plus avide" de pouvoir que 
SQucieux du bien public. Mais il ne faudrait point 
pour cela méconnaître sa valeur. 

Avec Bismarck le voici devant nous, brillant 
météore à la lanterne éteinte. Comme Bismarck 
je préfère l'étudier ainsi, au repos, en cet état 
d'effacement plus ou moins momentané, parce 
que j'estime l'instant plus favorable pour faire 
passer sous les yeux du public les pièces du 
procès. 
Il ne s'agit donc point d'insulter lâchement à 



V 



AVANT-PROPOS 3 



Taide de la plume ou du crayon un ministre tombé. 
Trop de gens, déjà, se sont chargés de cette peu 
enviable besogne. L'ennemi est à terre, on doit le 
respecter. Il est même permis de Tadmirer si, 
dai^s son infortune,^ il fait preuve de grandeur 
d'âme. ^ 

Le succès obtenu par mon Bismarck en carica- 
tures m'a, du reste, amplement démontré qu'on ne 
faisait pas inutilement appel aux sentiments 
élevés. Et si ce livre a été quelque peu tiré par 
les cheveux, la faute en est non pas à l'auteur, 
mais bien au tout-puissant ministre qui laissera 
dans rhistoire un rayonnement tri-capillaire. 
J'ai, il est vrai, contribué à augmenter la collec- 
tion des caricatures bismarckiennes, et, sans avoir 
jamais ni interviewé, ni visité le grand chancelier, 
je me suis trouvé prendre place à ses côtés. 
D'où certaines images qui arpuseront peut-être mes 
lecteurs, et tous ceux qui, avec moi, recherchent, 
aujourd'hui, le document illustré. 

Pour ma part, j'ai été particulièrement sensible 
aux marques de symj^athie qui me sont venues 
de France et même d'Allemagne, comme j'ose 
espérer qu'il m'en viendra, cette fois, de France 
et d'Italie. Et ceci pour deux raisons. 



AVANT-PBOPOS 



Lorsque, en mai 1890, parut ce Bismarck 
expliqué par l'estampe, il y eut, de part et d'autre, 
un moment d'hésitation : les uns « espéraient » 




un débordement d'injures — le genre de revan- 
che cher aux braillards — ; les autres craignaient 
un de ces ouvrages qui déshonorent toujours 
celui qui s'en reconnaît l'auteur. En Allemagne, 



AVANT*PROPO 



certains libraires évitèrent de placer le volume 
en évidence ; à Berlin , un médecin de mes 
amis, alors au Congrès de chirurgie, eut quelque 
peine à se le procurer. " Un livre sur Bismarck 




avec des caricatures , venant ' de Paris , cela 
doit être un pamphlet insultant », répétait-on 
volontiers. 

Eh bien non! La France, quoi qu'on dise, quoi 
qu'on veuille faire, est, dans son ensemble, le pays 
de la Béreine impartialité, des sentiments nobles 



6 AVANT-PROPOS 



et élevés. Que peuvent quelques brochures inju- 
rieuses, quelques articles « d*aboyeurs » devant 
les éludes de M. Amédée Pigeon ou de M. de Saint- 
Mesmin dans le Figaro^ devant les ouvrages cou- 
rageux, réellement français, de M, Victor Cambon 
ou de M. Félix Narjoux, ces livres qui seront 
l'éternel honneur (iu pays et de leurs auteurs? 

L'époque des récits fantaisistes est passée; il 
ne s'agit plus de tromper le public, mais bien de 
réclairer. 

C'est pourquoi, laissant de côté pour l'instant 
les physionomies historiques comme Jeanne d'Arc, 
comme les Napoléon, comme Thiers, qui, succes- 
sivement, prendront place dans ma galerie des 
personnages illustres « Vus par l'image », je con- 
sacre à Crispi ce second volume où le document 
dessiné prend une si grande importance. 

Apprendre aux uns et aux autres ce qu'ils 
ignorent, tel est le but de cette collection pour- 
suivant par le livre le même but que le Figaro par 
les intéressantes expositions de périodiques illus- 
trés qui se succèdent chaque semaine, en sa salle 
des dépêches. Aux Italiens je viens donc dire : 
Voici de quelle façon les étrangers vous compren- 
nent, vous apprécient, vous représentent; aux 



AVANT-PROPOS 



Français : Voici de quelle façon l'Italie personnifie 
la France, voici comment la presse caricaturale 
de la péninsule a combattu, ridiculisé, le ministre* 
qui vient de tomber. 

Au lieu de toujours désunir, mieux vaudrait 
chercher à rapprocher. Au lieu de, sans cesse, 
jeter de l'huile sur un feu mal éteint, au lieu de 
reproduire avec force commentaires des articles 
excitateurs, anti-français, anti-italiens, anti-alle- 
mands, mieux vaudrait faire connaître de part 
et d'autre le côté comique que l'esprit popu- 
laire a su dégager des événements politiques. 

Grossis par les journalistes reptiliens, les 
moindres faits prennent une importance dérisoire. 
Avec rimage, ils restent en place : les caricatures 
sont à la fois plus topiques et plus concluantes. 

Devant telle gravure qu'on retrouvera ici, le 
peuple eût compris, et, désarmé par le rire, tout 
esprit de rancune eût disparu. Comment en vou- 
loir aux Italiens des « frasques » de don Ciccio * 
quand on voit ces mêmes Italiens tourner en ridi- 
cule avec un entrain endiablé les « crispinades » 
du plus grand homme de la Trinacrie! 

1. Diminutif napolitain du nom de Francesco. Crispi est 
toujours appelé « don Ciccio » par les journaux humoristiques. 



V 



8 AVANT-PROPOS 



Tout passe, tout casse, tout lasse,... tout 
tombe, même les premiers ministres, à trois che- 
• veux, à trois portefeuilles, à trois alliances. 

Et c'est pourquoi l'image qui nous fait assister 
aux péripéties des grandeurs et des décadences 
humaines, est éminemment consolante. 

N'avait-elle pas dès le mois de mars 1890 — il 
y a une année — remisé Crispi dans Tarmoire 
aux retraités à côté de ses amis Bismarck et Tisza? 

Le crayon se faisant prophétique! Qui donc, 
maintenant, osera ijiéconnaître son importance 
sur les destinées humaines? 

Un dernier mot, et ce sera pour remercier ceux 
qui ont bien voulu nie prêter à nouveau leur 
gracieux concours; d'abord les directeurs des 
journaux illustrés dont les caricatures sont ici 
reproduites très fidèlement, quoique réduites pour 
la plupart dans des proportions considérables; 
ensuite les artistes qui, comme Blass, Tiret- 
Bognet, Moloch, Trewey — le silhouetteur aux 
iantaisies amusantes — m'ont permis d'ajouter 
au côté documentaire des compositions inédites. 

Blass, le spirituel caricaturiste qui avait déjà 
habillé d'une façon si pittoresque mon « Bis- 
marck », a trouvé pour ce volume le vêtement 



AVANT-PROPOS 9 

qui lui convenait, en rivant au sol et en fixant 
les uns aux autres par de triples anneaux, les 
trois compères de la Triple-Alliance, Bismarck, 
Grispi, Tisza. Sa couverture va encore avoir le 
succès des vitrines. 

Quant à Tiret-Bognet, ses allégories politiques 
pleines d'allure et de mouvement, en nous rappe- 
lant ce que fut la grande caricature, montreront 
à tous ce que doit être le dessin satirique,'à 
la fois œuvre d'art et de pensée. Puissent-elles 
ouvrir la voie aux crayons dfi l'avenir! 

John GHAPiD-CAnTEBET. 




V 



V , 




GRISPI 

BISMARCK ET LA TRIPLE-ALLIANCE 

EN CARICATURES 



QUELQUES PARTICULARITÉS DES CARICATURES 

ITALIENNES 



Liberté de la caricature en Italie. — Violence des caricatures 
contre Grispi. — Différences des genres. — Deux particu- 
larités de la caricature italienne : l'androgynat et les rémi- 
niscences romaines. 



Les caricatures italiennes surprennent grande- 
ment ceux qui ignorent les choses et les mœurs 
de rétranger. 

D'abord ces caricatures, par la persistance des 
sittaques personnelles, indiquent un régime de 
liberté que beaucoup croient incompatible avec 

une monarchie, même libérale, même parlemen- 

\ 

taire: ensuite, elles ont une allure, un caractère 
artistique et surtout individuel que nous ne 



12 CRISPI EN CARICATURES 

sommes plus habitués à rencontrer en France. 
La personne du Roi mise de côté, la presse ita- 
lienne peut discuter les actes politiques du gou- 
vernement, par la plume et p^ le crayon, comme 
bon lui semble. Il faut rendre à Crispi cette justice 
que s'il a été quelquefois peu tolérant à Tégard des 

purnaux étrangers, il\ toujours eu Tesprit de se 

» 

laisser caricaturer sous toutes les formes par les 
journaux de son pays. 

Ceux qui voyaient en Crispi un dictateur 
usant vis-à-vis de la presse de procédés arbi- 
traires, se trompaient étrangement. Ceux qui vont 
voir défiler, à travers ces pages, les plus amu- 
santes compositions de la campiagne satirique 
menée contre l'ancien révolutionnaire appren- 
dront tout un côté de l'histoire européenne qui, 
très certainement, leur avait échappé. 

Vous vous étiez imaginé Crispi encensé d'un 
bout à -Pautre de la péninsule, vous vous Tétiez 
figuré trônant à l'ombre des platanes, mollement 
étendu et bercé par des chants d'allégresse. Or 
voilà que, devant les irrévérences, devant les 
libertés du crayon, tout cela disparaît : Crispi, loin 
d'être un Dieu, n'est plus que le ministre très 
caricaturé d'un pays encore plein d'ardeur pour 



PARTICULARITÉS ITALIENNES 13 



les luttes politiques. Car là est la caractéristique 
de cette imagerie, menant le bon combat pour la 
liberté, mettant ses armes au service des idées 
libérales contre les tendances autoritaires d'un 
homme d'Etat. Il y a plus; dans la masse des 
périodj^ques illustrés, je cherche vainement le 
journal ayant défendu la politique crispinienne. 
Là où les Allemands, soit par respectueuse 
sympathie, soit par crainte des foudres Jupiter- 
riennes, s'étaient évertués à ne présenter qu'un 
Bismarck humoristique, toujours bon enfant, ange 
de douceur que ses ennemis, par haine, transfor- 
maient eh classique Barbe-Bleue, les Italiens, au 
contraire, paraissent avoir voulu ridiculiser leur 
tout-puissant ministre, sans, toutefois, jamais rien 

m 

publier qui pût porter atteinte à la dignité de 
l'homme ou du pays. 

Ce qu'ils ont visé c'est l'ambition, l'orgueil, 
les tendances autoritaires, la politique même de 
Crispi, et c'est pourquoi cette caricature a si 
grande allure. On sent des crayons libres, aux 
mains de consciences individuelles, des citoyens 
prenant part à la lutte, et non des instruments 
sous la dépendance de spéculateurs marrons bat- 
tant monnaie avec des images satiriques au goût 



o 



i\ CRISPI EX CARICATIRES 



du jour. Ces crayons ont une pensée individuelle : 
ils .ne sont pas à la solde a d'entrepreneurs de 
canards » faisant exécuter par de misérables 
manœuvres des barbouillages sans nom. 

En Italie, comme aux beaux temps de la carica- 
ture française, c'est l'artiste qui est Tâme du 
journal : on ne voit pas, spectacle attristant pour 
nous, des journalistes boursicotiers ou des ex- 
clercs d'huissier commander sur mesure des insa- 
nités graphiques, sans dessin, sans esprit, et 
repousser systématiquement tout ce qui a du 
souffle, du mouvement, une recherche d'art et de 
vérité. 

Pour mon Bismarck en caricatures j'avais dû 
recourir spécialement aux grandes images chro- 
molithographiques du Papagallo^ les seules con- 
nues du public français, parce que ces images 
rendaient bien le côté international de la carica- 
ture italienne; ici nous allons pénétrer plus avant 
dans l'art satiiique de nos voisins, nous allons le 
voir et dans les journaux hebdomadaires aux ten- 
dances plus élevées, et dans la presse quoti- 
dienne. 

Ici, c'est le Pasquino avec Téja; là, c'est le Fis- 
chietto avec Camille Marietti : deux crayons exer- 



PARTICULARITÉS ITALIENNES 15 

ces, deux esprits ouverts à toutes les formes du 
comique. Pasquino, Fischietto^ avec le défunt 5jt?i- 
rito Folletto sont les véritables revues illustrées de 
la vie politique italienne : tout ce qui depuis qua- 
rante ans. a intéressé ou agité le pays à un titre 
quelconque se retrouve 'là, en images amusantes, 
plus ou moins vives, mais jamais ordurières; 
en lithographies grenées, de tous formats, sou- 
vent traitées avec maîtrise; en grandes pages 
mises en couleurs, visant sans cesse au tableau, 
au décor, et produisant quelquefois les plus heu- 
reux effets. Dans ce domaine plus étroit du métier, 
on est étonné des résultats obtenus par les Ita- 
liens avec des rouges mis à plat, habilement 
mélangés aux blancs et aux noirs de leurs crayons 
gras. 

Et partout, dans tous les centres de quelque 
importance, se sont multipliés les journaux sati- 
rique^ apportant leur concours contre l'épopée 
crispinienne : le Monello, YO di Giotto et bien 
d'autres. 

Ici, c'est le Don Chisciotte^ là c'est VÉpocay 
deux quotidiens comme nous n'en possédons 
aucun; Tun à Rome, l'autre à Gênes; l'un s'amu- 
sant à annoter au jour le jour par de petites 



16 CRISPI EN CARICATURES 



vignettes au trait les frasques du grand homme, 
l'autre lançant contre le terrible dictateur de 
grandes compositions empreintes d'un soufQe 
puissant et très habilement dessinées en vue de 
TefFet à produire. La « Crispinade » se trouvera 
ainsi avoir ses anecdotiers du crayon et ses pein- 
tres. 

C'est M. VaUsallo, un journaliste de talent, qui 
dirige le Don Chisciotte, prodiguant son humour 
et sa verve par la plume et par le crayon, esquis- 
sant d'un trait des portraits-charge très person- 
nels, faisant danser dans son Pupazzetto les grands 
hommes de l'Italie comme les poupées d'un gui- 
gnol. A YÉpoca, délia Valle, E. Sanesi, G. Amato, 
Tomaselli signent les planches au travers des- 
quelles on sent passer quelque chose de l'esprit 
qui animait contiia Louis-Philippe les dessina- 
teurs de La Caricature, 

Qu'ils dirigent ou qu'ils soient dirigés,' qu'ils 
cherchent l'anecdote, le grotesque ou l'empoi- 
gnant, ces crayons sont donc inspirés. Ils con- 
naissent l'importance du dessin; ils savent qu'ils 
s'adressent à une race esthétique éminemment 
impressionnable. Ce n'est point en mettant bas 
les culottes des gens et en les faisant déposer le 




nSOUVEIlTIlBE DU GBANDCIHQU 


E MlaO-ACHOBATlCO- 


CHiELATAimeSCO-POLITIOLTE CE 




PAR l'iLIL'STHB ÉCUYE 


. DOK CICCIO 


Lu «présenlation a élé splendide. Le pu 

priiaolé au lieu de miss Ella-Biolitli, anU 

Le publia par déKrencë"etiïm Le"Voi" 

l'on pool privoir ^<•e lurage éclatera aux 

[Fischi 


lie (ofl enlhousiasle, au débu 
lenleroenl, la direction ayan 
e très aimée, mias Bemsrdiua. 
laisancosà l'égard du ditecleu 

«0, 13 décembre 1890.) 


• Orimaldi. sx-minislre des Snances, que 
«èreut du nom de GrimaldiUo (le rouie» 
dâp«li qu-un ™ul.il Taire prendre ï Criep 


les journaux satiriques bapi 
L des .oleurs). GioIItli était 1 



/ 



\ 



\ 



RTtCULABITÉS ITALIENNES 



long^ des murs des ordures de mauvais goût 
qu'ils s'emparent de l'esprit public : c'est en 
s'adressant aux imaginations, c'est en les capti- 



%< 


S 


J 






'Al 


¥^ 






,f^ 


b 






^ 






^~\\ 


^"*3 






^V 


'^ 


-,' -> V 





vant par la couleur et par la grandeur du sujet. 
Comme en tous pays, comme tous les hommes 
politiques, Crispi passera par mille fantaisies, par 
mille transformations : on verra des Crispi pâtis- 
sier comme il y a des Bismarck portier ou des 



20 CRISPI EN CARICATURES 

Jules Ferry garçon de café ; il revêtira tous les 
costumes, il se placera — tête de Turc — sur le 
corps de maints animaux : autruche, girafe, élé- 
phant. - 

Ceci c'est le domaine habituel; c'est, si Ton 
peut s'exprimer ainsi, la garde-robe internationale 
de la caricature. Mais voici un point très parti- 
culier à la satire italienne ; le changement ios 
sexes, la facilité avec laquelle un homme poli- 
tique, plus ou moins laid, devient une femme bien 
bâtie. Rarement employé en France, — Thiers, 
Jules Favre et Gambetta furent, je crois, les plus 
désexualisés, — Tandrogynat se rencontre sans 
cesse dans les images d'en deçà les Alpes. Les faux 
appas viennent orner ainsi les poitrines les plus 
nobles et les plus plates, les hanches se contour- 
nentr l'attitude générale se féminise. Ici ce sera 
Crispi qui promènera par la main, qui exhibera 
tour à tour les « numéros » féminins de son cirque 
politique ; là, ce sera lui-même qui se transformera 
en Eve ou en déesse de la nature. Et il fera des 
grâces, et son corps prendra des contorsions ser- 
pentines. En France, on se contente de changer 
le vêtement, la jupe se pose à la place du pan- 
talon et tout est dit. En Italie, ces modifications de 



PARTICULARITÉS ITALIENNES 21 



sexe doivent être complètes : c'est ainsi que la 
tête d'un illustrissime premier ministre pourra se 
voir sur la charpente d'une Vénus. 

Quoi qu'il en soit, tout indique chez les an- 
ciens Latins une forte éducation esthétique, la 
recherche du beau, le sens de la couleur et de 
la composition; choses aujourd'hui bien perdues 
en France où une basse caricature politique, trop 
souvent, prend ses sujets dans le ruisseau et 
trempe son pinceau dans la moutarde. 

Du reste; dernière particularité, ce n est pas en 
politique seulement que l'Italie cherche à faire 
revivre le monde romain ; ses mœurs, sa littéra- 
ture, ses arts sont encore imprégnés de réminis- 
cences classiques. Tout naturellement, il y a là 
une défroque spéciale dont les dessinateurs usent 
plus ou moins suivant l'importance du person- 
nage à caricaturer. 

Et pour Crispi il sera fait une ample consomma- 
tion de ces profils « augustes ». 



^ 



n 



LA FRANCE ET L ITALIE VUES FAE LE CRATO:^ 

DES DESSI^KATEURS 



Susceptibilités italiennes. — Origine des rancones fnneo>ila> 
tiennes; historique de U question. — Quelques mots sur 
les caricatures contre Napoléon Ul. — L'Italie ne peut pas 
en Touloir à la France des caricatures faites contre elle 
dans tous les pays. — PersonniGcation de la France par les 
dessinateurs italiens : le type de Nana. — L'Italie, grande 
dame; la France, « dame capricieuse ». — Attitude et senti- 
ments de Crispi à Tégard de la France. 



Peut-on parler de Crispi sans toucher à 
l'Italie? je ne le crois pas ; peut-on s'occuper des 
choses italiennes sans, par cela même, entrer 
dans certaines considérations franco-internatio- 
nales? je ne le pense pas davantage. 

Sur les caricatures italiennes nous allons 
trouver la Gaule; sur mainte image française se 
dresse Tltalie classique. 

On ne saurait se soustraire à cet agrandisse- 
ment forcé du sujet : l'homme appelle le pays. 
Crispi, ministre de la Triple-Alliance, forcément 



24 CRISPI EN CARICATURES 



met en présence l'Italie et la France, forcément 
amène les deux « sœurs ennemies » sous le 
crayon des dessinateurs. 

M» Félix Narjoux nous a dit, et j'ai déjà noté 
le fait, que les Italiens se trouvaient blessés des 
plaisanteries parisiennes sur eux et sur leur sou- 
verain. Je crois cela d'autant plus volontiers 
que, très souvent, les provinciaux eux-mêmes 
se montrent assez mal disposés à l'égard de. 
l'esprit boulevardier. En voyant certaines de 
nos caricatures les Italiens se --sentiraient at- 
teints dans leur amour-propre copame nation, et 
dans leur idéal féminin, je veux dire dans le 
type idéal qu'ils, ont créé pour leur patrie. La 
question du beau, question à laquelle personne 
n'avait encore songé! Ce point particulier peut 
nous échapper, mais comme tout peuple, comme 
toute agglomération humaine, nous avons notre 
orgueil national : donc cette prétention ne doit 
pas nous surprendre. 

Toutefois, s'il ne s'jtgissait que d'articles _de 
journaux ou de simples caricatures, si l'on ne se 
trouvait qu'en présence de pures susceptibilités, le 
désaccord ne serait pas grave. Les Italiens, qui 
ont ridiculisé Napoléon III avec le plus parfait 



LA FRANCE ET l'ITALIE 23 



ensemble, ne sauraient nous, en vouloir éternelle- 
ment pour quelques caricatures contre Hum- 
bert I et Grispi, fussent-ils même représentés en 
musiciens ambulants raclant du violon devant 
Guillaume et Bismarck. Malheureusement, il faut 
voir les choses sous un aspect plus sérieux, c'est- 
à-dire sous leur vrai jour. 

Et ici je ne saurais mieux faire que d'avoir 
recours à M. Félix Narjoux qui, dans ses ouvrages 
sur ritalie et sur Crispi, me parait avoir exposé 
avec beaucoup de vérité, de tact et d'impartia- 
lité — qualités essentielles en pareil cas — les 
pièces du grand procès pendant entre les deux 
sœurs latines. La gravité, l'importance du sujet 
serviront d'excuse à Touverture de cette longue 
parenthèse purement historico-politique. 

« Le reproche que les Français aciressent en 
général à la jeune Italie, dit M. Narjoux, celui sul 
lequel ils insistent le plus vivement et qu'ils ré- 
pètent avec le plus de conviction, est le reproche 
d'ingratitude. 

« C'est à la France que Tltalie doit son unité, 

son indépendance; c'est le sang français qui a 

coulé pour faire l'Italie unie et libre. Loin de s'en 

souvenir, loiade nous tendre la main, de venir à 

3 



26 CRISPI EN CARICATURES 

notre aide lors des mauvais jours, elle a fait 
alliance avec nos pires ennemis. 

« C'est là un thème aux développements faciles 
et qui assure un succès infailLible à tous ceux 
sachant s'en servir. Mais c'est un thème dange- 
reux, qui prête à la discussion. 

« Tout d'abord, si nous avons contribué à faire 
FHalie une, nous n'avons pas été seuls à la tâche; 
les Italiens y ont bien contribué pour quelque 
chose. Garibaldi a conquis lé royaume de Naples 
et la Sicile. La Toscane, l'Emilie, les Etats ponti- 
ficaux, se sont soulevés pour se réunir au Pié- 
mont. C'est à l'Allemagne que l'Italie doit Venise 
et Rome dont la possession lui tenait tant au 
cœur. Nous avons, pour notre part, conquis, de 
concert avec les Piémontais, Milan et la Lom- 
bardie. x 

« Le point de départ de l'alliance franco-pié- 
montaise a . été le serment fait à la Vente de 
Milan par Napoléon III, alors qu'il était simple 
carbonaro. Il avait juré, dit-on, s'il montait 
sur le trône, d'aider ses frères lombards à expulser 
l'Autrichien. Mis en demeure, de la façon la plus 
énergiijue, de tenir son sermeat il dut s'exé- 
cuter. Pour sceller l'alliance contractée, un 



LA FRANCE ET l'ITALIE 27 

9 

prince français épousa une princesse piémontaise. 

« Peu après, nous parlons en guerre et nous 
nous mettons en campagne, ayant à nos côtés 
nos amis piémontais et criant à toute l'Europe : 
« L'Italie sera libre jusqu'à F Adriatique! » C'était 
notre programme. Nous en avons rabattu et 
avons bien fait, dit-on; nous sommes restés en 
route, à moitié chemin, laissant les Italiens entre 
l'espérance et la déception; à peu près dans la 
même situation ijue des gens aflamés auxquels 
on permettrait la vue, d'une table copieusement 
"servie et qui, ensuite, devraient se contenter d'un 
morceau de pain. 

c< Il faut avoir vu Venise le soir du jour où des 
pêcheurs, accourant à force de rames, racontè- 
rent que les feux de la flotte française paraissaient 
derrière le Lido. Il faut l'avoir vue, le lendemain, 
lorsque les bâtiments eurent disparu, pour se 
faire une idée de ce qu'est la joie d'un peuple 
croyant avoir recouvré son indépendance, et ce 
qu'est son désespoir quand il croit l'avoir perdue 
pour toujours! 

« De la conquête du Milanais, nous avons été 
payés; notre service a reçu son salaire. La Savoie 
et le comté de Nice sont devenus Français. Et, 



28 CRISPI EN CARICATURES 

pour remplir ses engagements, tenir parole à son 
allié, rien n'a coûté à Victor-Emmanuel. Il a 
cédé le lieu de sépulture de sa race, le lieu de 
naissance du libérateur, s'aliénant de ce fait les 
sympathies de tous les patriotes, amis de Gari- 
baldi. » 

Ainsi, échange de services, aide et protection 
mutuelle, tel est jusqu'à ce moment le bilan de 
la politique franco-italienne, politique reposant 
tout entière sur la défense des idées libérales. 

Depuis lors, que s'est-il passé? Les Italiens 
voulaient aller à Rome; ils voulaient être maîtres^ 
chez eux comme nous le sommes chez nous; ils 
voulaient surtout se débarrasser de leur « Avignon 
papal ». Pour répondre à leurs désirs, nous nous 
sommes faits les défenseurs du pouvoir temporel 
comme si la France était toujours la « Fille aînée 
de l'Eglise ». La persuasion, les influences pacifi- 
ques n'ayant pas suffi à calmer les ardeurs ita- 
liennes on a eu recours aux moyens énergique^ et, 
suivant l'expression aujourd'hui historique, les 

« chassepots ont fait merveille » contre nos amis. 

If 

Puis, malgré réclamations, malgré protestations, 
nous sommes restés maîtres de Rome, pour 
« assurer la défense des droits du*Saint-Siëge ». 



t 

LA FRANCE ET l'ITALIE 29 

Un peu plus tard — cette fois les mauvais jours 
étaient venus pour nous — nous avions pensé, 
malgré Mentana, trouver Fltalie à nos côtés. Et 
ritalie ne_s'est pas levée. Pourtant elle ne nous 
avait pas oubliés : il ne faudrait point l'accuser à 
ce propos d'ingratitude invétérée. Voici en effet 
ce qui s'était passé : 

« Les souvenirs diplomatiques », dit M. Félix 
Narjoux, « constatent (^[u'après la déclaration de 
guerre entre l'Allemagne et la France, Victor- 
Emmanuel offrit à l'Empereur de tenir à sa dis- 
position 300,000 hommes et de se mettre à leur 
tête. Il demandait en échange, pour donner satis- 
faction aux aspirations de son peuple, l'évacua- 
tion de Rome par les troupes françaises. L'in- 
fluence de l'Impératrice fit échoueî* la négociation. 
Il lui sembla que l'abandon de la cause du pape 
priverait les armées françaises de la protection 
divine. » 

Certes l'offre était acceptable : Henri IV, ce 

1 

grand politique, ne l'eût point repoussée. L'Im- 
pératrice, elle, ne voulut pas sacrifier une messe 
à 300,000 hommes. Telle est la vérité que l'impar- 
tiale histoire enregistrera. 

Or, malgré l'échec de d870, le parti clérical n'a 

3. 



30 CRISPI EN CARICATURES 

pas désarmé. Il n'a plus les « chassepots », cela 
est vrai ; mais il a ses organes à Taide desquels il 
récrimine et il menjace. L'expulsion de Rome du 
Piémontais est toujours un de ses articles de foi; 
l'Italien ne Tignore pas et c'est ce qui Tirrite. 

Ceci bien établi, quittons le domaine de l'his- 
toire pure et ouvrons les journaux à caricatures : 
ils vont traduire admirablement cet état d'esprit. 
Jusque vers 1863 l'image est pour Napoléon III et 
pour les Français : à partir de ce moment elle 
ridiculise le souverain, elle combat notre influence, 
« l'occupation masquée », comme l'appellera une 
des grandes satires dessinées par Mata * . L'Em- 
pereur devient le « singulier merle » ayant pour 
cage la crinoline d'Eugénie ou le rat dont il faut 
à tout prix débarrasser la botte italienne. Il n'en- 
jôlera plus la jeune monarchie libérale : Gari- 
baldi le montre du doigt à l'Italie alors qu'il fait 
la cour à l'Espagne. N'est-ce pas lui qui rôde 
autour 4e la gent papaline? 

Qui émancipera l'Italie, qui la sauvera des 
mains de la réaction? La Prusse. En vain Cham, 
dans ses belles compositions du Charivari, lurré- 

i. Mata, caricaturiste de haute valeur, qu*on a surnommé le 
« Cham » de rUalie, est mort il y a quelques années. 



LA FMÏCZ ET 1 :Ta1;£ 



pétera sur tons les tons : • Xwc^itei pu* k- Pn»- 
sieDÏ r^ardei le Dmentut toih T^rrea ^«nt' 
ment il prolè^ les EuUe« » : fn viïd 'ILhani loi 
rappellera les sonrenirs de 1839- i«^ *-c<Mtls fris- 




rsprjiêolcnl lltalie, leur • 



çais gagnant des batailles et conquérant les 
cœnrs ' ; l'Ilalie se seot forte, elle est pour la 
Prusse, parce que la Prusse est contre le pouvoir 
temporel du pape. 

1. Le CAarîiiarî de l'ëpoque, libéral, eut des oarïcatjres d'uoe 
BraDde allure, Uiiûours dirigées [dus ou moins ourertemenl 
contre l'expédition de Rome et soulenant l'iialie dans ses 
disirs d'us location. 



• 



32 CRISPI EN CARICATURES 

Dès lors, à ses yeux, la France représentera la 
réaction, x^ujourd'hui encore, à certains moments, 
Ton verra ses caricaturistes diriger leurs traits 
« contre Tesprit rétrograde du peuple finançais ». 

Gomme l'Allemagne, l'Italie ridiculise par ses 
images ce qu'elle appelle l'alliance de la Répu- 
blique et du cléricalisme. Sur le drapeau français 
elle brode la « pantoufle romaine », armoiries 
papales, et elle invente une nouvelle triplice w tri- 
colore, à la francese », la République en bonnet 
phrygien donnant le bras au jésuite coiffé de 
réteignoir et au Cosaque armé du knout. 

Précieuse indication sur l'idée qu'on se fait de 
nous à l'étranger. 

Et maintenant, la question ainsi posée, revenons 
au premier point, c'est-à-dire au grief que l'Italie 
formule contre nous, contre la façon dont elle est 
traitée par nos images. 

De même que l'Angleterre se trouve person- 
nifiée en un Mercure à la longue crinière, de 
même l'Italie a été de toute antiquité figurée en 
lazzarone, en pifferari, en joueur d'orgue, ou 
bien en Napolitaine, suivant le type, partout 
connu, des modèles d'atelier. Si elle nous en 
veut de l'accoutrement qu'on lui octroie, elle doit 



FRANCE ET L ITALIE 



ea vouloir de même à toutes les autres nations. 



^&W ^;^^^ 




M 


^JÊrn^^mk!^ 


Wm 


m 






H 


m-m . 




^w| 



car,^i Vienne et à Berlin, pays amis, pays de la 
Triplice, elle n'est pas représentée autrement. 



34 



IISPI EN CARICATURES 



Tantôt c'est une maritorne à ses fourneaux, tantôt 
une pauvresse qui, sun sac à la main, mendie le 
long des routes poussiéreuses; tantôt encore un 
brigand calabrais détroussant les puissances, figu- 
rées sous les traits de simples passants. 




Or ce qui est offensant pour son amour-propre 
national venant de contrées françaises, doit l'être^ 
au même titre, venaut des autres contrées étran- 
gères. Qu'elle regarde les journaux anglais d'avril 
1891 : elle verra comment la traitent les carica- 
turistes anglais à propos de ses démêlés avec les ' 
États-Unis. Dans le même numéro du Moonsfâne 



. LA FRANCE ET l'ITALIE 37 

OÙ sous le croissant habituel du journal figure 
M. de Rudini \ une grande composition montre 
le roi Humbert jouant de l'orgue et faisant danser 
un singe devant M. Blaine. 

Donc, à ce point de vue, l'Italie, ce semble, ne 
saurait avoir aucun grief particulier contre sa 
grande sœur latine, à moins qu'elle ne mette 
encore sur le compte de l'esprit boulevardier les 
satires des crayons anglais ou allemands. 

A notre tour, voyons de quelle façon on nous 
habille de l'autre côté des Alpes. 

La France, pour les dessinateurs italiens, c'est 
le coq aux braies gauloises, c'est la République 
en bonnet phrygien ayant crête et queue de gal- 
linacé, tantôt avec des allures de conquérante, 
tantôt, le plus souvent, avec des allures de 
cocotte. 

La R. F. c'est Nana, beau brin de fille, peu 
prude, aux gestes cavaliers, la poitrine au vent, 
les jambes à l'air. Cette « nanifîcation » de la 
France, générale en quelque sorte à l'étranger, 
est peut-être un hommage rendu à notre littéra- 
ture, maïs je ne sache pas que ce soit là compa- 

1. Numéro du 18 avril 1891. 



38 CRISPI EN CARICATURES 



N. 



raison fort honorable pour notre dignité nationale. 
En tout cas nous pourrions, en la matière, nous 
montrer aussi susceptiblies que les Italiens, d'au- 
tant plus que ces derniers ont soin de donner à 
leur mère patrie une tout autre allure. 

En effet, si la France est une femme légère, 
bonne fille du reste, et d'un physique agréable, 
ritalie, elle, non moins gentille, personnifie la 
femme honnête. Droite, toujours correcte d'attin 
tude, la couronne en tête, elle se drape dans sa 
majesté. C'est une femme sérieuse, s'occupant de 
ses affaires, de ses enfants, ennemie du bruit, et 
qui, volontiers, vivrait en bonne intelligence avec 
sa voisine si elle n'était pas aussi extravagante. 
Quand on a des mœurs irréprochables, on ne 
saurait se compromettre! Donc la correcte Italie 
et la Gaule « éncrêtée » se trouvent souvent en ^ 
présence sous le crayon des dessinateurs. L'Italie 
respectueuse des traités, ne désirant que la bonne 
harmonie entre les nations; la France turbu- 
lente, d'humeur difficile, faisant parler d'elle plus 
que de raison. C'est la « dame capricieuse », c'est 
Féternelle gêneuse. N'a-t-elle pas devancé, décon- 
certé l^s aspirations italiennes en prenant Tunis? v^ 
Ne cherche-t-elle pas à mettre dehors les ouvrier^ 




L'on croit, cependïBt, qne «i la Prussien al " monsieur Criapi i 
aJlBient poor de bon. la Fruca mettrait Le pln> grand empcesHment i 
partie d« U TripUca aveo >aa ami Le Cosaque. 

{Fiichieno, 33 septembre ISDO.) 



• Ny* 



i ET L ITAIII 



italiens qui envahissent la Provence, qui viennent 
jusqu'à Paris? ^ 

Pour traiter avec une personne aussi hirsute, 
mieux valent des défenses que des gants. De là 
les trois~ pointes de 
Bismarck. ComJiien 
n'en faudrait-il pas à 
la pauvre Italie pour 
qu'elle puisse se dé- 
fendre ! Du reste, \ 
personne sage et de 
bon - conseil, elle^ 
cherche, sans cesse, 
à retenir, à diriger 
l'enfant terrihie au a«^»i«™rpX°-monM,"ru f^cT'" 
cerveau détraqué. (FuMeito, i «tobre isso.) 

Ici elle lui dit : « Tu «ïévrais bien mettre un 
frein aux esprits de parti qui te montent à la 
tête », Là, tandis que Carnet et Crispi, les deux 
jardiniers nationaux, arrosent, côte à côte, leurs 
rosiers, elle lui fait remarquer les vauriens qui, 
derrière elle, sèment des orties. Or, les vauriens 
ce sont les journaux excitateurs. Assurément, on 
ne saurait voir, en ces images, des intentions 
hostiles ; plusieurs même affichent hautement des 




42 



EN CARICATURES 



désirs de paix, de conciliation. « Nous nous 
sommes donné l'accolade fralernelle sur mer, in- 
sinue la toujours gracieuse Italie : pourquoi ne 
nous entendrions-nous pas aussi sur terre? » Et 
die fait des avances, même en matière commer- 
ciale, la grosse raison des difTérends, le point noir 




(Pa,çui, 



à. l'horizon du ciel frEÎhco-italien, Et elle déclare 
que si la France voulait entrer dans une nouvelle 
triple ou quadruple alliance, elle ne verrait, quant 
à elle, aucun mal à cela. 

Malheureusement, elle le reconnaît elle-même, 
il y a un obstacle, Crispi, la hèle noire de la 
« dame turbulente »; Crispi que la France charge 
de tous les crimes, qu'elle accuse de ^ire le 
porte-monnaie, dont elle réclame la tête sur un 



LA FRANCE ET l'ITALIE 43 



plat d'argent; Crispi dont la chute sera pour elle 
un jour d'allégresse publique, qu'elle eût, avec 
une joie sans pareille, traîné sur la guillotine au 
nom de la liberté et de la fraternité. 

Crispi est tombé, abandoimé par ses fidèles. 
Lltalie, toujours correcte, montre la « petite Gal- 
lia » exécutant en Thonneur de cet événement 
tant désiré un royal cancan, ou clouant solide- 
ment dans sa bière don Crccio avec force inscrip- 
tions, ftwce de profundis. 

On sait avec quelle violence le reproche de 
misogallisme a été formulé contre Thomme d'Etat 
italien : chaque jour, pour ainiSi dire, la presse 
française a publié sur lui des notes désobligeantes. 
Ceci l'Italie ne manque aucune occasion de le 
rappeler. 

S'il faut en croire M. Narjoux qui, impartia- 
lement comme toujours, a mis sous les yeux du 
public les pièces du procès, il y aurait beaucoup 
d'exagération dans ces griefs et, pour le prouver, 
notre auteur publie qtrèlques extraits des discours 
de Crispi, en 1881, en 1882, en 1885. 

En ces extraits on voit Crispi se déclarer heu- 
reux de tout ce qui pourrait survenir de favorable 
à la France et appeler de tous ses vœux l'accord 



CRISPI EN CARICATURES 




LItaU —Tu VOIS je viens de te ri- Ire le i as âge libre : 
n'est-ce pas là une preuve de bonne volonté et de fraternité 
me permettant d'espérer la réciprocité? 

La Fi-ancf. — Tant que tu ne m'apporteras pas la tète de 
Crispi el de Bismarck, il le faudra abaisser la tienne si tu 
veux faire entrer tes marchandises chez moi. 



{Fischiellù, 3 décei 



9.) 






LA FRANCE ET l'ITALIE 45 

entre les gouvernements, entre les citoyens des 
deux pays. On le voit également à la cour d'Aix, 
où il venait en 1885, eomme avocat, faire cette 
pompeuse profession de foi : « Je suis ici avec le 
cœur italien, avec Famour de la France. » 

Tout cela c'est le bon miel des déclarations 
officielles,!' éternelle histoire de ces amis qui vous 
font force courbettes par devant et vous déchirent 
à belles dents par derrière. Aussi M. Narjoux, par 
la publication de lettres personnelles, non desti- 
nées au grand jour, cherche-t-il à nous démon- 
trer que le Crispi, homme privé, se trouve 
entièrement d'accord avec le Crispi homme 
public, que ce que Thomme écrit dans Tintimité 
est conforme à ce qu'il affiche coram populo. 

Je laisse à d'autres le soin de prononcer en 
dernier ressort. 

Pour ma part, je ne veux que retenir l'image 
suivante, importante elle aussi, puisqu'elle est 
italienne, — car s'il y a de l'autre côté des Alpes 



conséquences, le malaise financier, la crise immobilière, la misère dont 
souffre le pays... Quant à nous, ajoutent-ils, la chose nous touche peu ; 
elle doit nous être indifférente, elle ne nous cause ni pertes, pi dommage. 
« Alors pourquoi la prendre si fort à cœur? pourquoi nous occuper avec 
tant d'ardeur d'une chose étrangère à nos intérêts ; et pourquoi en vouloir 
à ritalie d'un tort qu'elle se fait à elle-même, sans que nous ayons à en 
souffrir? Si la logique était, à notre époque, une chose en faveur autre- 
ment qu'en paroles, ce serait bien l'occasion d'en tenir compte. » 



CRISPI EU cabicatub: 



des gallophobes, il y a également des gallophiles 





\ 


1 


m 


1 


H ^ 



(Epoca, 30 mai 1889.) 

— ot parce qu'elle fut publiée peu après la célé- 
bration de l'anniversaire des Vêpres siciliennes, 
en 1882. 



LA FRANCE ET l'ITALIE 47 



L'ex-ministre prétendait avoir ouvertement pro- 
testé contre toute pensée d'agression à Tégard de 
la France et, deux mois après, de nondbreuses 
vignettes italiennes — celle-ci n'est point isolée 

— le représentaient comme l'ennemi le plus 
acharné de la France. 

Que penser? que croire? - 

Crispi est, par excellence, Tambitieux, l'or- 
gueilleux. J'ajouterai un orgueilleux d'espèce 
spéciale, affligé de la maladie de l'imitation. Son 
idée constante a été de vouloir jouer au Bismarck, 
d'enfler la voix, de se poser en ogre, en homme 
terrible. En 1882, il n'était plus ministre — on 
n'ignore pas à la suite de quelles afl'aires intimes 
il dut donner sa démission * — il cherchait donc 
une occasion, un événement pour reconquérir la 
position perdue. 

Tout le monde connaît l'effet produit sur les 
masses par l'évocation d'un spectre quelconque 

— politique ou social — quand on sait l'agiter à 
propos; et à ce petit jeu Crispi était passé maître. 
Très certainement, le Bismarck italien a voulu 
voir ce qu'il pouvait obtenir de son public en 



l.n avait été accusé de bigamie et se défendit victorieusement 
contre cette accusation. 



tô 



CRISPI EN CARICATURES 



surexcitant son patriotisiAe, en remettant sous 
ses yeux les hauts faits du passé, les actions 
d'éclat et surtout les souvenirs des guerres d'in- 
' dépendance. 

En 1888, le bon apôtre s'est fait ermite : il est 




Espérons que cet échange de bons procédés 
prendra pas On aven le changement de niioiatËre. 

(Patqaino, 3 mnn 1880.) 



ministre; son ambition est satisfaite. En 1882, il 
fallait remonter à l'assaut de ce pouvoir à peine 
possédé. Tous les spectres n'étaienWls pas bons à 
agiter, dans la chaleur de l'improvisation, alors 
surtout que la langue se prête si facilement aux 
exagérations de geste et de pensée, et quand il 



LA FRANCE ET l'ITALIE 49 

- - - _ 

s'agit de faire mousser un patriotisme de date 
récente. 

Je n'accuse nullement Crispi. Je constate seule- 
ment qu'en 1882 les crayons des dessinateurs ita- 
liens le représentent comme ennemi de la France. 

Eu 1889, il est vrai, tout serait changé. Crispi 
aime cette même France un peu, beaucoup,... 
passionnément. Voyez avec quel enthousiasme il 
lui offre son cœur; voyez comme il est galant! Que 
ne ferait-il point pour elle? Si cet amour est quel- 
que peu intéressé, la vignette du Fischietto fera au 
moins le bonheur de M™® Adam. Car si Crispi 
apporte son cœur — et quel cœur! — à la dona 
mobile, c'est que la dona mobile a, dans son tablier, 
de quoi satisfaire amplement cet adorateur. 

La vérité est que la*« petite Gallia » s'est tou- 
jours méfiée des allures tapageuses et matamo- 
resques de don Ciccio et qu'à son cœur — don 
platonique — elle eût bien préféré sa tête *. 

Et quand l'Italie sur les caricatures du Pas- 

1. Les journaux ont publié tout récemment (avril 1891) une 
nouvelle lettre de Crispi adressée à un de ses amis à Paris, 
M. Comini. On y lit ce qui suit relativement à la France : 

« On a accrédité en France une légende sur moi. On a déna- 
turé mes paroles, mes sentiments; on a méconnu les aspira- 
tions et les principes de liberté dont je suis animé, et cela 
d'une façon qui a nui à la France et à l'Italie en rendant diffi- 
cile un accord entre les gouvernements des deux pays. Ancien 

5 



50 CRISPI EN CARICATURES 

quino et du Fischietto lui dit : « Tu dois être satis- 
faite, maintenant, enfant terrible », m'est avis 
qu'elle voit juste. 

Puisse le départ de Crispi être le signal, le 
premier g^erme de la réconciliation franco-ita- 
lienne ! 



soldat de la démocratie, j'aime tous les peuples et j'en ai tou- 
jours défendu les intérêts. 

a On a cherché à faire croire que je voulais faire la guerre 
à la France, que je voulais sa ruine. Outre que la France est 
assez forte pour ne pas nous craindre, j'estime que ce serait 
une iniquité de parler de guerre, une folie que de chercher 
à détruire une nation dont l'existence et la grandeur sont 
indispensables à l'équilibre européen. 

« J'ai beaucoup d'amis en France qui connaissent mon 
cœur, je ne m'occupe pas du vulgaire, et j'attends que le 
temps méjuge. 

« Je m'en tiens là. » 

• 

Qu'on relise les lettres publiées par M. Narjoux. On verra 
que c'est toujours la^même missive, la même leçon apprise par 
cœur, la même déclaration destinée au voyager à travers les 
colonnes des journaux européens. Cela peut être sincère, mais 
c'est, au fond, du pur lieu commun. 



m 



BISXAKCE ET CKISPI 



DÎTersité des deux typ«s. — L'4sâr>?Uû*xi des «fecix noms est 
la suite de rentreme de Varzm. — Même reaTer^ês^ les deux 
ministres n'ont entre eax aoeaa p»jîat de r^^scembUnce. 

Kon a sourent mis en parallële Bismarck et 
Crispi. A-l-on jamais mis en présence les points 
de contact? 

Tons denx ont la pleine calvitie : tous deux ont 
la moustache plus ou moins broussailleuse : tous 
deux ont de la poigne, au physique et au moral. 
Le poing, lorsqu'il tombe, s'abat lourdement. A 
part cela, je cherche les ressemblances. 

L'un est tout d'une pièce, c'est une manière de 
géant, un arbre taillé en pleine forêt germanique. 
L'autre, onctueux, insinuant, a du vif-argent 
dans les veines : c'est un agité qui, sans cesse, se 
passionne et s'excite. 

L'un eut une jeunesse bruyante et coula des 
jours heureux. L'autre passa ses belles années à 



J 



52 CRISPI EN CARICATURES 

forger des conspirations. Et il s'en flatte. En 1877, 
ministre de Tlntérieur de S. M. Victor-Emmanuel, 
ne disait-il pas à un journaliste : « Voyez-vous, 
je suis un vieux conspirateur et l'espèce des bons 
conspirateurs est rare. Il n'y en a eu que trois en 
ce siècle qui soient dignes de ce nom : Mazzini, 
Napoléon III et moi. » 

L'un représenta les privilèges de race et tout 
un système d'aristocratie militaire; l'autre est 
d'émanation populaire, il est le résultat de la 
sélection qui s'opère naturellement parmi les 
individus. 

L'un n'a jamais varié : sous quelque forme que 
ce soit, il a toujours été l'homme du célèbre 
axiome : « la force prime le droit », il a toujours 
été par principe le défenseur-né des classes diri- 
geantes. L'autre, jadis sans fortune, chassé de 
pays en pays, ballotté dans la vie, ne paraît pas 
avoir eu des principes plus stables : tour à tour 
chef d'insurgés, mazzinien, fabricant de bombes, 
chemise rouge, secrétaire d'Etat du dictateur 
Garibaldi, commis voyageur politique à la re- 
cherche d'interviews, il a fini ministre — et quel 
ministre! à triple portefeuille!! — d'un de ces 
souverains dont il disait jadis : « Les rois ne 



BISMARCK ET CBISPI 53 

feront jamais rien pour le peuple dont iU ont tou- 
jours été, dont ils seront toujours l'ennemi. » 

L'un est un monarchiste socialiste, t'aulre est 
un révolutionnaire royaliste. Il garde la Répu- 
blique par devers lui comme un épouvantail pour 
le jour où il aura à se venger. 




A ceux qui estiment que les tèles de Bismarck el 
de Crispi, vues de haut, se peuvent confondre 

(Paijurno. 1889.) 

L'un a été réellement individuel, imposant h son 
souverain une politique qui, souvent, blessa ses 
sentiments intimes; il a été Bismarck, c'est tout 
dire. L'autre, toujours-ondoyant, soucieux avant 
tout de se maintenir au pouvoir, ne s'aventure 
qu'à bon escient. Assurément, quoi qu'aient pu 
raconter certains journaux à la mauvaise foi 
proverbiale, il n'est point l'auteur du fameux 
traité de la Triple-Alliance ;'il n'a fait que l'obser- 
ver et l'appliquer au mieux de ses intérêts. Il 



54 CRISPI EN CARICATURES 

I 

s'est rangé du côté de TAlleinagne pour asseoir, 
sur des bases solides, son autorité contestée et 
antipathique au souverain, parce que l'influence 
allemande prédominait à la cour lors de son 
arrivée aux affaires. « Le bon vent venait d'Alle- 
magne », écrit quelqu'un qui ne lui est point 
hostile, M. Félix Narjoux, « c'était-TÎ^ce côté que 
Crispi devait s'orienter. Qui, là-bas, pouvait le 
servir? Qui pouvait être l'instrument dont il avait 
besoin pour faire changer les dispositions des 
souverains à son égard, transformer en bienveil- 
lance leur froide réserve? » 

Les événements ont répondu par le voyage de 
Yarzin, par l'entrevue avec M. de Bismarck, en- 
trevue — que ne donnerait-on pour en posséder 
le compte rendu sténographié! — dans laquelle 
la finesse italienne paraît avoir eu raison de la 
duplicité borussienne. Crispi, qui avait à cœur les 
sarcasmes du grand chancelier en 1877, sut ma- 
nœuvrer en maître. Une seule chose surprend, 
c'est de voir, en 1887, chez le ministre tout- 
puissant, celui qui avait dit à Palerme le 24 sep- 
tembre 1879 : « Nous avons été humiliés à Berlin 
et traités comme le dernier peuple de l'Europe; 
nous y avons été bernés, déshonorés. » 



BISMARCK ET IHIISPI 



Alors, pourquoi le voyage de 1887, ce voyage 
qui a donné à la Trîplice un nouveau relief, 
une nouvelle force? Pourquoi? On vient de nous 



■^ 


H 


r 


K^K 


^i 


y' 


HpvV' j/\ i^^ ~ 


!-^^^^^B 


Hnli , 


W[''iÂ^'}^^S^ 


HHI 


■à 


^K WvSÊKv - 'tmHln 


^^^H^^^l 


^^^^' 


Hr i/VK^a^sHHH 


^HB^H 


^^Bl 


r ^ ^^^MliP 


^^MP 


WH 



Retirés des aflaires. 



le dire : parce que Crispi avait besoin d'un appui, 
d'un protecteur de haute envergure, El peu lui 
importait d'aller le chercher là où son pays avait 
été » berné, déshonoré ». 



56 CRISPI EN CARICATURES 

Dans le fait, c'est cette entrevue qui a uni de 
si intime façon les noms de Bismarck et de Crispi; 
c'est elle qui a mis à la mode la recherche des 
points de contact entre les deux gouvernants; 
c'est depuis elle qu'on s'est amusé à écrire Crispi- 
marck, qu'on a appelé le mmistre italien un 
Bismarck sans le casque et sans les trois poils. 
Supprimez l'entrevue et Crispi sera caricaturé 
comme tous les ministres passés, présents ou futurs. 

Aujourd'hui, les deux politiciens sont tombés. 
Nouveau point de contact, disent ceux qui tien- 
nent à la ressemblance quand même.. Voyons. 

Bismarck a été remercié, mis à la retraite par 
son souverain. L'élève a dit au maître : « Je ne 
veux plus de la politique Bismarck; je veux ma 
politique à moi, Guillaume II ». Crispi a été ren- 
versé par sa Chambre, par ses fidèles. Ici, décision 
de haut, voFonté nettement exprimée; là, simple 
coup de majorité , mouvement de mauvaise 
humeur ou de lassitude. Un empereur qui 
s'appelle Guillaume II ne nappelle pas un mi- 
nistre dont les vues personnelles le gênent; un 
Parlement fait et défait à sa guise, appelle ou 
renverse suivant les courants qu'il subit. C'est 
ppur lui jeu d'enfant. 



■i<KAX<iK zr :3i~î: 



Et les cftasi^ra'xs -it <■>« «i^cx jémîs»>?as 
sont aussi aaîtvîes i^b» «iûfiwote^. tts à la 




En Allemagne. Surprise électorale- 






retraite, Bismarck doit s'efTacer, disparaitro, so 
perdre dans la foule : il ne lui est pas pitrmis 
d'opposer sa politique à la politique du souverain, 
car ce aérait presque un crime de lèsc-ma- 



58 CRISPI EN CARICATURES 

jesté. Crispi, au contraire, ayant perdu sa majorité, 
n'a qu'à reprendre la direction de cette opposition 
dont il fut si longtemps le chef écouté. Qu'il se 
retrouve une majorité, quelle que soit sa nature, 
et, de nouveau, il sera au pinacle. Ainsi vont les 
chosies. 

Qui sait, cependant, si les événements ne pren- 
dront pas une direction absolument différente ! 

Peut-être verrons-nous Bismarck, depuis 1860 
défenseur-juré de la couronne de Prusse contre 
toutes les velléités d'indépendance parlementaire, 
finir en révolté, en conspirateur S donnant ainsi le 



1. On sait que le prince de Bismarck s'est laissé porter 
candidat à l'élection du cercle de Geestemunde en Hanovre. On 
connaît également le résultat de cette élection qui fit grand 
bruit et qui suscita, dans tous les camps, de vives polémiques. 
Le professeur Delbrùck avait résumé ainsi la situation dans un 
article des Preussische Jahrbûcher, revue d'un esprit particu- 
lièrement sérieux : 

« Si le prince de Bismarck échoue, ce sera une honte pour 
le pays qu'un tel homme subisse un pareil affront; s'il triomphe 
ce sera un malheur, car de deux choses l'une, ou il renversera 
le gouvernement et arrivera ainsi de nouveau au pouvoir, ce 
qui sera contraire à la constitution monarchique ; ou il sera 
écrasé par le gouvernement, et quelle fin lamentable ce serait 
là pour un tel homme! Pour les hommes de la taille de M. de 
Bismarck, il n'y a qu'une alternative : gouverner ou se taire. » 

Or le prince de Bismarck, quoique nommé au scrutin de 
ballottage, n'en a pas moins subi un premier affront. Il 
triomphé, mais amoindri. Révolté, dès aujourd'hui, que sera- 
t-il demain? Le professeur Delbrùck avait raison : c'est quand 
même une fin lamentable. 



SHARCK ET CRIE 



spectacle peu commuD d*un fidèle sujet émancipé 
sur ses vieux jours. 

Peut-être, par opposition, verrons-nous Grispi, 
le conspirateur breveté, finir en petit saint Jean, 
en parfait rentier, en vulgaire Prudhomme. 




Quelle mine pour les caricaturistes ! 

Bismarck conspirateur , avec le feutre , les 
guêtres, le poignard du brigand calabrais, Grispi 
grand pontife de la majorité, faisant la roue dans 
les salons du Quîrinal ; non, nous ne verrons 
point cela, car ce serait par trop drôle. Une telle 
somme d'humour n'entre point dans l'humaine 
nature ! 

Et, d'autre part, quoi qu'il arrive, Bismarck 
restera toujours un des esprits les plus machia- 
véliques, une des personnalités les plus puis- 



60 CRISPI EN CARICATURES 

santés du siècle. A peine renversé, Crispi semble 
déjà oublié. Il est vrai que le personnage va 
s'agiter, se remuer; mais, comme pour Jules 
Ferry, le noir continent sera, son Tonkin. lies 
deux hommes d'Etat les plus en évidence de 
cette fin de siècle, en Italie et en France, auront 
pérLpar leur politique coloniale. 

Il fut le point noir à l'horizon de la troisième 
République, et je crois que celle-ci a pour beau- 
coup contribué à sa renommée internationale. 
Comme Bismarck, chose assez caractéristique, 
c'est par et contre la France qu'il a grandi. 
Ces deux « gallophobes >> ne devraient pas tant 
en vouloir à la vieille Gaule, puisque, sans elle, 
ils n'existeraient pas. 

Mais bientôt peut-être, Crispi ne sera même 
plus un point noir, ni une tète d'épingle : ta figure 
du dictateur italien se sera effacée. 

Seul, Gavroche qui ne perd jamais la mémoire 
des gens, se souviendra du monsieur à qui man- 
quaient, pour être un Bismarck de race et non 
de contrebande, les trois cheveux professionnels. 



IV 



LES PORTRAITS DE CRISPl 



Formation et accentuation du type. — Crispi en portraits 
dessinés. — Crispi observé par M. Jacques Saint-Cère et par 
M. Narjoux. — Fantaisies humoristiques du Pasquino sur la 
tête de Crispi. 



Droit, pouvant passer pour grand, par suite de 
sa taille élancée, très vert, la démarche assurée, 
tel apparaît Francesco Crispi, âgé, on ne s'en 
douterait guère, de soixante et onze ans. 

A trente ans, lorsqu'il était l'enragé politicien 

dont on a, de toutes parts, rapporté les exploits, 

d'épais cheveux noirs bouclés — chevelure de 

Sicilien — encadraient son visage ; une fine 

moustache ombrageait légèrement la lèvre; les 

yeux, largement ouverts, avaient Texpression 

ardente. L'ensemble, si l'on en juge par d'anciens 

portraits, ne manquait pas d'un certain charme. 

Le conspirateur qui faisait l'effroi des carabiniers 

de sa patrie — à cette époque, ils n'arrivaient 

6 



62 CRISPI EN CARICATURES 

pas toujours trop tard — devait faire en même 
temps la conquête des belles Italiennes et des 
jeunes blanchisseuses. C'était absolument roman- 
tique. Il y a là un Crispi de mélodrame, un jeune 
ténor des Vêpres siciliennes du xix* siècle, dont 
malheureusement nous ne pouvons juger que par 
à peu près. - 

Vingt-huit ans plus tard, une barbe aux poils 
durs encadre le menton; la moustache est deve- 
nue un buisson broussailleux collé là comme un 
bourrelet postiche — une vraie moustache de 
faux-nez — ; Tœil rond, très gros, semble vague. 
Et, particularité qui ne contribue pas peu à 
donner à l'ensemble un aspect singulier, la mous- 
tache se détache, noire, sur un collier de barbe 
déjà blanc. L'homme vient d'être nommé ministre 
de l'intérieur : c'est quelqu'un par la situation, 
encore personne comme physionomie. Aucun 
rayon lumineux n'éclaire du reste le visage dont 
l'expression est quelconque : si ce n'était un 
avocat, ce pourrait être, tout aussi bien, un indus- 
triel enrichi. 

Mais, dix ans après, le type s'est dégagé, l'atti- 
tude extérieure paraît s'être modelée sur l'in- 
dividu intime; ce n'est plus ni un jeune premier, 



LES PORTRAITS DE CRISP: 



ni un personnage politique hésitant, ne sachant 
comment se maintenir au pouvoir: c'est le maître, 
celui qui commaDde, qui entend être obéi. 




d'après u 

Et, ma foi, il a une certaine allure : le ne^ impé- 
rieux, les narines au rent, la tête droite, !e focies 
développé à la César. L'œil sera doux ou sévère; 
la moustache maintenant bien plantée sur le 



\ 



64 CRISPI EN CARICATURES 

visage rasé, tombe en blancs flocons, légèrement 
broussailleux. Les mains, du reste soignées, indi- 
quent à la fois, la volonté et le besoin d'autorité. 

L'abord est facile; l'accueil, dit-on même, sait 
être souriant. D'aucuns veulent voir en lui un 
charmeur, dont toute la rudesse ne serait qu'à 
fleur de peau. A la finesse des attaches répondrait 
la finesse de l'esprit. 

La particularité la plus piquante, la voici : 
Crispi est un Italien mélangé d'Arabe, tout comme 
Bismarck est un Allemand mélangé de Borusse. 
Au point de vue de la race, l'un est extrême sud, 
l'autre extrême nord. Au point de vue de la 
physionomie générale, l'un n'a que les mous- 
taches pour rompre l'unité du visage ; l'autre est 
tout sourcils et tout moustaches. La volonté, 
l'énergie empreintes sur le visage de l'homme 
d'État italien forment le contraste le plus absolu 
avec Pair dur, sévère, rébarbatif, de l'homme 
d'Etat allemand. 

L'un tient du hérisson avec ses terribles avan- 
cées de sourcils et de moustaches; l'autre produit 
quelque peu l'effet d'un œuf, à la coquille historiée. 

L'un a du fer et du brouillard, l'autre de la 
pleine lumière; l'nin est gris, presque terreux 



LES PORTRAITS DE CRIS 



de tonalité; l'autre est d'une riche polychroHlie. 

Et maintenant que J'ai ainsi esquissé la figure 
qui va défiler devant nous en une succession 
d'images caricaturales, -je cède la parole à ceux 
qui me paraissent avoir tracé le meilleur portrait 
physique et moral de 
l'homme d'État ita- 
lien. 

« M. Crispi homme 
privé n'est pas du tout, 
oh! mais pas du tout 
le Crispi que l'on 
s'imagine en France, 
écrivait M. Jacques 
Saint-Cère dans le 
Figaro. Grand, mince, d'une agilité surprenante 
pour un homme de soixante et onze ans, se 
remuant, se frottant les jambes, vous serrant 
fortement le bras entre le pouce et l'index quand 
on lui présente une objection et comme s'il vou- 
lait vous introduire de force les idées qu'il 
défend, i! a l'air d'un bon vivant; il rit volontiers 
de ce qu'il dit et de ce qu'on lui dit : la voix est 
très calme, douce quand il parle italien, un peu 
rude quand il parle le français qu'il connaît à 




66 CRISPI EN CARICATURES 

fond, mais qu'il prononce avec un fort accent 
italien, cherchant ses mots et traînant sur les 
dernières syllabes; est-ce pour voir sur la figure 
de son interlocuteur Teffet qu'il produit ou est-ce 
pour préparer la phrase suivante? 

« La bouche est grande et encore bien garnie, 
la figure est longue, les joues sont pleines et rasées 
de près, le nez est fort, dominant toute la figure 
au-dessus d'une moustache blanche très hérissée, 
très courte; le front est dégarni, la tête aussi, 
pas un cheveu ne l'empêche de briller et de mon- 
trer qu'elle rougit aussitôt qu'il s'irrite ; les yeux 
sont perçants, intelligents, changeants, divers, 
leà yeux d'un homme très fort, très retors, très 
roublard. Mais il leur manque quelque chose! 
M. Crispi n'a pas de sourcils. Et aussitôt qu'on a 
vu ce qu'il manque à cette physionomie, on trouve 
à qui M. Crispi ressemble : il ressemble à M. de 
Bismarck ' sans sourcils, c'est-à-dire sans ces 
appendices formidables, terrifiants, qui donnent 
à la physionomie de l'ex-chancelier ce je ne sais 
quoi de sauvage, de dominateur, de fascinant. 

« Et cette ressemblance une fois constatée, je 

crois bien qu'on a M. Crispi tout entier. Très fin, 

y^ très intelligent, très italien, très avocat, il n'a pas 



LES PORTRAITS DE CRIST 



besoin des sourcils qui donnaient à l'autre l'air 
très fort, très brutal, très allemand, très soldat! 
M. Crispi m'a tout l'air de vouloir charmer ses 
interlocuteurs, M. de Bis- 
marck voulait les terrori- 
ser. » 

Yoici dans son physique, 
dans ses mouvements, et 
jusque dans les ondulations 
du corps, un Crispi bien 
campé sur ses jambes. 

Tout en constatant que le 
Crispi d'aujourd'hui ne res- 
semble guère au Crispi d'au- ' 
trefois, chose asseznaturelle, 
M. FélixNarjouxen son livre " "'*''*''"°' * ""''"' *^'"> 
si documenté, si sincère, si patriote, sur le ministre 
tombé, donne un portrait absolument identique 
quant aux grandes lignes. Il insiste surtout sur les 
points suivants, intéressants entre tous puisqu'ils 
servîrontà constituer la particularité des croquis ita- 
liens : le front démesurément agrandi, les cheveux 
très rares, la moustache rude et blanche donnant 
à la ligure une apparence martiale avec laquelle le 
teint rosé de la peau contraste étrangement. 




68 CRISPI EN CARICATURES 

Voici, d'autre part, quelques appréciations à 
retenir si Ton veut avoir, dans tout son relief, 
Thomme d'État italien : 

« Crispi est fait pour dominer, il a en lui la 
nature d'un maître. La domination est dans son 
tempérament; il impose sa volonté. L'opposition, 
la contradiction l'irritent : au lieu de répondre 
aux arguments de ses adversaires, il les attaque. 

« Quand les journaux modérés rendent compte 
d'un de ses discours, il n'est question que de ses 
emportements, de ses dures apostrophes, de ses 
violentes sorties, de l'insolence de ses ripostes, de 
ses défis audacieux, de ses gestes de possédé! Il 
y a, là dedans, un vrai très exagéré. Ce qu'on ne 
dit pas, c'est que Crispi connaît son public, sait 
comment il doit lui parler et comment le traiter. 

« Nul n'a osé aller aussi loin que lui. Nul n'a 
mieux su tirer parti des circonstances, trouver 
l'occasion, saisir le moment favorable pour pré- 
senter ses idées et les faire accepter. Il a fini par 
s'imposer lui-même. 

« Après avoir prononcé une de ces phrases.^ 
sonores, dont l'effet est certain et qu'on retrouve 
dans tous ses discours, Crispi s'arrête; on le 
couvre d'applaudissements; il écoute et laisse 




par 1> niuitraiùme IloUana en 1987. 



LES PORTRAITS DE CRISPI 71 

^•^m^^^^^^^ ■- ^i^^—^^M^M^I^^^-^^— ^■^^^^^^^^^^^^— Il ^^^l^iM^^^^— I ^■^^^^^^^^^^^— ^^^^^^^^^^^^B^— ^^^.^^^^i^^^^^^^^ 

errer, sur ses lèvres, un sourire d'une expres- 
sion particulière; on ne le lui connaît qu'en ces 
moments-là. 

« Parfois, à la Chambre, il rappelle Bismarck 
qui, assis à son banc, affectant d'écrire, de ne 
prêter aucune attention à ce qui se passe, à ce 
qui se dit autour de lui, redressant tout à coup la 
tète, interrompant Torateur par quelque brutale 
apostrophe : Vous vous trompez. — Vous faites 
erreur. — C'est un mensonge. — Ce n'est pas 
vrai. 

« Crispi, lui, affecte le même dédain pour les 
orateurs qui l'attaquent; sa nature, toute d'action, 
l'empêche de rester en place ; il va, vient, cause, 
et, le moment venu, s'élance à la tribune. La 
contrainte qu'il s'est imposée déborde. Il ne cher 
che pas à s'assurer la bienveillance de l'assem- 
blée ; il ne cherche à l'amadouer ni par son sou- 
rire, ni par d'élégantes tournures de phrases. Il 
s'impose, et, les bras croisés, attend un moment 
de silence. Alors il lance sa première phrase, 
longuement cherchée, étudiée avec soin, et, les 
bras ouverts, les mains tendues, il se tait, prépare 
la période suivante. Puis, son sujet l'emporte, il 
n'est plus maître de lui ; les phrases se succèdent 



72 CRISPI EN CARICATURES 

courtes, rapides; chacune d'elles contient un mot 
qui frappe, qui retient l'esprit et auquel les 
accents de cette belle langue italienne prêtent un 
charme particulier. » 

Après rhomme physique, l'enveloppe exté- 
rieure, le vêtement. A ce point de vue je ne sais 
pas meilleur portrait qiie celui ici reproduit. 
Ministre bourgeois d'une monarchie libérale et 
parlementaire, M. Crispi est en bourgeois correct 
et cossu : chapeau de soie, redingote, gants, il a 
tout ce qui constitue le parfait gentleman et, en 
plus, tout ce qui indique je ne dirai pas seulement 
ritalien, mais le Méridional. Ici encore M. Jacques 
Saint-Cère a bien vu; le portrait graphique est 
appuyé par le polirait littéraire.; la plume explique 
le crayon : 

« Très correct dans sa tenue presque anglaise, 
redingote à revers de soie, cravate blanche, 
chaussettes de soie, donnant l'impression d'un 
homme qui prend son tub tous les matins, les 
mains soignées, rien ne dénoterait l'Italien dans 
son extérieur, n'étaient les nombreuses bagues 
ornées de pierres de couleur qui brillent à tous 
ses doigts, n'étaient des boutons de diamants qui 
ornent sa chemise, qui scintillent, qui jouent à la 




L'ArniQUE CHispiNiBNHE, d'après le ■ Livre Vert i. 
(Dewn de Tiji, Pas^uim, 1889.) 
• Rsprodoolion dlr»la de l'arigioBl en cooleor (tiré eu yart pour fair 
■Uuiion >a LiTie otfloiel do goaTeniemïnl italien]. 



LES PORTRAITS DE CRISPI 75 

lumière pendant qu'il parle, qui attirent les 
regards, qui ont l'air de vous dire : « Tu sais, il 
est expert dans l'art de jouer des mots, il fascine, 
ses pensées ont des dessous pointus comme nous, 
il aime le clinquant. Il est Italien. » 

A vrai dire, tout le monde aujourd'hui me 
paraît quelque peu « italien », car je ne sache pas 
que les Allemands se privent de bagues à pierres 
de couleur — leurs doigts en sont chargés, — ni 
de boutons de diamants à la chemise, ni de 
chaînes à breloques sautillantes. Mais à cela près, 
et je veux bien admettre pour un instant que la 
mode du clinquant et du clinquaillant soit venue 
d'Italie, ce portrait du vêtement, esquissé par 
M. Saint-Cère, équivaut à une excellente photo- 
graphie. 

Il ne manquerait plus à notre galerie que le 
Crispi des réceptions officielles, le Crispi en cos- 
tume de ministre — avec le bicorne à plumes, le 
frac brodé, Tépée — l' ex-garibaldien doré sur 
tranches et chaussé de légers escarpins, Tex-ré- 
volutionnaire se faisant admirer dans les salons 
du Quirinal. Or, ce grand seigneur, les carica- 
turistes italiens se sont souvent amusés à le 
représenter, mettant sans doute une douce ma- 



76 CRISPI EN CARICATURES 

lice à « gentilhommiser » rancien irréconciliable. 

Si ce n'est point, à proprement parler, son 
portrait qu'ils donnent ainsi, c'est encore moins 
une caricature : la satire réside dans le fait et 
non dans une exagération quelconque des traits. 
Correct, droit, bien planté, tantôt avec lltalie vis- 
à-vis de laquelle il figure comme un fils devant sa 
mère, tantôt avec sa chère Afrique, sa création à 
lui, il est véritablement homme du monde. Tel on 
peut le voir ici, s'appuyant sur la plantureuse 
reine du noir continent, et esquissant un sou- 
rire, éloigné de toute intention grotesque. 

Quand on prend du Crispi on n'en saurait trop 
prendre. Du reste certains côtés de Tindividualité 
humaine ne peuvent être réellement observés que 
sous une forme humoristique. C'est pourquoi je 
joins aux portraits , photographiques les amu- 
santes fantaisies du Pasquino. De face, de dos, 
de profil, de trois quarts, l'ex-ministre apparaît 
ainsi en des poses moins correctes, mais avec 
un caractère d'intimité, avec un laisser aller qui 
n'excluent point la ressemblance. Ce Crispi a dû 
être vrai à certains moments, alors qu'il s'étu- 
diait moins ou quand il se croyait à l'abri de 
tout crayon indiscret. 



LES PORTRAITS DE CRISPI 




Crispi TB de («ce. De profil, à 





n 



[s qiuHa, à giuche. De profil, k gauche. 





78 CBISPI EN CARICATURES 

Il y a quarante ans, Grandville s*était exercé à 
prendre des physionomies de personnages vus 
d'un cinquième étage; ces études de perspective 
du haut d'un balcon n'étaient grotesques que 
par leur imprévu, par leurs siiiguliers efifets 
d'optique, tout comme les images reflétées par 
les boules ou les glaces convexes. Les Italiens ont 
voulu dans le même esprit nous donner un Crispi 
dont les raccourcis étonnants se traduisent en 
surfaces planes. Après cela il sera facile de dégager 
la caractéristique pittoresque de Thomme, et l'on 
pourra suivre toutes les transformations, toutes 
les attitudes i?iultiples que le crayon des observa- 
teurs humoristes fîL subir à l'ancien ministre. 

Un crâne à trois poils, des sourcils et des mous- 
taches, voilà Bismarck. Une boule^ luisante, des 
moustaches de vieux grognard, un bosquet de 
cheveux blancs au bas du crâne, — le classique 
bourrelet des vieillards, — voilà Crispi. 



L^IMAGE ET CRISPI AVA5T 1887 
Pauvreté de Fimage arant ISSO. — Ni portraits, ni caricatures. 

De très bonne heure, on le sait, Testampe alle- 
mande a vu Bismarck, parce que, de bonne heure 
aussi, Bismarck fut une Tolonté et une puissance. 
Cfispi, lui, resta longtemps sans figure détermi- 
née, si bien que la caricature ne put trouver en lui 
un type. Il a beau soulever la Sicile en 1848, être 
une des têtes de l'expédition des Mille en 1860, 
puis vice-président de la Chambre en 1865, puis 
fondateur de la Riforma en 1868, jusqu'en 1877 il 
ne compte pas pour l'image. C'est une personna- 
lité de second ordre, un comparse. 

En 1863 le journal // Lampione de Florence 
publie un almanach, les « Strenna-Gàribaldi ». 
Toutes les individualités du parti garibaldien et de 
la démocratie italienne sont là : Giovanni Acerbi, 
Alberto Mario, Giuseppe Mazzoni, Pietro Gian- 



80 



CRISPI EN CARICATURES 



\t 



none, Giuseppe Dolfi, Antonio Martinati, Agos- 
tino Bertani; seul, chose étrange, Crispi n'y figure 
point. 

Je cherche également sa tête, mais en vain, 
parmi Içs portraits-charge des célébrités ita- 
liennes que dessine alors Téja^et 
dans les journaux locaux déjà si 
nombreux. Il faut parcourir des 
années entières du Pasquino, du 
FîschieUo, du Spirito Folletto 
pour trouver, de-ci de-là, quelque 
petit croquis sans grand carac- 
tère. Telles ces vignettes repré- 
sentant plusieurs personnages du 
jour costumés pour le carnaval 
de 1 868. Là, aux côtés de Cevinini 
Tarlequin, de Massari le bénis- 
seur, de Minghetti le docteur, de Depretis l'ana- 
baptiste, de La Marmora le chevalier de la triste 
figure, de"Ratazzi la victime, on voit Crispi Tln- 
dien. Quoique peu de chose, c'est un document, 
d'autant plus que cette qualification se retrouvera. 
Ici rindien, plus loin le Parthe : on voulait viser en 
lui risolé, rirrègulier, sujet à lancer des flèches. 
Après 1870, la moisson n'est guère plus riche. 



Crispi l'Indien. 
{Spirito Follet lo, 1868.) 



l'image et crispi avant 1887 



Et cependant seize ans durant, c'est-à-dire de 1860 




IHtio. — HegMTje cea gen»-'* c 



1. La motion Sanguinetti avait pour but la dis< 
veau de la loi sur la mouture. 

2. Tizio et Cajo sont des personnages de la comédie italienne 
que l'on Tail mouvoir un peu comme notre Prudhomme aulre- 
fois, ou comme Sctiulze et Miiller dans la littérature satirique 
allemande. \ 



82 CRISPI EN CARICATURES 

à 1876, il avaijt été le chef le plus actif, le plus 
constant des idées libérales et de la gauche parle- 
mentaire. Mais non, Grispi... crispait, Timage le 
rejetait, ne le trouvant pas intéressant. 

Esprit souple, ondoyant, très italien par le fait, 
Grispi avec ses jopinions mitigées, se promenait 
un peu à travers tous les partis avancés. Ge manque 
de fixité, quoique purement à la surface, puisqu'il 
cherchait dès ce moment à créer « son parti », 
fut préjudiciable à Texpansion de sa personnalité. 

Mais aussi quelle force, quelle puissance cela 
ne devait-il pas lui donner par la suite ! 

En 1877, lorsqu'il obtint enfin le portefeuille 
objet de ses vœux, ce fut encore peu de chose; 
mais dix ans après, en 1887, lorsqu'il revient tout- 
puissant, ce sera une levée générale de tous les 
crayons. Et, dès ce moment, laissant de côté les 
autres célébrités politiques descendues de leur 
piédestal, là caricature illustrera les hauts faits 
de Francesco Grispi, à Texclusion de tout autre. 



VI 



LES CARICATURES PERSONNELLES SUR CRISPI 



Crispi-César. — Crispi-Christ. — Tout le monde Crispi. — Crispi 
partout^ — La coifTure Crispi. — Crispi seul député. — 
Crispi seul ministre. — L'homme-Crispi. — Le cigare Crispi. 
— Crispi et sa couronne de nuit. — Crispi gendarme. 



D'après une légende calembourdière du Pas- 
quino^ Bismarck représenterait Tâge de fer, Crispi 
Tâge de volonté, Antonelli Tâge de quatre-vingt- 
dix ans. 

L'âge de volonté./... d'orgueil, et de suffisance, 
ajoute le Fischietto, 

Ce n'est point en efifet par la modestie que brille 
le Pape-Radical, le Proconsul César, celui qui, 
volontiers, eût posé en axiome de droit public ces 
formules tyranniques : « Quand je parle on doit 
se taire » — « Quand j'ordonne on doit obéir », 

César-Crispi est également Crispi-Atlante : seul, 
il entend gouverner le monde, portant sur la tête 
ses ministères. 



84 CRISPI EN CARICATURES 

Avec lui, pas de lutte possible j tous les pre- 
miers sujets de la politique sont réduits à mordre 
la poussière. Avaler un sabre, avaler des étoupes 
enflammées, qu'est-ce cela? « Lui » il soulève 
un palais avec ses dents. 

Quel homme, quel génie! Lui c'est « Lui », le 
grand, le seul. Tunique, le paon à la roue multi- 
colore, Vexcelsior de^Palerme, le triomphateur, le 
nouveau Christ. 

L'entrée de Charles- Quint à Anvers, de Mackart, 
se transforme, sous le crayon du Pàsquino, en 
promenade de Crispi à travers le monde. Il est 
sur un éléphant, tenant l'Italie dans ses bras, 
tandis que l'Europe et l'Afrique, à ses pieds, lui 
tressent des couronnes. Et en avant la musique! 
Le Capitan Fracassa sonne de la trompette; la 
Riforma * bat la grosse caisse. 

Que les méchants tremblent, que les bons se 
rassurent! Il est le père du peuple, il est le Christ. 
Sous une forme plaisante le spirituel Don Chis- 
ciotte nous présente ainsi ce phénomène « Ciccio- 
Crispo, notre Seigneur ». Ecoutez la bonne parole : 
« De tout temps, la Providence a eu pitié des mal- 

1. Ces deux organes sont, en quelque sorte, les journaux 
officiels de Crispi. 



CARICATVHES PER*0\SELLE? 51B CRISTl 83 

heureux. Autrefois, elle leur eoTora le Chrisl; 
aujourd'hui elle a donné Crispi à la pauvre 
Italie. 

u Était-elle assez à plaindre cette helle contrée, 
la patrie du divin Pétrarque? Des miaislres sans 




'. 7 décambra ISS»,) 



énei^ie; un Parlement n'ayant pas conscience de 
son rôle. Grave était Ta situation ; Crispi surgit, 
choisi par la Providence pour mettre fin aux maux 
du pays. Crispi, Cristo : la similitude des noms 
indique la ressemblance des actions, si extraordi- 
naires que mille Bonghi ' no suffiraient pas à 
les transmettre à la postérité. 



86 CRISPI EN CARICATURES 



« Avec quelle humilité ne s'est-il pas entouré 
de petits ânons, se réchauffant à Fhaleine de leurs 
n£f«eaux aux louanges insufflatrîces, et leur don- 
nant, en échange, de l'avoine. 
" « Lui aussi, avec sa parole inspirée, il confondit 
les doctes, ne s'inspirant dans ses lois que de l'éga- 
lité et de la justice sociale. 

« Et s'il n'a pas, à l'exemple du Christ, chassé 
les scribes du Temple , sachant au contraire 
profiter de leurs arguties, comme le Christ, du 
moins, il a toujours généreusement pardonné aux 
Madeleines qui avaient beaucoup péché et beau- 
coup aimé..» 

Et voyez jusqu'à quel point la ressemblance 
est complète. Quand le Christ vint, tout le monde 
se fit Christ. A la Chambre, quand Crispi parle, 
tout le monde devient Crispi, la droite se confond 
avec la gauche, la gauche ne se peut plus distin- 
guer de la droite, l'honorable Boccarini se con- 
vertit à Crispi, l'honorable Cadronchi se fait 
Crispi, l'honorable Bonghi se transforme en 
Crispi, l'honorable de Rudini, lui-même, qui l'eût 
cru! arrive par lettre cachetée à l'effigie de Crispi. 
Si bien que, apercevant tant de néophytes, Crispi- 
Christ, Crispi-modèle ne peut que remercier son 



CARICATURES PERSOM 



et Uaitre, et rendre gr&ce au grand 
saint Antoine. 

Tout le monde Crispî ; Crispi en tout et partout ; 
Oispi sachant et conduisant tout ; c'était, il y a 
trois mois encore, la grande nouveauté du jour. 
Crispî bulgare, Crispi tripolitain, Crispi marocain. 




Crispi tunisien, cela s'obtenait à l'aide d'un rien. 
Simples transformations par les coiffures que je 
recommande à Trewey si jamais le succès de son 
Tabarin s'épuisait. Crispi soldat en Afrique, Crispi 
prêtre au service de Sa Sainteté, Crispî suisse 
d'église, Crispi pape officiant à ses banquets, 
Crispi dieu de la paix, Crispi auge aux célestes 
harmonies; que de joyeux Crispi s'offrent ainsi à 
nos yeux 1 C'est bien là l'homme à qui le Pasquino 



88 



CRISPl ES CARICATURES 



fait dire au pape : " Quoique dans des camps 
diiréronta.nous n'ado- 
rons qu'un spul et 
même Dieu, l'en- 



cens. » C'esl bien là 
riiommc à qui l'Eu- 
rope en délire faîl 
cette amusante dé- 
claration : " Il y a 
un certain temps 
que vous ne m'avez 
parte, que vais-je 
devenir! n 

Homme unique, 
omni-science , qui 
sait tout, qui voit 
tout, qui a mis 
l'Italie à la sauce 
Crispi et qui 
drait accommoder 
l'Europe à sa façon; qui règne jusque 




CARICATURES PERSONNELLES SUR CRISP! 89 

— les femmes, pour luî plaire, n'allaîent-ellcs pas 
revenir au Di- 
re ctoireettrans- 
forraer leur téta 
chevelue en un 
ivoire-Crispi! — 
Enchanteur 
qui a cou- 
vert le pays 
des Heurs de 
sa rhétori- 
que, et que 




Tout le monde Crispi. 



rilalie, reconnaissante, comble de bienfaits — on 
lui vote jusqu'à des parapluies d'honneur — 



90 



EN CARICATUBES 



Cadet-Roussel de la Triplice qui a su incarner en 
lui et expliquer d'une façon saisissante le mys- 
tère de la très sainte Trinité. 
Homme de toutes les opinions et de tous les 




mondes, né peuple et devenu grand seigneur, 
ayant inventé le " Crispschutt », se transformant 
en sportsman , en gymnaste , en élégant bai- 
gneur; conduisant crânement, avec un chic par- 
ticulier, la charrette anglaise... de l'Etat, ou bien 
encore, jeun& premier à la bouche en cœur, 
accompagnant l'Italie au piano et chantant d'une 



GARICATCRES PERS6X^ELLE~ ~rR CR1>I'l 91 



vois « qui sait se taire entendre de l'Europe <-. 
Homme modeste dont la devise : - C'est moi qui 




fait tout I) peint bien le caractère; homme qui, 
pour mieux cacher ses actions d'éclat, écrit urbi 



92 



EN caricature: 



et orbi : « J'ai fait de grandes choses; pour peu 
que vous viviez encore, vous en verrez bien 
d'autres n; homme ingénieux, à l'esprit toujours 
en éveil, qui, au pouvoir quelques mois encore. 




eût supprimé jusqu'au froid et transformé ainsi 
l'Italie en un paradis perpétuel... à l'usage des 
Anglais. 

Tous les députés s'étant incarnés en lui, il 
serait arrivé à la fermeture des Chambres; faisant 



CABICATCKES FEiS I-yrriLI-îf STÎ riISi: 



la besogne de tous les minisiiYs. il ^t: re^du 4c4as 
les ministres inotfles. L'àSTC i'oT czi^TÎnirn j*c»jxr 
l'Italie. Pins personne. Loi seul. 




» - M « ^j^ -y 



TEATRO NATIONALE 

»TRïS£GflETAIl\oi«lSP| 

COMMEDïA 
TMmicroHE Ml FRANCESE 



La nouveauté du jour. 

La canne Criapi, lëpingle Crispi, la pipe Crispi, la comédie Crispi. 

(Pasquino» 1S89.) 

« Moi! moi! toujours moi! » a-t-il chanté sur 
tous les tons. 

« Lui! lui! toujours lui! » ont repris en chœur 
ses adversaires, les journaux à caricatures, las 
de tant de crispinades, et la première journée du 



94 GRISPI EN CARICATURES 

carnaval romain de 1890 nous a montré le départ 
du général Managgia la Rocca — autrement dit 
Crispi — sur un âne. 

Politique, arts, lettres, théâtre, modes, jeux, 
industries diverses, comestibles, Crispi a été mis 
partout , caricaturé , ridiculisa sous toutes les 
formes. ^ 

Ah! il veut être tout; eh bien! il sera accom- 
modé à toutes les sauces. . 

Et on le rencontre ainsi, du macaroni au cigare : 
macaroni-Crispi, cigare-Crispi, si bien que, pour 
quelques sols, on a son Crispi sur l'estomac et 
dans la bouche, trinité bien douce à ceux qui le 
portent déjà dans leur cœur. 

Il n'y a pas eu de cigare Boulanger," c'est regret- 
table. L'Italie, plus heureuse que nous, possède 
réellement ua cigare Crispi, cigare politique des- 
tiné à prendre place aux côtés des cigares de 
même espèce déjà existants, cigares Cavour, Min- 
ghetti, Sella, Magliani. 

Le Don Chisciotte, qui ne laisse pas son esprit 
s'en aller en fumée, a annoncé, non sans une cer- 
taine malice, que la Riforma avait commandé 
mille des dits cigares pour les donner en prime 
à ses abonnés, et que Crispi avait tenu à en être 



CARICATURES PERSaNNELLES SUR CRISPI 95 
.^ » ■ . 

lui-même Texpéditeur, afin de pouvoir dire aux 
abonnés : « Moi seul ai fait Texpédilion des 
mille M » Toujours par modestie. 

Et là-dessus, le jourtial romain esquisse à sa 
façon la physionomie du cigare crispinien. 

« C'est un cigare de liixe, car, quoi qu'on dise, 
il coûte cher. Il ne fait pas de cendre, car tout 
s'en va en fumée. 

(( Il s'allume vite, mais s'éteint de même. 
. « On le croirait très fort; c'est une erreur. 
Il ne sera point fumé par les radicaux qui lui 
préfèrent les cigares Fortis * (le texte italien a un f 
jeu de mots sur « forte » et « Fortis »). 

« Comme les journaux du parti, d'ailleurs, le 
cigare Crispi ne tire pas : cela provient de la 
mauvaise qualité des feuilles. 

« Pour y remédier, on a donné commission 
spéciale à l'honorable Salandra de faire en sorte 
que l'Italie puisse avoir la feuille Crispi sans... 
Costa ' ! 



1. Allusion, est-il besoin de le dire, à l'expédition des Mille 
avec Garibaldi. 

2. Chef du parti radical dont Crispi fit son sous-secrétaire 
d'État à l'Intérieur. 

3. Costa, député socialiste, particulièrement hostile à la poli- 
tique Crispi. Il a pris la parole à Paris dans nombre de ban- 
quets. 



y \ 



96 CRISPI EN CARICATURES 

« Le cigare Crispi n'a pas la paille longue * du 
Papal et du Virginia^ mais pour la commodité 
des fumeurs il a une toute petite queue de paille : 
il faut prendre garde à ne point Tallnmer de ce 
côté. 

« Quelquefois le cigare Crispi est troué et, 
alors, il ne tire pas du tout. Pour remédier à cet 
inconvénient les marchands de tabac vendront, à 
un centime pièce, des petites capotes de 70 gpm- 
m'ées à l'intérieur et protégées à l'étranger. 

« Tout fait croire, du reste, qu'il deviendra un 
cigare à la mode. 

Cigare par-ci! Cigare par-là! 

Cigare en haut! Cigare en bas! \ 

De la ville je suis \t factotum, 

« Le cigare Crispi sera surtout fumé avec 
enthousiasme en Sicile, ourles masses populaires 
commencent à fredonner ce curieux couplet : 

L'Apennin, Crispîel Vénus, 
Réduisent Syracuse, en cendres. 

« Les « bouts » des « Crispi » seront excellents 
pour la pipe; avec eux, les ramasseurs de mégots 



1. On sait que les cigares italiens, suisses, autrichien^ (ceux 
du Tyrol du moins), ont au milieu une assez longue paille des- 
tinée à aider au tirage. 



CARICATCRES PERSONNELLES SUR CRISI'I 97 

feront une rapide fortune. Si bien que cette indus- 
trie, grâce k <lon Ciccio, aura désormais une 
branche spéciale, très lucrative et très recherchée ; 
celle des mégots Ciccio-Crispi. » 




Don Ciccio père des cigariers! Un jour, peut- 
être, l'Italie reconnaissante et surtout déhar- 
rassée de son trop génial ministre, lui élèvera- 
t-elle une statue avec une inscription notant ces 
qualités spéciales, ne serait-ce que pour rappeler 
aux générations à venir la fumée des choses 
humaines. 

De César finir cigare, la rime n'est pas riche et 
la chote est cruelle. 



98 CRISPI EN CARICATURES 

_i I* I — -- — — -- ^^^ ^^ ■ 1 1 

César et Néron ! c'est Thistoiré tLatamarresque 
de Grispi qui nous est ainsi donnée par les jour- 
naux italiens. Le révérend Fra Piccione qui signe 
au Fischietto des articles pleins d*humour ne fait- 
il pas dire à Tex-ministre : « Je suis Ciccio et 
Cicciariello, Brutus et Marcellus, Fabricius et 
Scipion, peut-être aussi Néron, peu importe, 
car ritalie entière m'applaudit. » 

Hélas ! le doux rêve s'en est allé. Mais quand 

on parcourt toute cette épopée satirique, on est 

étonné de la grandeur de la lutte soutenue par 

le crayon contre le ministre-dictateur d'une mo- 

/ narchie parlementaire. 

Ce César en robe de chambre et en bonnet de 
coton, ce César qui a des couronnes de rechange, 
pour le jour et pour la nuit, ce César au visage 
encore quelque peu romain — tant le type d'une 
race se perpétue à travers les siècles — restera 
dans rhistoire comme le Bismarck du Kladdera- 
datsch. 

Il était monté au Capitole. Logiquement, il 
devait aboutir à la roche Tarpéienne. 

Et puis. César c'est bon pour un temps. 

Cette même caricature s'était déjà chargée de 
faire descendre le tout-puissant ministre de son 



CARICATCRES PERSONNELLES SUR CRISPI 99 
_,_ -— _ „ ^ 

piédestal en le rameDant aux personnages plus 
proç^ques de la vie moderne. De César à Pan- 
dore il y a un monde et,' pourtant, suivant le 
mot du Don ChiscwUe, il n'aurait été qu'un vul- 




gaire « garde civique » voulant jouer au César, 
S'il en est ainsi, le dernier mot, au milieu de 
toutes ces incarnations, de toutes ces transforma- 
tions, me semble appartenir au dessinateur Téja. 
Fut-il Machiavel, fut-il Bobèche, c'est peu pro- 
bable; mais, à coup sur, il fut le brigadier don 



100 CRISPI EN CARICATURES 



Ciccio, rhomme àl^ poigne, rhomme aux procès- 
verbaux, rhomme aux mesures violente;^ et quel- 
que peu arbitraires, le conspirateur devenu auto- 
ritaire, ayant jadis goûté « du bloc » et se faisant 
un malin plaisir d'en faire goûter aux autres. 

Brigadier! — vous avez raison y mon cher con- 
frère du Pasquino, d'autant plus^ que cela ren- 
trerait admirablement dans la note du Jour. La 
Prusse ayant eu son caporal Frédéric, il fallait à 
ritalie son brigadier Ciccio. 



/ ■ 






VII 



LES CARICATURES SUR CRISPl « ITALIEN » 



"N 



Les banquets et les discours, caractéristique de la politique 
crispinienne. — Caricatures du Pasquino et du Fischietto. — 
Crispi jongleur et comediante. — Le Crispi de 1860 et le 
Crispi de 1890. — Les satires du Fischietto. — Luttes avec les 
Chambres. — La caricature est surtout dirigée contre Crispi 
personnellement; elle ne crée pas de types. — Crispi et 
Biancheri. — Crispi tout-puissant ; Crispi expulseur. — 
Crispi considéré comme le tyran de l'Italie. — Grandes com- 
positions vengeresses de VEpoca, 



Banquets et discours, discours et banquets, 
telle fut la politique crispinienne. On avait déjà 
les expositions roulantes, les tournées drama- 
tiques; Crispi, lui, inventa les tournées politiques 
à jet continu. Jamais les chemins de fer de la 
péninsule italique n'avaient encaissé si brillantes 
recettes. De Naples à Rome, de Rome à Florence, 
de Florence à Milan, de Milan à Turin, de Turin 
à Palerme — point extrême et tête de ligne, — 
ce furent promenades constantes, un mouve- 






102 CRISPI EN CARICATURES 

ment perpétuel de gens allant portei: à domicile 
Tévangile crispinien. 

Les banquets, c'est la base même de l'institu- 
tion; les discours, c'est l'expansion personnelle du 
grand homme, en attendant Texpansioij... colo- 
niale si souvétit promise à l'Italie. Reporters, 
vfenez de tous les points du globe consulter le 
puissant dictateur sur les secrets de sa politique ; 
avec la modestie qui le caractérise il vous dira : 
« J'ai fait pour mon pays plotis que aucun 
homme : j'ai présidé en houit jours quatre ban- 
quets et prononcé quatre discours. Dites où 
trouver ministre avec pareils estomac et pou- 
mons? » 

Grâce à don Ciccio, sur les guides de l'avenir 
on lira : « Palerme , ville \ d'Italie , renommée 
entre toutes par ses banquets »; « Turin, jadis 
capitale du vermout , aujourd'hui célèbre par 
ses agapes » ; en première page de la classique 
rubrique : « monuments et curiosités » s'éta- 
lera tout au long la nomenclature des salles illus- 
trées par des cérémonies cpfepiniennes. 

Dieu veuille, dit le Don Chisciotte, que cette 
politique, qui, triomphante, pesa si lourdement 
sur le pays, ne le ruine pas plus tard en plaques 




IiiB, ja 11 conn»is depuis longtemps, je ne ooupe plus dans tes histoire 
{Fiishitllo. as novembra 1800.) 
1. La gaignol de Turia. Ea Italie, ctuque ville ■ aoa guignol qui pi 
un nom particulier. 



{ 



\ 

/ 



CARICATL'RES SIR CRI-ipI ITALIEN 



commémoratives ! Ne faodra-t-il pas rapp^er aux 
jeunet générations les hauts faits du passé, oe 




faudra-t-il p^s gi^ver sur le marbre pour Téter- 
nité ; « Ici banqueta Francesco Crispi » ; « Ici 



106 CRISPI EN CARICATURES 

parla le plus grand homme de la Trinacrie » ; « Ici 
fut interviewé Thomme le plus ennemi du bruit 
et de la réclame. » 

Le Figaro de Vienne, en ses notes humoris- 
tiques, l'avait bien jugé, lorsqu'il écrivait : 
« Crispi, ce n'est pas un homme, c'est la boîte à 
musique de la politique : a-t-il assez rasé l'Europe 
avec sa manivelle! 

— Moi qui ai fait tant de sacrifices pour la 
politique, pour la prospérité de moun pays. La 
politique, on sait combien elle coûte! 

— Oui, répondent en chœur les convives 
enthousiastes du quatre-vingt-dix-neuvième ban- 
quet : trente-cinq lires par tête. » 

Prenez vos places aux exercices culino-oratoires 
du citoyen Crispi et plaudite cives ! Le Pasquino 
n'a-t-il pas représenté l'Italie transformée sous 
l'habile politique du puissant ministre en une 
immense salle- de banquets? Supposez un instant 
tous les électeurs, pâtissiers, tous les sénateurs, 
cuisiniers, le pays entier eût été accommodé à la 
Crispi, sauce Ménelick. 

Ah! c'est que, vraiment, il affectionnait les 
banquets, don Ciccio, surtout ceux qui lui étaient 
offerts. Les banquets, ce fut la grande idée du 



CARICATURES SUR CRISPI ITALIEN 107 



règne. Et comme pour les élections, il ne s'agis- 
sait pas de leur fixer une date à la légère, il ne 
fallait pas tuer la poule aux œufs d'or. Ecoutez 
ce petit récit dialogué par le Fischietto sur un 
banquet à venir, les personnages étant Crispi et 
son collègue à la Justice, Zanardelli : 
« Eh bien! as-tu fixé la date? 

— Comment! toi aussi tu me le demandes? 

— Certainement; ne fautil pas que je me 
tienne prêt? 

— Mais tu l'es toujours! 

— Cela dépend. Quand il s'agit de faire la noce 
à Turin où Ton banquetaille fort bien, je prends 
toujours un.... apéritif au ricin. 

— Ah, mon Dieu!... répondit Crispi soulagé, je 
respire! C'est donc la date du banquet qu'il te 
faut? 

— Mais oui!... 

— Pardon, mon ami; je ne puis encore te la 
faire connaître, car c'est un secret, entre moi... 
et Dieu. En une affaire de cette espèce, dont l'im- 
portance ne saurait t'échapper, la prudence n'est 
jamais de trop. D'ailleurs c'est mon habitude. 

— Mais, que crains-tu? 

— Ce que je crains ! parbleu! que messieurs les 



I 



_t08 CRISPI E^ CARICATURES 

radicaux ne viennent dégraisser mon pot-au-feu! » 
Toujours un banquet dans Tair, toujours une 




{Fischietto, 10 juin 1S90.) 



table dressée, toujours un discours en prépara- 
tion; telle est la trinité de la politique crispinienne 



CAiiCATrsEâ sra CKi?ri Italie:* Iw 

à l'intérieur. Crïspî. le çrand éqailîfici»!^. a besMÏn 
de moareineDt, d'espare, fl loi bot une estrade 



Ih 


.^% 


^^b-%* 


s^kiS-"^^ 


jP/l 


hT^'^^ 


^H 


ili'jM 


^c^^ 


^Lftê«*^ 



ThiAlie de Uonlecilorio. Reprise du T.-o 



(Fûehitllo, 10 juin 1890.) 



pour mieux faire ressortir ses petits talents de 
société. 
Voyez comme il manœuvre habilement, le jon- 



110 CRISPI EN CARICATURES 

gleur de la Cour, avec ses objets habituels, ses 
trois portefeuilles, ses trois bouteilles, ses trois 
colliers, ses trois amours, ses trois drapeaux. 
C'est un feu d'artifice de tours, c'est un moulin à 
paroles qui jamais ne tarit. « Je souis Fami de 
tous les peuples », s*écrie-t-il, en brandissant le 
drapeau de la fraternité ; pour un peu il entonne- 
rait le vieux refrain : « Les peuples sont pour 
nous des frères » (mais les mastroquets des amis 
alors). Sous des fleurs de rhétorique, sous des 
guirlandes de papier, tout est escamoté avec un 
art parfait. De la Triplice on passe au socialisme, 
du socialisme au Vatican — les affaires de la pan- 
toufle, suivant une expression'd'outre-monts — de 
l'irrédentisme au pays de Tami Ménélik. Naples, 
Turin, Milan ou Palerme, c'est toujours la même 
chose, la version ne varie pas : on dirait la poli- 
tique mise en roman, coupée en chapitres, habi- 
lement arrangée avec des histoires de brigands 
par un Tronson du Poitrail exotique. Triplice, 
socialisme, irrédentisme, Rome, France, Afrique, 
passez muscades! 

Du reste un vrai charmeur; ce n'est pas seule- 
ment, comme on l'avait toujours cru à tort, le 
^ Bismarck, c'est encore le Constans de l'Italie! 




La gouTcrnanle qui De transige paiâ avcv- les |irinfi|M>«. 
>^u dcjk à m'oecnpcr dn trob p»ndM H in Atax iwliln. V. 




CARICATURES SUR CRISPI ITALIEN 113 

I 

Avec cela, très pratique et ayant des mots qui 
font fortune : 

« Eh bien! demande-t-il à un seigneur syndic, 
que dites-vous? 

— Excellence, que nous avons trop de vin. 

— Trop de vin? Petit malheur, j'ai tant de 
bouteilles! » 

On n'est pas plus Régence. 

Tel est le Crispi que les caricatures italiennes 
ont su mettre en lumière, faisant ressortir le 
côté « comediante » du grand ministre, le mon- 
trant « officiant », pontifiant dans les banquets 
qui furent les véritables cérémonies de son culte. 
Et elles ont crée ainsi un type de charlatan avec 
lequel ITtalie paraît avoir trouvé, désormais, son 
Tartarin de Palerme, proche parent de notre Tar- 
tarin de Tarascon. L'un vu par le roman, l'autre 
par l'image. 

Tandis que le nôtre fait la chasse aux « Teurs », 
celui des Italiens se proclame modestement le 
plus fort des hommes d'Etat modernes. Il les 
dégote tous, non seulement par ses biceps hercu- 
léens, mais encore par ses tours dépasse, par son 
arithmétique fantastique, surtout par sa façon de 

traiter avec le Négus. 

10. 



CRISPI EN CARICATURES 



Malheureusement , le grand homme a des 
points faibles, ses illogismes : c'est par là que la 
satire va l'empoigner; d'abord, s'essayant, cber- 




A Montecilorio. 



(Fitchifllo. 3 m>i 1890.) 

chant son type, faisant rire, puis faisant penser, 
empoignant après avoir amusé. Donc, aux cdtés 
du Crîspi de 1890, parvenu à son plein apog:ée, 
elle ressuscitera le Crispi de 1860,. officiel lui 
aussi, et qui, certainement, se montrerait peu 



CARICATURES Sl'R CRISPI ITALIE» ll5 

indulgent pour l'officiel d'aujourd'hui. Le Pas- 
^ino met en pu^ële les deux Crispi : le 
S mai 1860 eo Sicile, appelant ses concitovens à 




A Montetitorio. 



la liberté; le 5 mai 1889 conspirant à Berlin contre 
la liberté des peuples. 

Cette mobilité sera la caractéristique du per- 
8onnag;e : sans cease, dans les débats intérieurs, 



116 CRISPI EN CARICATURES 

dans les discussions parlementaires, Timage le 
représente allant de la droite à l'extrême gau-. 
che, faisant à la majorité concessions sur conces- 
sions, insolent un jour, plat le lendemain, avant 
tout soucieux de garder le pouvoir. Un mata- 
more, un fier-à-bras, un véritable M angin politique. 

Pendant quatre ans ce^t un déluge de petites 
vignettes, de traits et de bons mots contre ce Sici- 
lien accusé d'aimer le Piémont, « surtout pour les 
truffes ». N'était-il pas prêt à se sacrifier à l'inté- 
rêt public, en banquetant jusqu'au sommet de 
l'Etna? N'avait-il pas reçu les remerciements de 
tous les lithographes et dessinateurs de menus de 
la péninsule? Voici les amusantes satires que le 
malicieux fra Piccione du Fischietto se plaisait à 
placer sous son nom, ridiculisant ainsi sous le feu 
des calembours l'homme et le système : 

« Quelque bornée que soit l'intelligence de tes 
concitoyens, est-il censé écrire à un sien ami, 
d'emblée l'on peut voir à mon visage que j'ai 
une sainte admiration : 

« 1° Pour le Nebbiolo *, car mon gouvernement 
est d'une nébulosité tout à fait lumineuse; 



1. Bon vin du Piémont; le texte italien est un jeu de mots 
sur nebbiolo et nebbioso. 




{Fiiciiello, 30 Boùt 1S90.) 



y 



CARICATURES SUR CRISPI ITALIEN 119 

« 2** Pour le Barbera *, parce que je traite mes 
ennemis d'une façon particulièrement barbare ; 

« 3*" Pour le Brachetto *, parce que les brache 
(culottes) ont toujours joué un rôle considérable 
dans mon existence. 

« Je n'ose avouer mon faible pour le Barolo et 
pour le Gattinara % parce que mes administrés 
seraient capables de mal interpréter ma déclara- 
tion. 

« Ton très illustre : Don Ciccio. 

« 1®' P. -S. — N'accorde aucune créance au 
récit des journaux qui disent que je vais épater 
l'Europe par quelque grand coup. Grâce à Dieu, 
depuis que je suis au gouvernement, rien ne vient 
à maturité. Il est vrai que les ambassadeurs de 
Russie et d'Angleterre sont venus me voir, mais 
c'était pour avoir avec moi un échange d'idées sur 
la manière de fabriquer les cerises à Teau-de-vie. 

« 2® P.-S. — Les journaux annoncent que Berti 

d. Également bon vin piémontais. 

2. Encore un vin du Piémont. 

En italien l'on dit : changer de caleçons (culotte), pour 
changer de veste. Ici Tallusion est directe, Crispi ayant, on 
le sait, changé plusieurs fois d'opinion. 

Le jeu de mots porte sur brachetto et brache. 

3. Toujours des noms de vins; et comme il s'agit de vins 
renommés, Crispi n'ose pas avouer son faible pour eux, dans 
làjcrainte de passer pour un aristocrate. 



120 CRISPI EN CARICATURES 

__ — >, — 

a donné sa démission de directeur général de la 
sûreté publique. Je te prie-de ne pas reproduire 
cette nouvelle, car c'est un simple ballon d'essai 
pour savoir s'il est encore en Italie des gens assez 
naïfs pour croire à l'existence d'un pareil fonction- 
naire. 

(( 3® P. -S. — Je te serai reconnaissant de ne pas 
suivre le. mauvais exemple de YOpinione et de la 
Tribuna, en prêchant la reconstitution des partis. 
En Italie les partis politiques se portent fort bien; 
ce serait dommage de les déranger, les pauvres ! 

« Du reste là Constitution ne saurait être en 
danger quand, au pouvoir, se trouvent des 
hommes comme moi. 

« Pour copie conforme : Fra Piccione. » 

\ 

Toute la politique intérieure se trouve ainsi 
résumée en une succession de récits ou de des- 
sins plaisants. Luttes avec le Sénat et la Chambre, 
ces éternels empêcheurs de danser en rond, 
colères du Proconsul qui, harcelé de tous côtés, 
finit par envoyer sa tête à la droite, son cœur à la 
gauche — ce qu'un journal appellera la politique 
des deux mains, — prières et supplications des 
députés qui, sous la menace de dissolution et 



CARICATURES SUR CBISPI ITALIEN 123 

d'élections nouvelles perpétuellement suspendue 
sur leur tète, ne savent plus à quel saint se vouer 
et se voient finissant leurs jours au milieu des 
flammes du Purgatoire. Ici, il va à confesse chez 
les rouges et chez les noirs : là, nouveau saint 
Crépin, divus Crispinus, il cherche à arranger la 




botte italienne et la pantoufle romaine de façon 
qu'elles puissent être chaussées par le même per- 
sonnage; autre part, ce sont les péripéties du 
fameux attentat Caporali mettant en mouvement 
médecins, psychologues, légistes. Le Pasquino 
se demande si le ministre Crispi n'aurait pas été 
blessé par un certain Crispi jadis conspirateur et 
fabricant de projectiles pour personnages officiels. 
Mais tout cela, pour si amusant qu'il puisse 
être, ne présente rien de très particulier. C'est 
l'histoire des ministres et des discussions parle-- 
mentaires dans tous tes pays du monde. Ne faut- 



EN CARIGATUR 



il pas toujours un personnage pour servir de tête 
de Turc aux attaques des députés? En Italie ce 
sera Crispi, en Allemagne Bismarck, en France 
Jules Ferry. Les incidents et les types difiéreat -: 




prieras des députés qui lui demnadeat d'ètrs, une foia pour IouUm, unTèe 
des QunmeB du Purgitoire. 

(Fiithietto, 30 septembre 1890.) 

le fait en lui-même est identique. Ici, le person- 
nage résiste pins ou moins longtemps ; là, il réduit 
toutes les coalitions à l'impuissance. 

Durant cette lutte, la caricature italienne est- 
elle parvenue à dégager quelques figures, à faire 



\ , 



CARICATURES SUR CRISPI ITALIEN 



■ de certains types la personnitication vivante des 
partis, ou bien n'a-t-elle vu que des individualités: 
voilà ce qu'il faut se demander. 

De types il n'en est, poup ainsi dire, point; 




cette imagerio n'a ni ventripotents, ni individus 
cacochymes ; elle n'a même pas inventé un paysan 
italien qui puisse se placer aux c6tés du Jacques 
Bonhomme français ou du Michel allemand. Quel- 



128 CRISPl EN CARICATURES 

I 

quefois — bien rarement — un vieillard plus ou • 
moins ratatiné, au nez d'aigle, au menton en 
galoche, qui sera la personnification des idées- 
réactionnaires du Sénat, et c'est tout. Un seul 
type se présentera avec une certaine persistance 
aux côtés de Crispi, don Achille, son majordome : 
nous le verrons sur les caricatures qui ridiculisent 
avec tant d'esprit le ministre italo-bismarckieji. 
Cette imagerie i/a pas fait mouvoir, non plus, 
de nombreux personnages. De tous les honunes 
politiques, de tous les collègues qui entourent 
Crispi, — heureux les miniswes non caricaturés! 
— la plupart restèrent à l'arrière-plan. A noter 
parmi ceux que retiendra le crayon : Cavalloltî, 
le poète, le dramaturge, le porte-parole de Tex- 
trème-gauche qui, dans toutes les villes où Crispi, 
lors des élections, alla discourir ou banqueter, 
opposa discours à discours, banquets à banquets, 
Cavallotti qu'on fait disparaître sous la toge du 
professeur ou émerfi;;er-4'une veste trop étroite; 
Bonghi, ancien ministre, philosophe érudit, tra- 
ducteur de Platon; Imbriani, le tribun napolitain 
à la parole vibrante qui, sous ses prénoms de 
Matteo-Renato, sera transîFormé en enfant ter- 
rible; Zanardelli, qui, ministre de la justice, 







1 ipl^ 


-? 




mWk ^ -É^^s^^ 








LA CJIISB ni'VRlÉIIE ET LK 00 ttV SK NEU KFI T 

• U (emniB usEîsa > rtroilo représente l'indaBlrie MlioOilln qui la oroiie 
Jea hm. DcvunL ella Ln Murl qui foucbs t'auTrier Utnbiinl il'fninlUan. Bu' 
Ttin la vuii du peuple relenlil nui oreilIeH (la Crispi. Lu iiùiilili's einmlti* 
^^Hjloure>nx umformes \'oat lu ginle oîriquo, 
^H|- (/>><:», «DjoiKlorlIUUl.) 

L 4j 



> 



CARICATURES SUR CRISPI ITALIEN 131 

passa pour L'intime de Crispi; Luzzali, qui sera 
ministre des finances ; Ântonelli, l'homme du noir 
continent qui, après avoir recherché la main de 
SF" Crispi — le fait est à noter — jettera quelque 
lumière dans les ténèbres du Livre Vert; Bian- 




cheri, président de la Chamhre des députés. 
Et^DCore l'image ne donnera à ces figures do 
second plan qu'une place restreinte; c'est dans 
les articles satiriques, dans les parties dialoguées 
surtout, qu'elles apparaîtront. Le texte suit, du 
reste, les particularités du crayon : comme lui, il 
se complaît en ces récits où, invariablement, l'un 



, CRISPI EN CARICATURES 



Hialoire lamentable et émouvanle de Ciccio tt de Joséphine el 
de Matteo-Renato, mauvais sujet qui, pour avoir voulu... rouler, 

a fini par... être rouie. 




CBISri ITALIEN 



des deux personnages dépouille son sexe, en ces- 
idylles... androgynes qui déroutent nos idées, qui 
heurtent si violemment nos principes. 

C'est ainsi que Biancheri deviendra Blanchctte, 
la maitresse chérie de don Ciccio, sur le sein de 
laquelle le tout-puissant ministre aime à reposer 



' ~^ 


U 


1. 


5^1 


l 


1 




sa Manche tète. Rendez-vous, lettres d'amour, 
brouilles, raccommodements, rien ne manque à 
ces amusantes parodies. Si Ciceio va souvent 
trouver Blanchette dans sa... chambre où elle 
l'attend seulette, c'est que Blanchette possède 
la def de cette majorité si chère aux ministres. 
Et tout cela est d'une sentimentalité parfaite. 
De là, dans la Httérature et dans l'imagerie 
12 



134 CRISPI EN CARICATURES 

cette sorte d'attirance, de câlinerie, de chatterie^ 
une des particularités du caractère jtalien. Sous 
la plume ou sous le crayon, le Vieni meco de 
Crispi, ce « viens avec moi » si généreusement 
adressé à tous les députés, prend quelque chose 
d'enveloppant, revêt des allures topiques et in- 
définissables. Voici, dans cet esprit, Tidylle que 
s'amusait à conter le Fischietto, idylle venant à 
la suite d'une courte brouille occasionnée entre 
nos deux tourtereaux par une sortie intempestive 
du jeune Renato. 

« Deux heures sonnaient à Montecitorio. Blan- 
chelte, prête à recevoir son amoureux, était 
rayonnante de bonheur. 

« Enfin la grande porte s'ouvre et don Ciccio 
se laisse tomber dans les bras de sa maîtresse. 

« Oh! ma Blanchette, m'aimes-tu encore? 

— Quelle demande ! Ne t'ai-je pas toujours 
aimé, alors même que tu me fuyais?^ 

— Tais-toi, mon cœur. Le passé est le passé. A 
quottJtm rouvrir nos plaies ! 

— Alors, viens-tu trinquer avec moi? 

— Non,' pas encore, car la joie terrestre n'est 
que fumée passagère. 

— A ta guise, mon cher Ciccio, et en attendant 



CARICATURES SUR CRISPI ITALIEN 135 



.ia( 



les beaux jours je dirai à mon Renato qu'il est un 
écervelé, qu'il doit s'incliner devant son maître. 

— Dieu t'enten'de, BJanchette! Nos cœurs à 
jamais unis serviront d'exemple aux générations 
futures. » 

L'idylle dans la politique ! Théocrite et Virgile 
à Montecitorio. Oui, mais nous ne sommes plus à 
l'âge d'or, à l'époque des unions désintéressées. 
Quand un ministre et un président de Chambre 
échangent entre eux des paroles aussi douces, 
c'est qu'il y a très certainement sous roche quel- 
que projet machiavélique. L'orage grondait; il 
allait éclater. Voici, pour faire suite à l'idylle, la 
catastrophe, parodiant d'une façon piquante les 
tentatives d'intimidation de Crispi à la Chambre. 
De quoi s'agit-il, du reste? D'une légère modifica- 
tion au règlement : 

Messieurs les députés, 

Monsieur le Président de la Chambre, ému par les allures 
tapageuses des dernières séances parlementaires, a l'honneur 
de vous proposer les modifications suivantes au règlement, en 
vous priant de les approuver pour de hautes raisons politiques 
et surtout africaines. 

Art. I. 

Tout député aura le droit de s'exprimer librement à la tri- 
bune toutefois après permission préalable du président. 

Art. II. 
Tout député, avant d'interpeller le gouvernement, devra 



136 CRISPI EN CARICATURES 



remettre le texte de son discours entre les mains du président 
pour avoir son approbation. 

Les discours devront être écrits sur papier timbré à vingt 
lires. 

Art. III. 

Tout député qui aura l'honneur de parler aux membres du 
gouvernement devra se tenir yeux baissés et mains jointes : 
avant de prendre la parole il se mettra à genoux; son dis- 
cours une fois terminé, il se prosternera. 

Art. IV. 

Tout député qui, dans la chaleur de la discussion, osera 
interrompre M. le Président du Conseil, sera immédiatement 
expulsé si c'est la première fois que pareil fait se produit; s'ii 
récidive, on lui infligera le châtiment de la savate, et s'il 
« triplicie » il sera, par grâce, condamné à la réclusion pour 
deux mois. 

Art. V. 

Tout député sera obligé de recevoir gratuitement^ le sourire 
sur les lèvres, les réprimandes dont M. le Président du Con- 
seil voudra bien le gratifier. Cette conduite exemplaire pourra 
lui servir de titre à l'obtention d'une préfecture. 

Art. VI. 

Tout député, après avoir prêté le serment d'usage, sera tenu 
de baiser la main de M. le Président du Conseil. 

Et grâce à ces simples dispositions, l'ordre social sera 
sauvé. 

Pour le conseil de Présidence, 

F. PlCCIOiVE. 



Crispi tout-puissant! Crispi tyran! Crispi Pro- 
consul! Voilà bien la véritable impression qui se 
dégage de toute cette imagerie dirigée spéciale- 
ment contre un homme. Là où les x^llemands^ 
dans un esprit toujours humoristique, virent 

# 

Bismarck, les Italiens, dans un esprit bien diffé- 



CARICATCBE5 SCB CRI$PI ITALIEN 



rent, TÎsèrent CrispL Le ministre a po les éblouir. 
les charmer; il D*eii a pas moÎDS pesé loardemeat 







sur eux. II est facile de s'en convaincre, les cari- 
catures D'ayant pas seulement la dis comtca, mais 
encore «iie sorte d'expression de crainte et de 

12. 



i CARICATURES 



lassitude. On le ridiculise parce qu'on le redoute. 
Le rire n'empêche pas l'effroi. 

Harement, il est vrai, l'image a aussi complète- 
ment déshabillé un homme : quand on a parcoora 




A 1 anilcliambre 



{fiêchietlo, 8 dspembre ISSO.) 

l'Êpoca, IcT^sciieMo, le Pasquino, la suffisance, 
la jactance du personnage ne font plus douta^: 
C'était bien un ballon gonflé. li s'était impo»^ 
par une manœuvre des plus habiles; il s'était 
montré rusé compère, intimidant, puis captivant 
l'esprit puhhc, se sepvant h tour de rôle de Bis- 



/ 



CARICATURES SUR CBISPI ITALIEN 



141 



sant appeler Valier ego du chancelier prussien. 
La caricature^ débiné le truc. Abandonné par 
son « cher » Bismarck, il se rejettera sur Méné- 
lik, mais lorsqu'il sera privé de ces appuis, lors- 
qu'il ne pourra plus faire miroiter devant le 




peuple les deux personnages aux attractions mul- 
tiples, il ne lui restera plus qu'à s'effacer, qu'à 
dispardtre, s'il ne veut pas être pendu haut et 
court par une population désabusée. 
La caricature libératrice a ainsi cloué au pilori 



i42 CRISPI EN CARICATURES 

le tyran de Monlecilorio, Ciccio Texpulseur, Ciccio 
le gendarme, le grand tombeur ^ journaux. Son 
remède c'était l'expulsion, il est mort d'une expul- 
siomanie rentrée. Voici comment le Fischietto 
s'amusait à lé railler et à lui prédire sa fin : 

A la porte du Palais Braschi se trouve affiché 
l'avis suivant : 

BISMARCK DIT CICCIO 

MÉDECIN-GHIRURGIËN-EXPULSEUR 

Opère au dedans et au dehors. 

L'Italie manquant d'un « expulseur » don Ciccio 
s'est dit : 

« Si je me faisais expulseur! Au printemps rien 
n'est plus hygiénique qu^une expulsion de pus- 
tules ! Et cela me vaudra des remerciements dans 
l'intérêt de la santé publique. Pour me faire la 
main j'ai expulsé des journalistes, mais j'arri- 
verai, sans doute, à expulser quelqu'un d'autre!... 
Palamenghi? 

— A vos ordres. Excellence. 

— Nous avons expulsé d'Afrique, n'est-ce pas, 
Mercatelli et Scarfoglio * qui cherchaient à dimi- 

i. Deux voyageurs pour le compte de compagnies commer- 
ciales, qui faisaient, très habilement et pacifiquement, des 
^ explorations fructueuses. 



CARICATURES SUR CRISPI ITALIEN 143 

nner notre prestige; noas avons expulsé d'Italie 
un Prussien et deux Français qui ébranlaient 




Cnspin 


la 


ArriTé >u pDQTD I avec un» «uriok 




prouver qu 1 néUit pu mo us nlolera 




11»™ iiac ïoinpti t> 1i ebuis aux c« 


ard» 




{FKhell 


• Ui Iro B pstwmmgs. éRïUroent e 


irendarm 


DepMUs, Cairoli M ngheUi leJ > préde 


ceaseura ■ 



notre crédit financier a 1 extérieur il serait bon, 
maintenant, d'expulser quelque Italien 



144 CRI^SPI EN CARICATURES 

— Toujours aux ordres de Votre Excellence* 

— Dis un peu : ne pourriops-tious pas expulser 
les promoteurs du banquet de Naples ^ organisé 
pour miner les institutions de mes... portefeuilles? 

— Vraiment, je ne saurais. 

— J'en parlerai à Zandare]li!...Lui saura bien.» 
Ainsi la réputation du grand expulseur a fait 

son chemin et don Ciccio a ouvert des bureaux 
pour ajouter à ses opérations habituelles tout ce 
qui concerne l'étude des grands problèmes. 

Les ouvriers ^ans travail s'agitent-ils dans les 
rues de Rome, il met en pratique son système : 
Expulsion. -^ 

Le député Costa le gêne-t-il, il a recours à sa 
seule panacée, Texpulsion... de la Chambre sous 
forme d'un mandat d'arrêt. 

Battarelli * ne j)eut-il pas arriver à dompter les 
séditieux à Rome, un ordre d'expulsion est tout 
aussitôt signé. ^ 

Des femmes joyeuses vivaient en certain endroit 
retiré : dans un mouvement de généreuse impé- 
tuosité, il a également rendu contre elles un 
décret... d'expulsion. 

1. Banquet organisé parlmbriani contre la réélection de Crispi. 

2. Chef de la police romaine. 




le p«aple iuli 

Sur le> buLlea de »toi 
<:èn, Laerti, Juiliet, Eci 



V 



i. 



CARICATCREf SCS CKl 



ÎPI ITALIE* 



Dehors! dehors! Cest son cri Je snerre. son 
mot d'ordre, son drapeau. Dehors' mais il se pour- 
rait bien que le pays à son toar perdtl palience el 
envoyât aussi dehors le grand espnisenr. 




■ les plus belles écu 



(Pasf aino, 1*90.) 



C'est fait; le pays a rejeté le <i grand expulseur », 
le charme est rompu, II avait voulu jouer « au 
gendarme », être le premier brigadier, le plus 
chevronné du royaume; à son tour l'Italie s'est 
« gendarmée ». 

La foule qui attendait <' le maître i 



148 CRISPI EN CARICATURES 

aujourd'hui le coupable. Ce n'est plus comme 
avant 1870 : « Rome ou la mort! nous voulons 
Crispi », comme en 1890 « Vive le patron! » c'est: 
« Notre argent et notre royaume d'Afrique ! » 

En vain voudra-t-il avoir recours à son truc 
habituel, le banquet. Cela ne prend plus. En vain 
proteste- t-il contre ce qu'il appelle une atteinte 
à la liberté, au droit* de réunion. C'est par des 
trognons ^le choux que le pays parait vouloir 
répondre à ses réclamations. 

Il avait dompté l'opposition comme un cheval 
rétif; le cheval, mal dressé, a repris le dessus; il 
avait fait trembler, à son tour il va trembler; 
fier, insolent, campé sur son char romain, il était 
monté au Capitole, le voici maintenant -à la roche 
Tarpéienne. Il refait l'histoire à ses dépens. 

Grâce à la plus machiavélique des politiques, 
Bismarck a reconstitué un Empire et bouleversé 
l'équilibre européen : Crispi n'a fait que lancer 
à travers l'espace d'énormes bulles de savon ; de 
tous ses beaux projets, de tous ses discours, que 
reste-t-il? Du vent. Certes VÉpoca l'avait bien 
jugé quand elle l'appelait le plus grand mystifica- 
teur des temps modernes, quand elle le traitait 
de « Bismarck en baudruche ». Certes le Don Chis- 



CARICATURES SUR CRISPI ITALIEN 149 

ciotte traduisait bien le sentiment public lorsqu'il 
écrivait, en parlant de certaines incongruités : 
■ « bientôt on ne dira plus : tu as fait un p.., mais 
tu as lâché un... Crispi. » 
Don Ciccio, lui, se croyait plus solide ; il pensait 






On vendange! 




LbukamainlILorsq 


u'ils seront murs, lu 


t,Pasq« 


C«ric»liire relMLïe .n 


.1 éleolioni que Cria 


pi se réae 




prop™. 





pouToir naviguer longtemps encore contre vents 
et marées; il s'était grisé, il avait été pris à son 
propre piège. Tant qu'il serait de ce monde, les 
récoUes de l'Italie ne lui appartiendraient-elles 
pas? Tant qu'il serait là, les Bismarck et les Tisza 
pouvaient disparaître; à lui seul il saurait bien 



150 CRISPI EN CARICATURES 

_^ • _^^^^^^^_ 

« 

accomplir Toeuvre de trois et mener la Triplice 
en laisse. Le 3 janvier 1891, le Fischietto lui fai- 
sait dire : « J'ai commencé l'année en buvant à 
ma santé ; n'est-ce pas la meilleure chose que je 
puisse souhaiter à l'Europe? J'aurais bien voulu 
faire cadeau de deux de mes portefeuilles à Rudini 
et à Luzatti, mais j'ai réfléchi que j'avais, pour 
cela, toute l'année à ma disposition. Donc à quoi 
bon se presser? » Le rusé Sicilien fut, on le sait, 
mauvais prophète. Il était aveuglé par les louanges 
des intéressés; il était assourdi par les brillants 
morceaux de son orchestre habituel aux trois 
chefs bruyants : Riforma, Capitan Fracassa, Opi- 
nione.^ 

Et pourtant que d'avertissements durant cette 
année 1890, la dernière du règne crispinien! 
« Dès aujourd'hui détrompée et se méfiant de toi, 
la Triple-Alliance s'écriera avant peu : Je te con- 
nais,... filou! » lisait-on dans le Fischietto, 

Puis voici le Pasquino qui nous donne un simple 
dialogue entre lui et son fidèle Grimaldi : 

« Crois-tu qu'il soit possible de rogner encore 
quelque chose sur mon budget? 

— Rien, à moins que l'Italie ne se décide enfin 
à te rogner toi-même. » 



CARICATURES SUR CRISPI ITALIEN 153 



V 



Ailleurs ce sera le Don Chisciotte qui, à propos 
de renvoi d'Antonelli* en Afrique, s'amuse à énu- 
mérer ce qu'il appelle les candidats à l'étranger. 
« Fortis, qui est un radical à la façon anglaise, 
ira, dit-il, sur les bords de la Tamise*; Giolitti, 
comme tous les caissiers dont la caisse est vide, 
filera sur Bruxelles^; Gianturco sera envoyé en 
Allemagne pour faire la connaissance du seul 
pays où il soit connu; Papodopoli sera déporté 
en Champagne d'où il ne reviendra pas *; Mariotti, 
le traducteur de Démosthène, ira voir s'il existe 
encore quelque part un pays s'appelant la Grèce ^ 

« Mais lui, don Ciccio, lui qui aime tant les pro- 
menades, ne pourra-t-il jamais aspirer à pareil 
bonheur? Pour l'instant, pas, mais avant peu ses 



1. Le comte Antonelli, de la famille du fameux cardinal, res- 
tera le plus intrépide des voyageurs italiens. Sans cesse repris 
par la nostalgie de l'Afrique, c'est lui qui entama les premiers 
pourparlers avec Ménélik, roi du Schoa. On a vu plus haut 
(page 13^) qu'il avait été un instant question de mariage entre 
lui et l'une des filles de Crispi. 

2. Publiciste et auteur dramatique de grande valeur, fonda- 
teur du journal // Pungolo. 

3. Ex-miilîstre des finances. 

4. La Champagne doit être considérée, ici, comme une allu- 
sion aux fameuses factures de cognac, Champagne, et autres 
liquides bus à la Consulta (Ministère), et que la Gh'am|^re 
refusa de payer. 

5*;- Mariotti, homme de lettres, fut sous-secrétaire d'État à 
rinstruction publique en 1887. • 



CHISPl EN CARICATURES 



désirs deviendront peut-être une réalité. Et il 
agirait sagement en choisissant dès à préseot un 
pays plus en rapport avec ses idées de grandeur, 
car il est impossible, qu'un jour ou l'autre, l'Italie 




r>pd cbanceliiT. don Ciecio Soin par fiirs • .([|uo- 
i!ii]u'iu louiciir de ton puié. Lni qui préUndlIt 

posta cette Liberté toujoun loyilament et Kinpa- 
ir la Monarchie, qu'il représente... li aial. 



[FiK 



Sféii 



».) 



ne se décide pas à l'envoyer... promener au 
dehors. » 

Ainsi donc, de toutes parts, on le menaçait de 
la boite maternelle. Lui, la sachant molle et 
patiente, continuait paisiblement ses exploits, 
frappant de-ci et de-là, se livrant comme par le 




::ii E ompoa l on de G G us 

D D C p ha he se d bar > iWg^aœ o e 
llusian a II lettre qu'il écriyil jadis à CaWTatti, lettre 






CARICATURES SUR CRISPI ITALIEN 157 

passé à son exercice favori, la chasse aux cauards. 
Il n'avait pas pensé au revers, au fameux revers 
de la botte, c'est ce qui Ta tué. 

Lésée dans ses libertés, trompée dans ses espé- 
rances, atteinte dans sa fortune, lltalie a violem- 
ment secoué Thonnne aux trois portefeuilles, et. 
lui a fait payer chèrement son obséquiosité à 
l'égard de Berlin. De même que, pendant la 
guerre^ nombreux furent les sous à Teffigie de 
Napoléon III qu'une fureur aveugle ornait du 
casque prussien, de même, pendant une année, 
Crispi put voir la célèbre pointe émerger partout 
du fond de sa bourgeoise coiffure. 

En un mot lltalie s'est reprise quand elle a 
acquis la certitude que cet homme, si avide de 
gloire et de popularité, avait toujours pensé à 
lui et jamais au pays, qu'il avait grossi les budgets 
sans'utiUté pratique, qu'il n'avait rien tenté pour 
relever le commerce ou l'industrie. Ou plutôt 



lettes de von Bismarck et de von Crispi, on lit : « Marmottons enlre nos 
dents un requiescat in pace sans plus amples discours. » A droite est 
le tombeau de Crispi portant comme inscription : « Dies Irx! Il est mort 
Cecco (diminutif de Francesco, en patois); il a reçu le coup fatal, Fran- 
çois. 11 nous a débarrassés. » Une seule couronne est déposée, celle d'im- 
briani. 

Allusion assez piquante, sur la tombe- est un fiasco, soit une de ces bou- 
teUles entourées de paille dans lesquelles on met les vins d'Italie, manière 
polie de dire que le grand homme a fait fiasco. 

{Época, 8 février 1891.) 

14 . 



158 CRISPI EN CARICATURES 

lorsqu'elle s'est vue dans Timpossibilité de bouger, 
serrée dans la camisole de force deja Triple- 
Alliance, elle a jeté par-dessus bord le ministre 
qui l'avait de plus en plus poussée dans une voie 
dangereuse. Crispi, c'était fatal, devait amener 
Crisi..., crises financières, crises économiques, 
crises sociales. -- 

« Assez parlé! assez banqueté! » a dit alors 
l'Italie à cet avocat casqué à la prussienne^uî se 
pavanait triomphant et couvert de lauriers, en- 
touré d'un triple rayon lumineux. L'Europe a 
retenti de tes hauts faits, tu trônes à l'Olympe des 
grands politiciens, tu es un homme d'Etat d'une - 
habileté incontestable : soit. Tout cela est fort 
bien, mais il faudrait songer aux choses pratiquées 
et la vérité est que je suis ruinée. Que faire 
quand il manque dix-neuf sous sur un franc! — 
Se débarrasser, a répondu la satire, de celui qui 
ruine, qui ronge le pays jusqu'à la moelle. 

Et^ésormais l'on sent passer à travers l'estampe 
un souffle profond de patriotisme indigné. Telles 
images sont à retenir^ comme autant de pages 
historiques; documents précieux pour l'avenir. 

Ici — c'est le Fischietto qui tient le crayon — 
l'Italie agonise entourée de ses enfants, sur un lit 



CARICATURES SLR CRISPI ITALII 



de misère. Elle meurt rongée par le phylloxéra : 




or le phylloxéra c'est Oispi qui, au bord de la mer. 



160 CRISPI EN CARICATURES 

empile ses sacs d'écus et va gagner le large. 

Là, ce sont toutes les grandes compositions de 
VÉpoca qui demandent à être détaillées par le menu. 

D'abord : « Nos saints ». Au ciel rayonnent les 
têtes de Garibaldi, de Mazzini, d'Aurelio Saffi. 
L'Italie est assaillie de mouches venimeuses, au 
premier rang desquelles se voit Crispi ; dans le bas, 
arme au pied, un bersaglier, un soldat français, 
un franc-tireur de TindépendaîiceL italienne qui 
paraissent attendre le moment opportun pour tuer 
ces bêtes ^«lalfaisan tes. 

Puis viennent : « Nouveau système du D"^ Koch 
pour guérir de la Crispinade ». Lltalie, sur un 
fauteuil de malade, subit l'opération césarienne, 
on lui arrache Crispi du ventre. 

« Revanche! » La France, fière guerrière, s'ap- 
puyant sur son épée; dans le fond les têtes de 
Bismarck et de Crispi rivées à la même chaîne, 
tandis que TAlsace et la Lorraine font retour à 
la mère patrie. 

« Tragi-comédie. » Crispi, soldat romain, traî- 
nant après lui le peuple en ôroix. 

« Lltalie livrée pieds et poings liés au brigan- 
dage » tant que luira au ciel le soleil Crispi. 

« Crispi-César incarnant en lui 'l'Etat et la 



CARICATURES SUR ÇRISPI ITALIEN 161 

municipalité » recevant des trognons de choux et 
disparaissant sous les huées populaires. 

« Ce que verra Tannée 1891. » Le Temps*, sur 
un rocher, tient dans le vide, au bout d'une corde, 
Crispi : la main du peuple, armée des ciseaux de 
rindignation, va couper le fil et précipiter l'homme 
au fond d'un noir précipice. 

Voilà ce qu'a vu cette grande allégorie graphique 
chassant les rats Crispi du fromage italien qu'ils 
rongeaient à belles dents. Quand on lui demande : 
« Crispi! quel est cet homme? quels sont ses prin- 
cipes? » elle répond indignée : « Ce n'est pas un 
homme! Ce ne sont pas des principes, c'est cinq 
milliards volés au pays. » 

Non, quoi qu'on puisse dire, quand bien même ils 
seraient rivés à la même chaîne, entre le Bismarck 
et le Crispi vus par l'image il y a tout un monde. 

Là-bas, c'était la caricature bienveillante, relevée 
d'une légère pointe d'humour : ici, c'est la satire 
vengeresse. 

Là-bas, le pays fut satisfait; ici, le pays a été 

trompé. 

« 

1. Le Temps est figuré sous les traits de M. de Rudini, au- 
jourd'hui président 4u ministère qui a remplacé le ministère 
Crispi. 

14. 



VIII 

LES CARICATURES SUR CRISPI « ALLEMAND » 

Ciccisi, prima donna de la « Triplice ». — Le perroquet 
germanique. — Don Ciccio et les trois poils de Bismarck. 
— Trois têtes sous le même poil. — La Triplice tirée par ses 
trois cheveux. — La houppelande de Bismarck et la veste de 
don Ciccio. — lui et lui. — « Mon ami » Bismarck. — Le départ 
solennel pour Berlin raconté par le Don Chisciotte. — Don 
Ciccio à Berlin voulant rendre à l'Europe un service exem- 
plaire. — De l'inconvénient d'apprendre l'allemand comme 
un perroquet à l'aide d'un * Manuel >». — Otto von Crispi. — 
Mon ami Caprivi. — L'entrevue de Milan. 

Le premier acte de la trilogie crispinienne est 
terminé; le tyran de Montecitorio disparait; il n'y 
a plus ni gendarme, ni « banqueteur » . Un nouveau 
personnage entï;^ en scène^ M"*" Ciccia, à la fois 
'prima donna de la Triple-Alliance et première 
danseuse du théâtre de la cour à Berlin, dont les 
débuts seront très remarqués. C'est une artiste 
pleine de grâce et d'une prodigieuse habileté, 
écrivait-on de Rome à la chancellerie prussienne 
lorsqu'elle apparut po^r la première fois au 
milieu du concert européen. Depuis, elle a 



164 CRISPI EN CARICATURES 

gagné tous ses galons et conquis tous les cœurs. 
Quand Bismarck d'ut abandonner la direction des 
affaires politiques on lui confia les rênes du char 
de la Triplice, et l'Europe étonnée crut qu'elles 
étaient toujours tenues en mains par le vieux 
diplomate. ^ 

/ Toutefois, pour d'aucuns* M"® Ciccia serait un 
perroquet germanique, espèce rare et très parti- 
culière, dont il se trouve quelques échantillons 
dans la péninsule italique. Ce perroquet voya- 
geur aurait même fort amusé par sa gentillesse 
et par ses exploits les habitants des différentes 

r 

cités. Loin d'avoir, à la façon de ses congénères, 
un faible pour lès mots gras et les polissonne- 
ries, il ne se plaisait que dans la fréquentation 
des grands personnages et dans les convePëaUmis 
diplomatiques. Du reste, il cause volontiers et, 
comme il a acquis une certaine célébrité, les jour- 
naux, toujours à Taffût de l'extraordinaire et de 
la nouveauté, se sont empressés de reproduire ses 
dialogues habituels : 

« i""' demande. Connais-tu Bismarck, Jacko? 

— Oui, oui; oui, c'est mon ploxis intime ami. 
2* demande. As-tu vu Bismarck, Jacko? 

— Oui, oui, oui. 



CARICATURES SUR CRISPI 



.-^ Et que fa-t-il dit? 

— Que j'étais le flous grand homme d'État de 
Ja terre, h 

A cette modestie on reconnaît le seigneur don 
Ciccio, transformé pour la 
j'oie du public en perroquet 
d'outre-Rhin. 

Voir Bismarck! Jouer au 
Bismarck! Avec le grand 
chancelier diriger en maître 
les afTaires de l'Europe, est- 
ce que cela ne fut point la 
constante préoccupation de 
Crispi, est-ce que cela ne 
passa pas chez lui à l'état 
de monomanie aiguë ? 

D'où l'amusant person- 
nage créé par la caricature [b™ cAncioHe, 3nsïriii889.) 

. 'Le persoDMge .ci figuré 

italienne, un CriSpi se pion- bou» les trsiUdup professeur 

géant dans l'eau bismarC- llsé Uolien Ffiedlunder, di- 
recteur de l'Agenaa Sleftni- 

kienne, cherchant, par tous Reuter. 
les moyens, à acquérir le physique de son ami. 
N'existe-t-il pas, entre les grands hommes, cer- 
tains rapprochements naturels, certains airs de 
famille? Ministre de la Triplice, il a trois por- 




"^ 



CRtSPI EN CARICATURES 



tefeuilles, trois colliers, trois femmes; il lui 
&ut les trois cheveux . dé Bismarck.. Que ne 
fera-t-il point pour arriver à orner son crâne 




Don Ciccio contiDuant à bismarckiriser 



{Fiachiello, 3 «yril 1888.) 

de ces trois poils désormais historiques, inven- 
tés par l'imagerie berlinoise, et que la carica- 
tiire italienne va transplanter sur le crâne chauve 
et luisant de son premier ministre. Si ce fut 



CARICATURES SUR CRISI 



1^7 



une opération longue et délicate, le succès, il 
faut le reconnaître, répondit aux efforts. Grâce à 
certaine pommade diplomatique destinée à faire 
pousser le triple 
" cheveu sur les têtes 
illustres, grâce sur 
tout à son gen e 
naturel, Crispi, qm 
consacrait à l'opéra 
tion bismarckienne 
jours et nuits v t 
bientôt apparaître à 
son horizon cran en 
les germes de la ^ 

chevelure ' célfebre p ^^ 
Grande fut sa jo e "" ^ 

lorsque dans le mi _ 
roir , devenu son sont l'Anndnonde 

sin du rui. Ja Lé 

confident intime, se ëihiopien, queiqui 

pÉllk. 

dressèrent à hauteur 

voulue, droits et fiers, les poils i 

attendus. 

Dès ce moment, Crispi était prêt à remplir le 
rôle auquel il allait être appelé par la démission 
de Bismarck; dès ce moment, il était sacré pre- 




I impatiemment 



CRISPI EN CARICATURES 



mier ministre de la Triple-Alliance. De simple roi 
de cœur, il devenait subitement roi de carreau^ 
roi d'épée ; à son tour, il dirigerait, lui. Italien, le 




(Pasquino, 1887.) 

concert des puissances du Nord. Honneur sans 
pareil et pour lui et pour son pays! 

S'il faut en croire ceux qui ont l'oreille des' 
chancelleries, les trois cheveux ne se perdent 
jamais, les trois cheveux sont un dépôt sacré; 
suivant les circonstances on les voit se dresser 



y 



CABICATTIES SCB CSI5PI ALLESAII» 



r.i 



sur uoe seule et ntème tële ou s'épari^er sor 
Irois têtes différeoles. Cest à Bismarck qu'il faut 
attribuer l'idée de leur division. Dans la (rainle 
de voir son œuvre disparaître, il résolut deconGer 
à Crispi et à Kalnocky partie de son précieux 
talisman, si bien que pendant un temps, on put 




gttenn de ta Tripliee. 



voir trois ministres à un poil former le grand 
conseil de la Triplîce aux (rois cheveux possédés 
en commun. Pius tard, ils échurent, tous trois, 
à Crispi, jusqu'au jour fatal où, le ministre 
remercié, ils se trouvèrent sans emploi. En vain 
par la voie du Don Chisciotle et autres organes 
européens, a-t-on demandé un ministre po«f'lcs 
trois cheveux de M. de Bismarck, ils paraissent 
ne plus pouvoir rencontrer cr&ne assez illustre, 



172 CRISPI EN CARICATURES 



terre assez fertile. Don Ciccio l'avait bien dit : 
« Après moi, plous personne il saura continuer 
l'œuvre de moi et de moun ami Bismarck ». 
homme modeste, tu ne t'étais point trompé! 

Telle est, sous le crayon des humoristes italiens, 
la seconde incarnation du plus grand homme de 

la Trinacrie. 

Dès l'entrevue de Friedriehsruhe, ^ette face 
nouvelle viendra s'ajouter au type en quelque 
sorte classique du tyran de Montecitorio. 

Celte imagerie, pour égayer le public, n'aura 
pas seulement les trois cheveux; elle évoquera 
nombre d'attributs particuliers, elle empruntera 
au casque prussien sa pointe légendaire, elle ira 
chercher dans la garde-robe du seigneur Crispi 
certains vêtements historiques et quelque peu 
oubliés. 

(( As-tu connu Garibaldi? demande-t-on au 
perroquet de Bismarck. 

— Oui, oui, oui ! c'est loui il m'a aidé k-iskve 
l'Italie. » < . 

Et, tout naturellement, la chemise rouge dfe 
l'expédition des Mille se placera aux côtés de la 
houppelande de Bismarck. Chemise et houppe- 
lande, passé et présent, amours de jeunesse et 



CARICATURES SUR CRI5PI ALLEH 



amours séniles, les deux pièces les plus impor- 
tantes du musée Crispi ! 




La vérité sur l'entrevue de Frîednchsruhe ou la Triple- 
Alliance Urée par ...ses trois cheveux. 

(Païqaino, 1887.) 

La houppelande du chancelier de fer : quelle 
veste pour le ministre italien ! Jouer au Bismarck, 



174 CRISPI EN CARICATURES 



cela est bien ; encore faut-il en avoir la taille ! 
Voilà ce que comprit et ce que se chargea de 
montrer par une succession d'images la carica- 
ture italienne. "^ 

Le Don ChiscioUe^ pour donner plus de piquant 
à cette satire, fit intervenir dans la lutte un per- 
sonnage comique, don Achille, le majordome 
de Crispi, don Achille, petit gringalet, disparais- 
sant sous son bicorne à glands, surmonté, lui 
aussi, du célèbre paratonnerre. Crispi est si grand 
que pour atteindre jusqu'à lui, pour lui parler, 
don Achille est obligé de se servir d'une échelle. 

Confident intime, le majordome veille sur son 
maître avec un soin maternel, il sait combien 
précieuse est sa santé. Les trois cheveux, la 
pointe, la houppelande sont l'objet de ses plus 
délicates attentions. C'est lui qui sera chargé de 
voir si les trois cheveux poussent ; c'est Ini 
qui devra dire si"^ vêtement bismarckien est à 
la taille du ministre. 

Tous les jours, il ira jeter son coup d'œil sur 
le jardin Crispi-Bismarck : le miroir ne reflétant 
rien, son regard africain suppléera aux infidélités 
du verre de Venise. Mais c'est en vain qu'il 
arrose ; le terrain paraît ingrat. 



CARICATURES SOH CHISPI ALLEMAND 175 

Tous les jours , entre lui et son maître, 
s'échangent d'augustes paroles montrant quel 




Le pauvre don Ciuci 



intérêt tous deux prennent à la plantation du 
taiisman chevelu. 

« Anne, ma sœur Anne ! ne vois-tu rien 
pousser? 

— Rien, rien, le terrain est toujours uni. 



176 



SPI EN CARICATURES 



— Pas même, seulement, le germe d'ui 
trois cheveux? 

— Pas l'ombre d'un. 




Entre lui et lut. 

(Ed préeeace de la menaça d'une nonTelle capote de uiuata-dii.) M- 
cidément. ja joua da malhanr. Ed France, on ma Iraile de porfe^McoM* 



— Que devenir? 

— Je vous les ferai commander à vis! » 

Des trois cheveux l'on passe à la houppelandç : 




...^ *'l 


lalia un 




ndénnlo 


dans la concert europée 


péroDii 




]d'«IU > en rits-.ry 






V-."= 


«M bon 


e» p» k «tre nu 


ulgaire. 





CABICATURES SUR CHISPI ALLEMAND 



179 



« La capote de <( l'ami n Bismarck me va- 
t-elle? 

— Excellence, elle n'est pas à votre taille. 

— ■ Bien certainement, ces gens du Nord n'ont 
pas tenu compte de l'ampleur itaiiennel » 




Et c'est toujours dans le même esprit, un feu . 
d'artiRce de plaisanteries, de bons mots, annotant, 
soulignaot la marche et les progrès den l'in- 
Ûuenza germanique ». Plus de macaroni, plus 
de musique italienne! Crispi mange, à tous ses 
repas, des saucisses de Francfort et ne veut plus 
entendre que du Wagner. C'est ainsi que l'Italie 
prend place dans le concert de la Triplice. 



180 



CRISFI EH CARICATURES 




Je fais ma partie, répond don Ciccio aux mécon- 
tents, à ceux qui trouvent que les intérêts de 
Donizetti ou de Verdi sont quelque peu sacriâés. 
(( Moun ami Bismarck il aime beaucoup le bruit, 
mais la mélodie italienne elle est encore plous 
forte que son trombone 
rayé. » Donc, consolez-vous, 
braves gens! 

Du reste, « mon ami Bis- 
marck » est un peu comme 
ces personnages fictifs, sur 
le compte desquels l'on met 
drim^retouraée!"'™"" ^out 06 qui advicut de fà- 
(Drm chMcxoite. .vcii 1S89.) cheux. Ainsi Ciccio voudrait 
bien marcher de l'avant, lui, 
le grand révolutionnaire, mais ce farceur d'Otto 
sans cesse le tire, le retient par les pans de son 
habit. Ainsi Ciccio ^voudrait bien être agréable à 
ses amis de Paris, et l'on sait combien il les porte 
dans son cœur, mais il ne peut rien foire sans 
l'assentiment d'Qtto. Ainsi Ciccio, homme simple 
et sans détours, estimant que, seuls, les imbéciles 
ne changent jamais, ne crâiridrait nullementde se 
montrer à l'Europe avec sa veste retournée, mais 
Otto lui a fait comprendre que ce pourrait être 




EH-x Jnpila 


rqui.totroir 






ript d* MS 


lEDI? Du» 1 


ua iBB cas, le nBclir >. 








(P«, 


iiino, ISST). 



(ICATURES SCn CBISPl ALLEMAND 



183 



dangereux, qu'on pourrait ainsi reconn^tre l'an- 
cien conspirateur, et si cela venait k se savoir, 
quel scandale dans les chan- 
celleries ] 

Toutes ces transformations, 
toutes ces modifications dans 
son allure, dans son attitude 
extérieure, c'est le chancelier 
de fer qui les lui impose, par 
amitié, par sympathie. Lui, 
toujours démocrate, toujours 
ami des peuples contre les 
oppresseurs, toujours parti- 
san de la paix universelle, 
voudrait aller porter par toute naii™ "randen" révoiwton- 
l'Ëurope l'évangile de la fra- ""^e" r^M™ ''"' 
ternité, banqueter et toaster; ," _u'™pr^'„d"* "u^iXm 
il modère ses transports pour d'dDa'remKMur..'^"* "" 
ne pas effrayer " moun ami » '•^°" ^'"'"'"''- ""'■'' i^^-) 
Bismarck. « Nous sommes, dit-îl, les deux esprits 
du monde : je souis l'ange de la paix, il est l'ange 
de la guerre. Je souis le vent du Sud, il est le 
vent du Nord, et nous soufflons tous les deux 
ensemble, pour le plous grand bien de l'huma- 
nité, afin que la terre, elle potiisse jouir d'une 




184 CRISPI EN CARICATURES 

température régulière. » Crîspi changé en 
rose des vents, couvrant de fleurs la surface 
du monde habité ! Nous marchons de sur- 
prises en surprises. Les idylles siiccèdent aux 
idylles. 

Le voyage à Berlin est chose décidée. Crispî, le 
premier de TÉtat, Crispi, sacré dictateur et que le 
Roi voudrait faire comte, devient pour la satire, 
le prince « Vicebismarck ». 

Don Ciccio prend des leçons d'allemand et de 
maintien : il cherche à se donner une allure, une 
contenance, un costume. Don Achille sort les 
décorations de son maître — sans la médaille des 
Mille, par exemple — les galons et les broderies : 
pompons, panaches, épées de gala. L^ ancienne 
chemise rouge se poudre et, sur sa poitrine, place, 
avant la lettre, Taigle noir qu'on ne manquera 
pas de lui donner — à Berlin, c'est le vase de 
Sèvres de la diplomatie — ; il porte catogan; des 
pieds à la tête il est ancien Régime. 

Les journaux humoristiques ne tarissent pas 
en plaisanteries. 

« Quelle bonne fortune pour Votre Excellence 
d'aller dans la patrie de Luther! 

— Pourquoi? 



CARICATURES SUR CRISPI ALLEMANI) 



183 



— N'est-ce pas le pays de la Riforma ' ! » 
Autre part — c'est la nuit — l'image le repré- 
sente soDgeur, sur la terrasse du Palais. 

« Quel ciel, le ciel d'Italie! 

— Merveilleux : tout à fait... bleu de Prusse. » 
Ailleurs, on le voit allant demander des rensei- 
gnements à une ageace d'assurances. 




— Votre agence assure contre les périls du 
voyage? 

— Oui, signor; que désirez-vous assurer? 

— Je voudrais être garanti contre certaines 
pertes. "^ 

— S'il en est ainsi, ne soyez pas inquiet. Vous 
perdrez l'Italie, comme l'autre fois *. » 

Voici, du reste, le départ solennel pour Berlin, 



186 CRISPI EN CARICATURES 



décrit et illustré par le Don Chisciotte. C'est une 
page de bon comique qui a sa place indiquée 
ici. 

(( Tout avait été réglé d'avance pour le départ 
solennel de Crispi et de sa suite. Sur une table se 
trouvaient, soigneusement alignés, malles, caisses, 
cartons à chapeaux, les objets les plus essentiels, 
et cet ensemble, avec les pointes émBTgeant de 
toutes parts, présentait l'aspect d'une ville orien- 
tale aux minarets éclatants, vue à vol d'oiseau. 

« Le matin, dès l'aube, la grande procession a 
commencé à défiler à travers les rues. A la tête 
dîftortège marchait don Ciccio. Derrière lui, don 
Achille tenant par les pans la fameuse capote his- 
torique, afin de ne pas laisser traîner dans la pous- 
sière un vêtement doublement illustre. Sur le 
passage don Achille reçut des blanchisseuses un 
accueil enthousiaste auquel il répondit en agitant 
son mouchoir. 

« L'honorable Buffardeci *, chef de la majorité, 
suivait en bon ordre. Au centre on voyait di San- ' 
donato % qui, à cheval, cherchait à forcer les 



4. Député crispinien. 

2. Député qui avait cherché à forcer les rangs du partrcris- 
pinien. 



CARICATURES SLR CRISPI ALLEKAND 



rangs; tandis que hk Société des meilleurs radicaux 
fermait la marche arec son drapeau porlaol pour 
inscriptioD les mots : « Forts à l'iDlérieur. Res- 
pectés à l'étraDger. » 

« Au débouché de la rue Nationale, don Achille, 
le Ger majordome qoi, jusqu'alors était resté 
absorbé dans ses rêve- 
ries intimes, fit part à 
doQ Ciccio de ses im- 
pressions. 

« — Oh ! comme on 
voit bien les splen- 
deurs dorées des cor- 
tèges germaniques, 
mon maître, et comme 
'' cela sied à nos profils 
de guerriers antiques! 

« Puis, pris subitement d'un doute terrible, et 
secouant vigoureusement le bras de son auguste 
maître : '~ 

« — Répondez-moi, 6 Sire, le prince chancelier 
Otto I de Bismarck doit avoir ua vestiaire bïon 
garni? 

« — Certainement. 

« Don Achille, alors, avec une anxiété croissante ; 




(Donc 



188 CRISPI EN CARICATURES 

« — Et dans sa garde-robe, a-t-il beaucoup de 
manteaux pareils à celui dont il vous a gratifié? 

« — Oui, beaucoup. 
-vs^« — Et ces manteaux, les offre-t-il à tout le 
monde? 

« — A tout le monde, non certes; seulement 
aux hommes de grande valeur, à ceux surtout 
qu'ilgiésire bien mettre en vue. 

« A ces mots, laissant tomber les bras en signe 
de désespoir, don Achille s'écria : 

« — Malheureux que je suis! vouloir enfiler 
un vêtement de cette taille. Loin de me mettre 
en vue, son ampleur m'étoufferait et ferait entiè- 
rement disparaître ma personne. 

« A ces mots, don Giccio fronça les sourcils et 
on Tentendit murmurer avec des soupirs : 

« — Ah oui! ce qui m'arrive, justement. 

« Tandis que s'échangeaient ces augustes pa- 
roles destinées à être retenues par l'histoire, le 
cortège continuait sa marche vers la gare. A la 
queue, le coin des radicaux de choix, régnait une 
certaine confusion. Un bon révolutionnaire était 
entrain de discuter avec un excellent pétroleur. 

« — Lorsque nous prendrons .^ongé de. don 
Giccio, il faudra lui souhaiter un prompt retour. 



CARICATURES SUR CRISPI ALLEMAND 189, 

« — Non point! répondit le pétroleur, mais, 
nu contraire, crier : « Au revoir! le plus tard pos- 
sible! » 

« — Tu ne tiens donc pas à le revoir bientôt? 

« — Si fait, mais je désirerais également qu'il 
fît à Berlin un long séjour, car ce serait un signe 
évident qu'il y est bien vu. 

« Les deux radicaux, naalgré leur conception 
différente du patriotisme, finirent cependant par 
se mettre d'accord, et le cortège ne fut plus trou- 
blé, dans sa dignité, jusqu'au moment où, éprou- 
vant le besoin de conférer avec Carlo Dossi, don 
Ciccio s'écria : 

« — Dossi? Où est Dossi *? 

« Mais, étant à la' tête du cortège, il ne rece- 
vait aucune réponse. ^ 

« — Que devenir sans Carlo Dossi? Il sait l'alle- 
mand de telle façon que, quand il le parle, il 
arrive à casser les oreilles ^ tout le monde; puis- 
que, suivant le proverbe, la langue allemande n'a 
pas d'os, mais nous casse le... dos... si {fa rom- 
père.., il dossi). 

1. Écrivain et journaliste, gros bonnet de la franc-macon- 
nerie italienne, occupant une très haute situation au ministère 
des affaires étrangères et ayant joui de toute la confiance de 
Crispi. 



V 



190 CRISPI EN CARICATURES 

« En fin de cause, pour mettre la main sur Tin- 
trou vable, don Ciccio charge don Achille de don- 
ner un coup d'œil sur le cortège, et dans ce but, il 
empoigne Tillustre majordome, puis le hisse sur 
sa tête. 

« Malheureusement, juste au moment où, tout 
fier de se trouver ainsi perché sur un pareil obser- 
vatoire, il allait s'écrier : 

a Mais je ne me trompe pas! c'est lui! 

« Don Ciccio lâcha les bras et don Achille, tom- 
bant sur la pointe du casque, vit toutes les étoiles 
du firmament. Cet incident produisit un certain 
refroidissement dans les sentiments sympathiques 
que le majordome affichait à Tégard de l'Alle- 
magne. 

« — Oh ! oui, l'Allemagne est une grande puis- 
sance, s'exclama-t-il douloureusement. Mais il ne. 
fait pas bon à lui tomber sur la tête. 

« Enfin le cortège parvint à la gare au milieu 
des acclamations enthousiastes de tous les amis 
qui accompagnaient don Ciccio. 

« L'illustre ministre monta tout de suite dans 
le wagon-lit qui lui était réservé et, après avoir 
lu quelques lignes du Capitan Fracassa et de la 
Riforma, il s'endormit paisiblement, pendant que 



CARICATURES SUR CRISPI ALLEMAND 191 




son infortuné majordome consolait sa... dignité 
blessée avec cette sage pensée : 

« Enfin! mon seigneur et mailre réprésente... 
un parti ! » 

« Départ grotesque, arrivée grotesque! A la 
douane allemande on demande à don Ciccio s'il 
n'a pas quelque chose à 
déclarer. 

« — Rien qui soit sujet 
aux droits dans vos ba- 
gages? 

« — Ils ne COntien- En route pour Berlin. 

nent que mes principes ^J::::^::^^^^^'''''' 
de gouvernement. ^^^" ^^»^^'^"^' '' ^'' '"^'^ 

« — Oh ! alors lltalie a déjà payé. » 
A Berlin, il fréquente les journalistes qui veu- 
lent bien dîner à ses côtés, cela ne s'était jamais 
vu. Il reçoit des députations, entré autres celle de 
la jeunesse alle mande figurée par six étudiants 
centenaires ayant quelque peine à se tenir sur 
leurs jambes. Mais, avant tout, il s'est promis 
qu'il ne rentrerait pas en Italie sans avoir rendu 
à l'Europe un éclatant service. Et que fait-il pour 
cela? Ouvrez le Don Chisciotte, Désespéré, rési- 
gné à tout, il va chez un marchand de porcelaine. 



192 CRISPI EN CARICATURES i 



\ 



« Que désire monsieur? lui demande le mar- 

r 

chand. Un service à thé, à café? 

« — Non, il me faut absolument un service... à 
rendre à l'Europe. » Et il quitte les magasins après 
s'être entendu dire partout : « Pour cela adressez- 
vous à M. de Bismarck. Lui seul tient cette mar- 
chandise. » Il va chez le prince-chancelier et, 
grâce au Don Chisciotte, nous sommes assez heu- 
reux pour pouvoir sténographier une des conversa- 
tions échangées entre les deux hommes d'État. 

« Hier soir, après avoir assisté à la troisième 
revue, M. Crispi se trouva en présence du prince 
de Bismarck qui, sans autre préambule, lui dit 
en français, et tout en regardant sa montre : 

(( — Vous allez vous montrer, je pense; l'heure 
est arrivée de rendre à l'Europe un de ces écla- 
tants services... 

« — Déjà ! » répondit en allemand don Ciccio; 
car personne n'ignore que depuis six mois l'illustre 
ministre apprend la langue de Goethe et de Heine 
et qu'il sait, par cœur, toute la seconde partie du 
Manuel de la conversation allerriande du docteur 
Ebeling. Son professeur étonné des aptitudes 
vraimelit extraordinaires dont il fait preuve, ne 
cesse de répéter : 



CARICATURES SUR CRISPI ALLEMAND 193 

« — Quel élève intelligent! Quelle mémoire! 

« Les admirateurs de la politique crispinienne 
vont même jusqu'à dire qu'il a oublié ses prin- 
cipes d'autrefois, uniquement pour ne pas se 
charger la ménaoire outre mesure. Comment 
pourrait-il se rappeler tant de choses ? 

« Donc Crispi se rendit tout aussitôt chez Bis- 
marck, bien décidé à s'exprimer en allemand. Le 
prince était seul, assis dans un grand fauteuil de 
velours roiîge. 

« Crispi, «'inclinant profondément, prononça 
ces paroles mémorables : 

« — Bonjour, bonsoir, bonne nuit, monsieur^ 
madame et mademoiselle {Manuel, page 4), 

« Bismarck, quelque peu surpris. Je fixa un 
instant; après quoi il lui dit à son tour : 

« — Oh! bonjour, mon ami! Désirez-vous vous 
rafraîchir? 

« — Merci, non, mais le chien de Tami de mon 
cousin a le collier plus beau que le chien de l'amie 
de ma belle-sœur [Manuel, page 9). 

« Bismarck en entendant pareille incohérence 
eut un moment de stupeur, et pensa que son 
petit ami avait dû s'oublier avec le vin du Rhin» 
Brusquenient, il lui demanda : 

17 



194 CRISPI EN CARICATURES 



« — Avez- VOUS dîné? Quelle heure est-il bien? 

« — Oui, monsieur. 

« — Quelle heure, dis-je? 

« — Non, monsieur. 

« — Commept,vousne savez pas Fheure ! s'écria 
Bismarck perdant patience. 
,« Et Crispi, quelque peu humilié, murmura : 

« — Il n'est pas encore midi. Il n'est pas encore 
minuit. Il n'est pas encore deux heures [Man/uel^ 
page 22). ^ 

« Le^chancelier fronça les sourcils. 

« — Qu'avez- vous? lui dit-il. Seriez-vous mal 
à Taise? 

« Et Crispi : 

« — Je me sens, ce matin, un peu indisposé. 
J'ai mal à la tête, aux dents, -au cœur, aux yeux, 
à la gorge, à la langue, à la poitrine, et enfin aussi 
au foie (Manuel, page 47), 

« Que de maladies ! murmura Bismarck, puis il 
repri. : ,; 

« — Parlons un peu de choses sérieuses. Pos- 
sédez-vous encore, en Italie, votre ancienne 
popularité? 

« Crispi ne comprit point ce qu'on lui deman- 
dait. A tout hasard iJ riposta : 



CARICATURES SUR CRISPI ALLEMAND 195 

■ ■■ — - — — — ■-■— . . ■ T ■ ■ ■- -- ■ ■ - — 

« — Quel temps ! Quel mauvais temps ! Il y a des 
brouillards, il vente, il tonne, il grêle, il neige, la 
pluie tombé à torrents [Manuel, page 74). ., 

« Résigné à tout, Bismarck pensa en lui-même : 
« Singulier personnage! Peut-être ne s'exprime- 
t-il qu'en style poétique! Ces Italiens sont gens 
à imagination tellement vive! Voyons. 

« — Et de l'argent en avez-vous? 

« -J- Je n'y suis pas encore arrivé, répondit 
Crispi, en français cette fois. 

« — Comment? 

« — Mais oui. La réponse à cette question se 
trouve probablement dans la troisième partie du 
Manuel, et je vous le répète, je n'y suis pas 
encore arrivé. 

« La conversation dura ainsi quelques minutes ; 
après quoi, Bismarck congédia son hôte assez 
sèchement en lui disant : 

« — Une autre fois, moif cher ami, quand vous 
viendrez ici pour rendre des services à l'Europe, 
vous aurez soin d'être un peu plus au courant 
de notre langue. » 

La grande plaisanterie du voyage de Berlin, 
des conversations officielles ou intimes entre 
ministres, ce fut encore la capote des anciens 



196 CRISPI EN CARICATURES 

jours, la houppelande de Bismarck, la veste rem- 
portée par Crispi qui, à plusieurs reprises, avait 
eu maille à partir avec le chancelier. 

Du reste, toujours la même idée : Bismarck- 
colosse, Crispi-nabot ; Bismarck prenant les airs 
protecteurs d'un maître, Crispi ayant l'attitude 
d'un jeune élève à qui Ton a tiré les oreilles; Bis- 
marck jouant au vieux rond-de-cuir qu'on vient 
troubler dans son repos, dérangé dans ses habi- 
tudes, Crispi accompagne de son fidèle Achille, 
jouant, à la fois, à l'espiègle et à l'homme d'im- 
portance. Ici encore la palme appartient au Don 
CfiiscioUe. 

Tous deux sont à Friedrichsruhe, dans le parc 
du prince. Subitement Otto ressent une certaine 
fraîcheur. Galamment, don Ciccio lui offre pour se 
couvrir sa culotte de 1860. 

Tous deux sont absorbés dans des discussions 
diplomatiques : 

(( Alors, vous tenez donc absolument à renou- 
veler le traitée 

— Si vous saviez comme je vais être traité à 
mon retour "en Italie. » 

Ce sont les deux chanceliers, les deux piliersi 
de la Triplice, les deux confidents qui ont 



Caricatures sur crispi allemand 197 



l'oreille des souverains, les deux augures qui, 
entre eux, ont dû rire plus d'4ine fois; seulement 
l'un est LDI et l'autre n'est encore que lui. 

Mais aussi, il était parti 
Crispi tout court; il revint 
" von Crispi » ; une se- 
maine durant, les journaux 
humoristiques s'amusèrent 
à l'affubler de la particule 
tudesque. Il était parti avec 
sa capotei: il revenait 
grandi, si ce n'est avec la 
taille, du moins avec l'étoffe 
d'un homme d'État. Bis- 
marck avait été généreux 
avec lui, il lui avait donné 
une garde-robe bien four- 
nie; désormais on ne pour- 
rait pins parler de 
vestes. A Berlin, il avait 
gagné les cœurs, il avait fait des conquêtes : 
les Allemandes s'étaient éprises de ce profil 
antique, de ce César de médaille. On ne disait 
plus dans la brumeuse Germanie : " Voir Naples 
et puis mourir », mais bien : « Voir Crispi et le 




{Do» Chili 



\ 



198 CRISPI EN CARICATURES 



suivre ». Bref, malgré les mécontents, malgré les 
plaisanteries du Don ChiscioUe, le voyage avait été 
un triomphe pour don Giccio. 

♦ De retour à Rome, Grispi n'eut plus qu'un 
désir : rendre au chancelier ses politesses. Du 
resté, cela était devenu pour lui une nécessité 
politique. Il avait tant et tant parlé de son ami 
Bismarck, il avait raconté sur leur intimité tant 
de choses que, chaque jour, ses amis le pressaient 
de leur montrer Otto, Otto le charmeur, Otto le 
Romain. Dites-lui que les Italiens désirent le 
voir, il ne saurait rester insensible aux prières 
d'un ami tel que vous. Et vous lui montrerez 
votre musée des antiques, section des capotes, 
faveur réservée aux grands personnages. 

Le malheur voulut que Bismarck 'fût envoyé 
en villégiature forcée à Friedrichsruhe. Un coup 
dont Grispi eut quelque peine à se remettre. Privé 
de son meilleur ami, quelle responsabilité n'allait 
pas être la sienne! Toutefois il ne se laissa point 
désarçonner et, avec sa modestie habituelle, se 
tint à peu près ce langage : « Bismarck, Caprivi; . 
Caprivi, Bismarck. Toujours trois poils et oune 
paratonnerre ! » A ceux donc qui menaçaient de 
faire du tapage si on ne leur donnait Bismarck, il 



CARICATURES St'B CBISPI ALLEMAMi 



dit : « L'année dernière je n'ai pas pn tous faire 
voir « mon ami Bismarck " ; cette année je vous 




Capriri à Milan. 

. Sn^iant l'nsige du Nord, qui veut qae Isa personniEes échnQireal saln> 

da général slleoutld et Caprivi la toge du migislrat italien. 

{Patquino. 1S90.) 

montrerai « mon ami Gaprivi », ce qui est oune 
même chose. » 

« — Caprivi^^mon petit Gaprivi, viens chez mol, 
lisailTOn en un style éploré dans le Fischietio, tu 
admireras à ton aise ma capote de 1859. 



200 CRISPI EN CARICATURES 

« — Peu m'importe ta capote! Je ne saurais me 
déranger pour pareilles balivernes. 

« — Viens, je te montrerai oune belle petite 
chose que j'ai faite en m'amusant. 

« — Qu'est-ce encore? " 

« — L'Italie parbleu ! 

« Viens donc, tu m'aideras à refaire la carte 
d'Europe! Et puis tu sais, j'ai besoin de me pro-^ 
mener à ton bras, afin d'imposer silence à ceux 
qui troublent mes loisirs. » 

Caprivi se laissa attendrir, Caprivi vint; le 
colosse germain se fit même tout petit, laissant 
croire complaisamment que, désormais, la Triple- 
Alliance avait pour centre Rome, pour grand 
chancelier don Ciccio. 

Crispi triomphait, il pouvait « montrer » son ' 
chancelier. Ici encore. Don Chisciotte^ Fischietto, 
Pasquino nous tiennent au courant des incidents 
de l'entrevue de Milan. A Caprivi on fit voir l'allié 
des anciens jours, ce pauvre Napoléon III relégué 
dans une cour; bras dessus, bras dessous on alla 
déposer une carte au Secolo pour le remercier de 
ses réclames à l'égard de la Triplice et, finale- 
m^t, on tint un conseil secret jdont les détails les 
plus intimes connus grâce à un courageux journa- 



CABICATIBES STR CRI^PI ALLEMAND 301 

liste transformé pour la circonstance en cariatide, 
se penTeut résumer en ce dialbgue épicé : 

« Crifpi. — Eh bien '. comment trouvez-vous le 
risotto à la milanaise? 

Caprivi. — A la hauteur de sa répnlation; 
seulement je l'eusse préféré moins safrané. » 




Hamnuges de Caprivi ■ U • prima bdleriaa ■ ds la Triplc-Alliior?. 
{Patqaim, S Juin 1S9«.) 

Les questions les plus graves de la politique 
européenne revêtent, entre nos deux compères, 
une allure tout intime : 

» Avez-vous de l'appétit? demande Caprivi. 

— Un appétit grand comme ma politique. 

— Ce café vient d'Afrique? hasarde, au dessert, 
le chancelier germanique. 

— D'Afrique, il ne nous vient que de mauvaises 
nouvelles. » 



202 CRISPI EN CARICATURES 



Et les jeux de mots, les recherches de rappro- 
chements, de similitudes dans les deux noms, 
pleuvent drus comme grêle. 

Gaprivi, Crispivi; Crispi, Gapri, tous deux ne 
sont-ils pas fils de la même patrie? Pourquoi 
Visola de Capri ne deviendrait-elle pas, désor- 
mais, Yisola de Caprivil 

Ce fut le dernier triomphe de Crispi et de la 
politique allemande, de cette politique dont la 
principale raison, dit un écrivain italien, était^ 
alors l'intérêt et Tambition d'un ministre. 

Vis-à-vis de cette attitude, la caricature ne 
désarma pas : après avoir abaissé Crispi devant 
Bismarck, elle le marqua au front du paraton- 
nerre prussien, ce qui n'empêcha pas l'orage de 
fondre sur son crâne ministériel. 

Capri vi avait rendu la politesse faite à Bis- 
marck. Aujourd'hui il reste seul; aujourd'hui, les 
deux meneurs de l'entente italo-germanique ont 
fini de parader. M"° Ciccia, prima ballerina de la 
Triplice, n'attire plus les regards des spectateurs 

• 

au théâtre de Montecitorio et lui-même", le pauvre 
perroquet germanique, est remisé au rancart. Lui 
qui causait si bien, lui qui savait dire comme 
nul- autre « moi et moiin ami Bismarck » ! Les 



CARICATURES SUR CRISPI ALLEMAND 203 



mauvaises langues de la capitale romaine préten- 
dent que tous deux ont été rejoindre un certain 
Grispi qui, jadis, fit quelque bruit. 

C'est égal! On chercherait vainement dans la 
caricature italienne un crayon qui ait été favo- 
rable à la Triplice. 



\^ 



IX 



LES CARICATURES SUR CRISPI « AFRICAIN » 



Historique de la question africaine. — Don Giccio et sa « belle 
étoile d'Italie ». — Don Ciccio couvant l'œuf africain. — Méné- 
lik « notre amik ». — Son entrevue avec don Ciccio. — La 
visite des Marocains au « Musée Crispi ». — Le trône de Mé- 
nélik. — Crispi dans ses rôles multiples. 



L'Allemagne d'un côté, l'Afrique de Tautre; 
Bismarck, Ménélik, tels furent les deux rêves, les 
deux soutiens de la politique crisj)inienne, répon- 
dant si bien aux désirs de lltâlie elle-même : être 
une des grandes puissanbes européennes, peser 
d'un certain poids dans le concert des nations, et 
avoir un empire colonial. Aussi quel mirage 
n'exerça pas sur les esprits cet empire africain 
baptisé par avance du nom pompeuxi d'empire 
d'Erythrée, cet empire qui, avec la Triplice, fut la 
force de Crispi et qui, aujourd'hui, disparaît, 
s'efface de la carte, ne laissant aux. Italiens que 
des rêves déçus, des ambitions non satisfaites et 

18 



206 CRISPI EN CARICATURES 



ce petit îlot de Massaouah dont il n'y a rien àV 
tirer ni à attendre. 

Il me paraît nécessaire, vu le peu de lumière 
fait à cet égard, de retracer en quelques lignes 
rhistoire des conquêtes (!!) de Tltalie dans 
l'Afrique orientale. 

Pendant assez longtemps ses efforts demeurè- 
rent impuissants contre là ferme volonté du Négus 
d'Abyssinie qui repoussait toute ingérence sur ses 
domaines. Ce fut là la première période, la 
période militante. Puis les cpmplications suî'gis- 
sent entre le Négus Johanné, ses généraux et le 
roi de Schoa. Alors Tltalie jugea que le moment 
était venu pour elle d'intervenir utilement et de 
réussir par Tintrigue là où ses armes avaient 
échoué. 

Elle aida de toutes se« forces les adversaires du 
Négus, et lorsque ce dernier succomba, elle put 
croire — et elle crut un instant — que rien n'em- 
pêcherait plus TAbj^ssinie de tomber entre ses 
mains. , 

C'est dé ce moment que datent ses relations 
diplomatiques avec le roi M^nélik I", qui s'est 
joué d'elle de la plus adorable façon. 

Il a obtenu des Italiens tout ce qu'il leur a 



CABICATUBES SUR CRISPI AFRICAIN 



207 



demandé, et non point des promesses vagues, 
mais des armes, mais de l'argent, mais une aide 
effective. 






•1 

régn 


Choses africaines : 


la prier 

ui non» B 
nOuence 

{Fàch 


e de Crispi 






en perdunl àet batailles, 

prétoy«nce.- et de U si 
er SUT ritalie, sor l'Afri 




defico 
deaœd 
encore 


brilU en Afr 
mes dunnereu 

de lo lage» 
urrai, pour 

mande enli 

eti», BT mais 


que, par piUé, 
ea entreprise» 

r, enfin. Ainsi 
1890.) 



En retour, il leur a promis beaucoup de choses et 
ne parait jamais avoir songea tenir ce qu'il promet- 
tait. Il a reçu à sa cour mission sur mission, notam- 



i08 CRISPI EN CARICATURES 



ment Tagont principal de M. Crispi, le comte Ânto- 
nelli, le véritable meneur de toute cette affaire; il 
a envoyé de son côté à Rome des ambassadeurs que 
M. Crispi montra au populaire^^italien pourbieD 
affirmer son triomphe. Ménélik enfin laissa établiri 
rédiger un traité de protectorat — celui-là même 
dont M. SpuUer a si facilement donné acte — 
que M. Crispi fit publier par toutes les trompettes 
de la renommée, mais il se garda bien de le signer. 
Et aujourd'hui il déclare que jamais de sa vie il 
n*a entendu se placer sous le protectorat italien; 
et il invile le comte Antonelli et ses amis à 
déguerpir le plus tôt possible d'!^nkaber, sa 
^ capitale. 

Ainsi s'écroule, ainsi s'écroulera, très certaine- 
ment, tout cet échafaudage éthiopien, sur leqnd 
reposait une partie de la puissance erispinienne; 
ainsi disparaît ce miroir aux alouettes, vulgaire 
appeau il Tusage du bon public. 

(40 qui est intéressant, c'est de constater que, là 
rncore, la caricalure a vu juste, qufr, là encore, 
rlle a trouvé matière à satires amusantes contre 
cehii (|ui Irompaillo pays ou, du moins, s^abusait 
élran^onu^nl, toujours confiant en son étoile, cette 
éloilr (|uo tant d'autres politiciens, avant loi, 



CARICATURES SLR CBISPI AFRICAIN 



209 



invoquèrent et pensèrent également devoir briller 
pour eux seuls, x 

Crispi-Hénélik, c'est la îroisiëme face de don 
Giccio. 

Il aura, sous le crayon des dessinateurs, sa 
politique africaine, 
ses amours africai- 
nes, sa cour afri- 
caine. Quand, à la 
Chambre, on discu- 
tera sur sa chère 
Erythrée il prendra 
la parole entière- 
ment blanc, devien- 
dra rouge, passera 
au violet et finira afri^iD. îe''^iu ci^ia u 9ë"geDa'^s"d^ 

, ... ttifoet k bliDc U catsie déji épaiÉée do 

Doir. Le noir lui lamère. 
Sied : c est un 
. merveilleux décor pour sa moustache blanche. 
Sans cesse il prépare quelque couvée nouvelle ; 
sans cesse il prétend faire son petit autocrate 
africain. Cela coûte k l'Italie pertes d'hommes, 
pertes d'argent. Peu importe : il faut à don 
Ciccio son empire, sa guerre, son roi. Avec 2 mil- 
lions il s'engage à livrer une colonie de première 




210 CRISPI EN CARICATURES 

qualité, marchant sur des roulettes, ayant un per- 
sonnel complet, chameaux, dromadaires, mulets, 
ânes, police et fonds secrets, police des mœurs 
pour rinspection des caleçons des indigènes, 
^éclairage, service de courriers entre Ménélik et 
« Lui », sans oublier les dépenses imprévues — 
budget de la guerre africain — tels que achat 
d'alcool camphré, arnica, emplâtres, bandages 
4)héniqués et autres destinés à soigner les contu- 
sions légères que ces bons négros ne manqueront 
pas d'octroyer aux colons italiens en guise de don 
de joyeuse arrivée. Tous, produits de la péninsule, 
du reste, comme les médecins et les pharmaciens 
pour lesquels on fondera un lazaret colonial. Gela 
s'appelle ouvrir un débouché aux industries et aux 
carrières nationales. 

En vain tous les hommes d'État de l'Italie s'élè- 
vent-ils contre cette façon de comprendre les 
intérêts du paySj en vain le clan des anti-africa- 
nistes mène-t-il une campagne bruyante contre 
ces noirs projets *, doi^ Ciccio repousse tous les 
assauts avec un aplomb imperturbable et répond 



1. Parmi les députés qui furent les plus opposés à la poli- 
tique africaine, il faut citer Plebano, Ferrari, Imbriani, de 
Zerbi, Bancarini, tous hommes de valeur. 



/ 



\ 



\ 



214 CRISPI EN CARICATURES 



contre moi? Dieu merci! je ne suis pas enrhumé 
comme M. Tirard... et je me charge encore de 
vous faire voir les étoiles en plein midi. » 

Mais Ménélik ne venait pas, et c'était Méné- 
iik qu'il fallait, Ménélik confident intime depuis la 
chute de Bismarck, Ménélik promis au peuple 
comme curiosité africaine, Ménélik protégé par 
son caleçon et par don Ciccio. Le noir, le traître 
Ménélik restait sourd aux supplicatfons , et aux 
couplets les mieux tournés. En vain, lui chan- 
tait-on : j^ 

L*Abyssinie est un paradik 
Un pays vraiment clyk 
Truck, trick, trick, trick, 
Vive le négus Ménélik! 

Et c'est un grand bonheur ^ 

D'être roi de noirceur 
Quand on pense que : qui! quik! 
Ciccio-Grispi est notre amik. 

En vain, au carnaval, vit-on se promener, 
comme chez eux, des Ménélik et des* Ménélika ; 
cela ne suffisait point à calmer les justes impa- 
tiences de gens qui se sont payés un roi et qui 
tiennent à voir, malgré cirage et ténèbres, s'ils 
en ont pour leur argent. 

Enfin Ménélik vint. Il était temps : don Ciccio 
allait s'adjuger la couronne, pour ne point la 



Tl'BES SIR r,BISPI AFBH 



âl5 



laisser toniber en mauvaises mains. L'ne cou- 
ronne en Calabre. n'est-ce pas une fille dans un 
corps de garde? Bientôt, comblé de caleçons 
d'honneur — c'élaienl ses vestes à lui — le 
sultan d'Oppiat dut songer au retour. Yoicî en 




quels termes le Don Chisciotte raconte sa visite 
d'adieu au grand maître de la Trinacrie : 

« Hier l'ambassadeur makoionien a fait sa visite 
d'adieu au président de la Société de géographie, 
lequel lui a remis une magnifique longue-vue. 

(( Après quoi l'illustre prince s'est rendu au 
minîatëre des affaires étrangères où il a eu un 
entretien avec le* président du conseil. 

" L'honorable Crispî en le voyant armé de Tins- 







ru 



••• ■ - ^ 



- L 



UHl! 



< • t ^ 



,.* »-•-.- 



'àîr- - 






ik- V 



r»« 






■_-tî 



^ .>r«^''' 



t. 



1- 



♦^.-^ 



.•V' 



a '^ 



. -> -Ufc 



t » - 




>.' '. u. Il' ( 

Pnn.4 dot"^ 

dtUTrpleA. FtEiliDt 



.* 



CARICATURES SUR CRISPI 



« L'honorable Crispi fut lui-même étonné de 
la véracité de cette assertion. 




La visite des Marocains à Cnspi 

do Rome rapportent que CrLapi a reçu spien 



« Alors reprenant la longue-vue des mains du 
ministre, et la braquant sur ce grand hommed'Etat, 
le prince Makoionein s'écria avec animation : 



EN CARICATURES 



« — Oui bien, tu es un grand homme ! 
« A ces mots l'honorable Crispi esquissa un 
sourire de complai- 
sance, murmurant à 
part lui : 

« — Jusqu'ici l'Eu- 
rope seule me con- 
templait; désormais, 
l'Afrique, elle aussi, 
aura les yeux sur 
moi. )) 

Ménélikjil est vrai, 
devait bien cela h 
celui qui lui avait pro- 
curé liste civile, cou- 
ronne, trône! Unmeu- 
ble d'art , reproduit 
lui aussi par le Don 
Chisciotte, comme 
les interviews et les 
entrevues célèbres. 
Un meuble couronné 
par don Achille, aigle aux ailes éployées du nou- 
vel empire, et ayant pour pieds les souliers du 
maître, — bottines anglaises à talons plats et élas- 



^^fe 


r 


l^^^s 


i> 




1 


,J^ ^ ■■Mb'''Li 





Le trÙDe du roi Ménélik. 
Reproduction fidèle pour les leoli 



CARICATCRES SLR CRISPI AFRICAIN 



219 



tiques; i2 fr. 50 Ternies. Sur le dossier, don 
Giccîo remettant à Hénélik un acompte à la panse 
ventrue; sur les bras, la tête de Ciccio, polie 
comme un ivoire du xui* _ 

siècle ; sur le devant du 
coffre, Ciccio, en déesse fé- 
condante de la nature, fai- 
sant croître et pousser les 
petits empires négros. 

Marocains , Éthiopiens , 
Tunisiens, Ménélikiens, 
tous les Africains ne furent- 
ils pas ses préférés? Avec 
eux ne le voit-on pas tou- 
jours souriant, toujours 
empressé, heureux de pou- 
voir enSn rencontrer des 
gens qui le comprennent et ''''"'■ ''"P''^»!"" ■!« P"'«- 
qui ne le noircissent pas de 
tous les crimes. Eux 
méconnaissent ni sa toute -puissance, ni son 
talisman, ni sa honne étoile. 

S'il n'était attaché au rivage par sa grandeur, 
comme il volerait vers ces contrées lointaines 
où règne 1^ politique de l'ophtalmie; comme il 




(Oon Chisc 



avril IS8e.) 



220 CRISPI EN CARICATURES 

irait rejoindre à Asmara ou dans une quelconque 
des autres couvées manquées ses noires amours, 
Cléopâtre Makojonem. 

Tout cela la caricature italienne Ta rendu 
avec esprit, trouvant dans les dents d*éléphant, 
dans les cornes d'ivoire, un accessoire aussi 
décoratif que pittoresque. On verra chez elle jus- 
qu'à des Crispi ayant aux oreilles ou en guise de 
. breloques, des cornes en corail. Image vivante, 
blanche personnification de la puissance afri- 
caine, de cet empire colonial que lltalie avait 
cru saisir et qui s'envolera en fumée avec la 
même facilité que son argent! 

Le plus drôle — et là rAfriqtie-Crispi devient un 
véritable roman comique — c'est que Méné]ik a, 
lui aussi, une carte à payer qui va le faire quel- 
que peu blanchir. On lui a donné de l'argent, 
c'est vrai, mais pour pouvoir* mieux lui en 
prendre. Et quand on le met en demeure de con- 
fier aux ingénieurs italiens la direction de ses 
mines d'or, il répond, non sans une noire malice : 
« Ah! oui, lorsque ces mines me fourniront beau- 
coup d'or, moi aussi je prêterai de l'argent ^ 
l'Italie, et je placerai, pour les faire fructifier, 
mes capitaux dans les banques italiennes ». 



CARICATURES SIR CRISPI AFRICAIN 221 

Ainsi finit la trilogie, je veux dire le triptyque 
Crispi, côté Italie, côté Allemagne, côté Afrique. 
Et l'on ne saurait quitter les crayons italiens sans 
constater, une dernière fois, avec quel sens par- 
fait du pittoresque et de la satire, ils ont vu 




(Altnan&ch de La lliim, 1S90.) 

toutes les faces du personnage ; Prima donna de 
la Trîplice, jouant avec la Franco à l'amoureux 
jaloux, père noble avec la Grèce et la Bulgarie, 
despote avec l'Italie, galant avec VÉryllirée; c'est 
bien cela! 

Don Ciccio tombé, le crayon s'apaise : lâché 
par ses collègues, repoussé par le roi, abandonné 
dans la lutte par Bismarck, puis par Ménélik, le 
dictateur n'a même plus son fameux parti d'oppo- 
sition. 



222 CRISPI EN CARICATURES 

. ■ 

Et qu'a-t-il fallu pour arriver à un tel résultat? 

Une petite boule tombant dans une petite urne. 

L'idée est debout, les cadavres sont à terre, 
rivés à la même chaîne, Tanneau de la Triple- 
Alliance forgé ici même par le crayon de Blass. 

Ci-gisent von Bismarck, von Tisza, von Crispi. 

Qu'ils reposent en paix! 



A 



LES CARICATCBES FRA:CÇAISES SUR CRISPI 



Esprit des caricatures dirigées contre Crispi. — Bismarck 
représente le drame, Crispi la comédie. — Pas de Crispi sans 
Bismarck. — Types du personnage. — Un port rai t>oliarg« 
par Luque. — Les caricatures du Don Quêchotity du Piht% 
de la Silhouette. — Verve des dessinateurs. — Quelques 
compositions originales : Tœuf Crispi, par Blass. — Les 
événements politiques traduits et expliqués par Timago. — 
Tiret-Bognet et la Triple-Alliance. — Conooplion philoso* 
phique de ses caricatures. — Bismarck et Crispi obtenus h 
l'aide de la silhouette des mains, par F. Trewey. 



Alors que la caricature italienne est rosU^t» h! 
longtemps sans voir celui qui devait Mro hou 
« grand chancelier w^ il ne faut point s'ôtoniHU' hI 
la caricature française n'a connu (Crispi qiio Hur 
le tard. 

Et quand les traits de riiommo d'iUat Hirilinn 
commenceront à se populariser parmi nouH, en no 
sera point pour lui être agréable quo Timago lo 
mettra en Vedette. 

Bismarck, je Tai démontré aillourt), avait Mf 
vers 1867, dans les bonnes grftcc» An la itntnnti 



224 CRISPI EN. CARICATURES 

satirique parisienne qui le proclamait « très gai, 
très affable, très courtois, très bon enfant »; 
d'emblée Crispi fut considéré comme un person- 
nage antipathique. 

Flatterie et antips^thie d'autant plus inexpli- 
cables que Bismarck était, dès ce moment, le 
bouledogue, le personnage rogue, cassant, que 
nous avons appris à connaître à nos dépens et 
que Crispi, tout au contraire, était souple, adroit, 
insinuant, comme il s'est toujours montré depuis. 

Plus tard, à la suite des terribles événements 
de 1870, les types s'accentueront; dès 1877 la cari- 
cature française verra en Crispi la contre-partie, 
pour ainsi dire, de Bismarck : l'un représentant à 
ses yeux le drame, l'autre la comédie; l'un per- 
sonnage tragique à la Hamlet, l'autre tenant de 
Guignol et de Pulcinella. ^ 

Au fond je ne vois pas en France une animosité 

• 

personnelle à l'égard de Crispi, mais bien plutôt 
une sorte de déception provenant d'un manque- 
ment à ce qu'on était en droit d'attendre de 
l 'ex-garibaldien. La satire a donc traité le ministre 
italien comihe s'il était un des nôtres. Don Ciccio, 
l'ancien expulsé de Turin en 1851, l'ancien député 
de Castelvetrano en 1860, iie pouvant « faute de 



CARICATURES FRANÇAISES SUR CRISPI 227 



se Fiendre à son poste et venant en 
1889, doré sur tranches, échouer au banquet de 
gala de BerUn, entre deux princes, presque aux 




- T'a> beau foire, m 



côtés de l'empereur d'Allemagne, cet orgueilleux 
cachant ses sentiments intimes sous les dehors 
d'un patriotique dévouement, lui a paru aussi 



228 CRISPI EN CARICATURES 

*■ 

amusant, aussi grotesque que maint politicien 
français brûlant aujourd'hui ce qu'il adorait hier. 

Et ceci une fois admis, elle s*est acharnée sur 
rhomme qui personnifiait la politique italienne; 
elle a fouillé son passé, elle a cherché à le ridi- 
culiser èous toutes les formes, ne craignant pas, 
à l'occasion, les détails plus ou moins scabreux 
de la vie intime, Taccusant même de détourne- 
ments qui neTfurent jamais prouvés, et qui, dans 
tous les cas, ne regarderaient que ses conci- 
toyens. 

Elle a vu en Bismarck un créateur, en Crispi 
un imitateur; ici, Thomme de fier, à la volonté 
inébranlable; là, le pantin dont un plus .puissant 
tire les ficelles. Ici, Thômme qui impose sa 
volonté; là, celui qu'on fait marcher. Et, vérita- 
blement, les Italiens ne sauraient lui en vouloir,, 
puisque, eux aussi — on a pu ep^ acquérir la 
conviction — ne Font pas traité autrement lors- 
qu'il s'est trouvé en présence de TAUemagne. 

Dans la grande pièce humaine qui trop souvent 
se joue à nos dépens, Bismarck représente le 
drame, Crispi la comédie : l'un fait frémir, J'autre 
fait rire. Bismarck est le directeur du grand 
théâtre des « Puppazzi » européens ; Crispi est le 



/ 




KÇON 
tion. 0» 


je Upe a 


r les doigUI 


IS seplembra 


1838.) 



N. 



/ 



CARICATURES FRANÇAISES SUR CRISPI 231 



premier sujet, la première poupée. Telle est, tra- 
duite de mill^ façons particulières, l'idée générale 
qui se retrouve à chaque page. 

Ce que j'écrivais dans mon Bismarck sera, ici, 
confirmé par les images elles-mêmes : 

« Pas une caricature sur la politique italienne, 
sur Crispi, sans qu'on ne voie quelque part, un 
bras, un casque, une ombre connue, indices révé- 
lateurs de cette influence allemande qui nous 
paraît toute-puissante en la circonstance. Ici, c'est 
Crispi prenant une leçon de mandoline chez M. de 
Bismarck qui lui dit : « Attention, ou je tape sur 
les doigts! » Là, c'est, à propos de Tentrevue de 
Friedrichsruhe, la joie du chancelier étonné 
d'avoir pu, à son âge, faire là conquête de la 
belle Italie qui lui répond : « Remerciez-en Crispi, 
un bien habile entremetteur » . Ailleurs , il 
chausse la grande botte italienne, et à Crispi 
qui lui demande si cela va, il répond : « Comme 
un gant ». Autre part, l'onjiperçoit un pantin — 
Crispi — dont la ficelle est tirée par Tinévitable 
personnage. » 

Bismarck est le maître, Crispi est un élève du 
père fouettard, de celui qui a su arriver à dresser 
toutes les chancelleries, tenant à leur usage 



N 



232 CRISPI EN CARICATURES 



magasin, d'incidents de frontières et de notes 
diplomatiques. Crispi est même un élève docile, 
intelligent, absolument hors ligne. Il copie servi- 
lement, mais il copie bien : bon papier, bonne 
encre, bonne écriture. Là où l'ogre du Nord avait 
écrit : « Incident de Pagny-sur-Moselle — Inci- 
dent de Raon-sur-Plaine », le renard du Sud met: 
« Incident de Florence — Incident de Modane », 
et le tour est joué. 

-On avait eu les « Bismarckiades »de HerrPrinz 
von Bismarck, on a les « Crispinades » del signor 
Crispi Crispino. 

Bismarck joue du fusil à aiguille, Crispi pince 
de la guitare. Il attire le chaland, tandis que le 
maître reste derrière la coulisse, observant l'effet 
produit par les exercices variés de son « meilleur 
élève ». 

Donc, deux points caractéristiques sont à 
observer dans l'imagerie française : d'une part 
peu de Crispi sans Bismarck; d'autre part un 
Crispi particulièrement italien, si ce n'est^ comme 
type, du moins comme costume, comme attributs. 

Notre caricature n'a pas seulement vu le Bis- 
marck international, elle a vu quelquefois le chan- 
celier de l'Empire allemand dans ses démêlés 



234 &RISPI EN CARICATURES 

intérieurs, dans ses différends avec le Reichstag; 
Bismarck remplit à lui seul le sujet; il peut se 
passer de tout accessoire; son Monographie n'a 
pas que des compositions de fantaisie, mais aussi 
des portraits-charge. 

Crispi ne vient sous le crayon de nos dessina- 
teurs que lorsque surgit un incident quelconijua 
du côté de la frontière italienne : Massouah, Zula, 
Tripoli, affaires tunisiennes, algériennes ou ma- 
rocaines. 

En 1877, lors de sa tournée à travers TEurope, 
il vient à Paris, il a une entrevue avec le Dieu 
du jour, Gambetta. La caricature, il sembla, va. .- 
s'enaparer du personnage, d'autant plus que si ' 
deux augures ne peuvent se regarder sans rire, 
deux Italiens, si ce n'est de nationalité, du moin»;^ 
de race et de caractère, ne peuvent s'entretenir des 
moindres affaires sans jouer au plus fin. Ouvrez 
lei5 journaux quotidiens ils annoncent « l^éne- 
ment », à grands renforts de « manchettes »; par-- 
courez les illustrés il n'y a rien : ni portraits, ni 
images satiriques. Et pourtant la conversation 
entre le Génois^Niçois et le Sicilien méritait quel- 
ques coups de crayon. Ce croquis à la plume de . 
M. Narjou^ le démontre suffisamment : 



CARICATURES FRANÇAISES SLR CRISPI 237 



«^Gambetta parla beaucoup. Il s'efforça de 
convaincre Crispi des avantages d'une république 
italienne, d'une république espagnole, et d'une 
triple alliance latine. Crispi se dérobait, non que 
ridée lui déplut.... pour l'avenir; mais le promo- 
teur de l'idée l'inquiétait. A la fin, fatigué, dit-on, 
de l'insistance avec laquelle Gambetta se mettait 
en avant, prenait la première place, le reléguant 
à la seconde, tranchait du maître et décidait toutes 
choses, Crispi coupa court à l'entretien par un 
mot dur, don^l'aulhenticité n'a pas, du rester-été 
établie. » 

Pourquoi ce silence? Peut-être faut-il l'attri- 
buer à un mot d'ordre venu d'Italie, donné par 
ses ennemis et complaisamment suivi en France. 
Peut-être la méfiance est-clle à l'ordre du jour 
vis-à-vis d'un personnage dont on ne connaît pas 
encore les sentiments intimes? Quoi qu'il en soit, 
le voyage de Crispi ne laisse aucune trace dans 
l'imagerie française. 

J'ai dit que Crispi n'apparaissait presque 
jamais seul. Le portrait-charge de Luque en est 
la meilleure preuve. 

Le voici, en effet, gesticulant et sautillant, mon- 
trant le poing, laissant tomber des mains énormes. 



N 



238 CRISPI EN CARICATURES 

véritables boulets, le regai:d irrité, et prêt à se jeter 
sur Tennemi. Très brave, très arrogant parce 
qu'il se sait en sûreté, car c'est derrière le casque 
prussien, immense coupole à pointe, posée par 
terre, qu'il exécute sa mimique expressive. Pas 
besoin de Bismarck, ses armes parlantes sont là. 
Mais ^e t'avise point, seigneur Crispi, de coiffer 
Téteignoir ; sous ce casque gigantesque tu perdrais 
la tête... et le reste. En somme, portrait d'une 
merveilleuse exécution, fort ressemblant, le seul 
qui se puisse comparer aux têtes du Pasquino 
'T)u du Fischietto, 

J'ai dit que Crispi était, presque toujours, 
représenté en Italien. Une seule fois, Blass, pour 
me servir des propres termes de sa légende, lui 
« colle sur l'œuf » les trois cheveux de Bismarck; 
une seule fois, un autre caricaturiste a l'idée de 
planter le paratonnerre prussien sur son chapeau 
à plumes de coq. Au fameux banquet de 
Turin (1877) où il porta la santé de toutes les tête^ 
officielles, couronnées et autres, on lui met en 
main, en guise de verre, le casque germanique, 
façon assez originale de verser du Champagne dans 
une coupe sanglante. Mais, ceci noté, il apparaît 
invariablement costuùié en bersaglieri ou en 




iricBlaro do Blaas (Triboukr, » js 



^v 



CARICATURES FHASÇAISES SUR CRISPI 241 

brigand; calabrais, au tromblon évasé, au feutre 
conique orné de la plume de paon, suivant le type 
popularisé par les personnages d'opéra -coniîque. 
On est même surpris en voyant combien peu 
l'imagerie française a fait usage d'un^ ligure bien 




Le banquet de Turin. — Un brindisi à la Crispi, 
GMicature da Blase (TribauUl, 30 octobre IS87). 

en situation et qui devait si admirablement ré- 
pondre aux sentiments du public. 

Avec Crispi, comme avec Bismarck, les crayons 
et les journaux se montrent sous leur aspect 
habituel. Don Quichotte, Triboulet, Pilori, Sil- 
houette, Grelot font pour l'homme d'Etat italien ce 
qu'ils ont tait pour l'homme d'État allemand. Ils 
le caricaturent à leur point de vue personilel, sui- 
21 y 



242 • CRISPI EN CARICATURES 



/ 



vant leur esprit particulier, ne s'inspiranlK pas 
plus du type italien qu'ils ne s'étaient inspirés ^ 
jadis, du type germanique. Leur Crispi est plus 
ou moins ressemblant; la physionomie les inquiète 
peu. Ce qu'ils cherchent, c'est à traduire par le 
crayon, Tincîdent, l'événement politique du jour. 

• 

La botte italienne, la veste de Crispi, les crispi- 
nades du vieux galantin, autant de Ueux com- 
muns, souvent interprétés. Quelquefois, le premier 
ministre sera un des bouledogues que la Tri- / 
plice lance sur la France ; d'autres fois, costumé^ 
en Napolitaine, il dansera avec Bismarck, aux 
accords d'une Santa Litccia quelconque. 

Sous le crayon de Blass la composition sera 
toujours de bon ton; sous le crayon de Pépin elle 
ne craindra point les vulgarités. Moloch ira cher- 
cher la note africaine en nous montrant Crispi 
« peintre breveté, pour souverains », occupé à 
badigeonner, à passer au noir, son roi de prédi- 
lection. Faute de Ménélik, il faut savoir se con- 
tenter d« Dinah-Salifou. ' 

Dans toutes ces imagjes, la question financière 
apparaîtra souvent : on se complaît à représenter 
l'Italie appauvrie, ruinée par Crispi. « Tu m'as 
mis sur la paille, mon François, mais tu es 



CARICATURES FRANÇAISES SCB CRISPI 



beau, je t'aime quand même! » Ici, lejjictatcur 
sera en chanteuse des rues tenant à la main un 
papier sur lequel oq lit : « Nouvel emprunt italien 




CBriMtgrii da BLub {Trib^kt, 5 oclobre 18901. 

SOO millions. » — C'est « la cigale et la fourmi » 
de La Fontaine mise à la portée dos événements 
politiques — v Là, véritable bandit, chef de bri- 



246 CRISPI EN CARICATURES 

J _ , I _LJ'"-W.ll 1JI_ ■ 

gan^s, ygfié jusqu'aux dents, il dirigera person- 
nellement les opérations ayant pour but le cro- 
chetage de la banque de France. La caisse ou 
la mort! C'est le 1" naai des Etats ruinés par des 
dépenses excessives, succombant sous le poids 
des impôts et des charges sans cesse accrues. 

« M. Crispi a besoin d'argents II flatte la 
France et les opportunistes s'y laissent prendre. » 
— Telle est la légende d'une caricature de Blass 
sur laquelle figurent, à côté de l'homme d'État 
italien, des personnages français aux profils 
connus. Une des seules, si ce n''est l'unique de son 
espèce; car alors même qu'il se trouve mêlé 
à nos affaires, Crispi aura toujours pour parte- 
naire Bismarck ou Caprivi. N'est-il pas l'homme, 
la chose des chanceliers germaniques? Si^ par 
hasard, on le montre faisant la cour à la France, 
c'est toujours dans un but intéressé, parce que la 
vieille Gaule est le pays des gras pâturages et 
des coffres rebondis. Bouledogue lancé par la 
Triple-Alliance ou mendiant venant chercher nos 
sous pour rétablir l'équilibre des finances ita- 
liennes, ces deux faces d\x personnage seront 
les plus popularisées par le crayon des dessina- 
teurs. 



4^" ^ 


PU 


' w "^ï 


j^3l 


pf;/ 1 


9R 




S 




^ 


^ " ■ / 


. AM"W 



flùmorc*. — Comme un g»iit. 

CirieatuH de WilUtle {Iriioalel, IS dtosmbru ISBM). 



CARICATURES FRANÇAIS 



Dans cette caricature, la botte italienne, je l'ai 
dit, tient sa place et, naiûretlement, Crispi rem- 
plit l'office de cordonnier, à moins que la botte ne 
lui donne des preuves non équivoques de son 




mécontentement. C'était le sujet tout trouvé, le 
sujet qui s'imposait pour la démission : l'Italie 
envoyant promener, d'un coup de pied, ministre 
et marchandise. Mais auparavant déjà, Willette 
avait eu ■^'ecou^s à cette manière classique de 



250 CRISPI EN CARICATURES 

figurer la péninsule. En une composition aux 
allures symboliques, il a représenté Crispi chaus- 
sant Bismarck; un Crispi à la grosse tête, aux 
yeux rçveurs, à Tatlitude interrogatrice. Antérieu- 
rement aussi, Pilotell avait usé de la bot^é, 
transformant le ministre en chien docile qui 
apporte à son maître, féroce avaleur de provinces 
et de royaumes, l'objet convoité. Ce « Crispi, tu 
me bott^>4»» est bien le cri du gamin de Paris, 
toujours à Taffùt de quelque irrévérence, toujours 
prêt à lancer quelque pétard. 

Dessinateur et poète, Gilbert-Martin, chaque 
semaine, fait défiler sous les fourches caudines 
de son crayon et de sa plume, événements et 
hommes du jour. C'est ainsi que la « crispinade » 
se trouve représentée dans son Don Quichotte en 
une succession de planches coloriées. L'entrevue 
de Caprivi et de Crispi, Le terrible accident de 
M. Crispi, Après les jours gras, autant tle bons 
tableaux comiques. Ce n'est pas seulement un 
incident, un fait-divers illustré; c'est bien ï-éelle- 
ment la dramatisation, ^a représentation drola- 
tique d'un fait historique, en tenant compte du 
caractère particulier des personnages. 

Voici d'abord l'entrevue des deux ministres. 




Oricatnre de Oilberl-Unrtln (Don Qvieioltf.lb noTcmbre 1890). 



\ 



\ 



GARI€ATURES FRANÇAISES SUR CRISPI 253 

Ici, la muse de Gilbert-Martin va servir à expli- 
quer le crayon du même Gilbert-Martin. Un peu 
de poésie comico-légère ue messied point en 
pareil ^cas; surtout lorsque Tartiste joint à la 



verve du caricaturiste la verve de Técrivain, et a 
recours à la plume pour expliquer ce que son 
crayon ne pourrait rendre en une seule image : 



l'entrevue de CAPRIVI ET DE CRISPI 

Naguère quand dans sa puissance 
Bismarck trônait rogue et brutal, 
Gomme une idole qu'on encense 
II restait sur son piédestal, 

A ses pieds il voyait la foule 
Des adulateurs prosternés. 
Et les grands se roulaient en boule 
Sous ses talons éperonnés. 

Dans l'orgueil ayant pris racine, 
Jamais il n'aurait fait un pas 
Au-devant des courbeurs d'échiné 
Qui l'approchaient bien bas, bien bas.^ 

En ce temps-là, landerirette, 
Qui n'est pas éloigné de nous, 
Crispl, plus plat qu'une galette, 
N'osait lui parler qu'à genoux. 

Pauvre Grispi! sous l'œil du maître 
Il abritait son pavillon, 
Et son plus beau rêve était d'être 
Le sapajou de ce lion. 

Pour aller quêter son sourire 
Et lui baiser le bout des doigts, 
Avec transport le pauvre sire 
Eût grimpé jusque sur les toits. 

'22 



25i CRISPI EN CARICATURES 



Mais comme une étoile qui file, 
L'astre de Bismarck s'est éteint; 
Le monstre avait des pieds d'argile, 
Il n'est plus ni flatté ni craint. 

Perdu dans, un lointain nuage, 
Exilé dans un sombre coin, 
11 réfléchit sur le lâchage ' - 

Et montre vainement le poing. 

Son titre, son pouvoir, sa place, 
Un autre occupe tout cela; 
C'est C^privi qui se prélasse 
Aux lieux d'où Bismarck s'écroula. 

Et conformément à l'adage 

Donec eris fortunatus, 

CHspi lâche sans marchandage 

Bismarck, comme un vieux prospectus. 

Vive Caprivi! Quelle fête! 

Au moins celui-là, moins grigou, ^ 

Ne va pas, par vanité bête, 

Se poser en grand Manitou. ' 

Il sait rendre une politesse, , 

Et sans se croire compromis, 
Il arrive en grande vitesse 
Pour faire visite aux amis. 

Pour le coup, Crispi s'émerveille. 
Crevant d'orgueil, joyeux, ravi, 
Lui, le sapajou de la veille, 
Devient l'égal de Caprivi. 

Il étreint son hôte, il l'inonde; 
Et Caprivi, très esbroufTé, 
A toutes les peines du monde 
A ne pas en être étouffé. 

Bismarck, que sa disgrâce exile 
Et qui n'a plus qu'à se fouiller. 
Rirait bien de ce vaudeville. 
S'il avait le cœur à railler. 




CaricBlora ds Gilbert-Mirtio (Ain Quiehotle. ' février 1S9I). 



- \ 



) 



CARICATURES FRANÇAISES SUR CRISPI 257 



Mais, dans Timpuissance, il enrage 
De n'être plus qu'un soliveau, 
Et sur son douloureux naufrage, 
On le voit pleurer comme un veau. 

• ~^ Ch. Gilbbrt-Martin. 






Laissons Bismarck pleurer et Crispi triomphera 
Depuis novembre les événements ont marché. 
Caprivi, modeste violette, cachant sa grandeur 
dans une ohscurité propice, reste seul, dernier 
niinistre officiel de la Triplice. 

Après les jours gras, le carême. Les Italiens 
nous ont montré le ballon Crispi dégonflé ; Gilbert- 
Martin, lui, a trouvé le terrible accident arrivé au 
dit signor. N'a-t-il pas, lui-même, qui le croirait! 
crevé la grosse caisse à Taide de laquelle il 
faisait en Europe si formidable tapage. Et, dès 
lors, tout est enfoncé. 

Ecoutez l'histoire véridique et lamentable arrivée 
à un ténor italien trop grand admirateur de 
Wagner, ce qui, en politique, peut avoir les plus 
funestes conséquences : 

l'horrible ACCIDEiNT DE CRISPI 

Ciel! ô deuil! Est-il possible? 
En vain on en voudrait douter; 
Crispi, qu'on disait invincible, 
Comme un bouchon vient de sauter. 



/ 



258 CRISPI EN CARICATURES 

Suivant jusqu'à la fin la trace 
De Bismarck, qu'il singeait en tout, 
Il a plongé dans la disgrâce 
Et reçu le suprême atout. 

Pauvre Crispi! Sa grosse caisse, 
Avec quel zèle et quelle outrance 
11 la faisait ronfler sans cesse 
Dans le but d'embêter la France... 

Ce Jupiter de pacotille, 
Avec son tonnerre en fer-blanc 
Dégringolé comme une quille, 
N'a plus qu'à rester sur le flanc. 

Et j'offre comme mausolée 
A ce sous-Bismarck écharpi 
Une grosse caisse fêlée. 
Avec ces mots : Ci-gît Crispi! 

Donc désormais, fini de rire. Bismarck st 
Crispi, les deux compères des jours heureux, sont 
réduits à la portion congrue. Les voici — dernier 
acte — faisant piteuse mine devant un hareng. 

APRÈS LES JOURS GRAS 

Le Carnaval a clos son bec. 
Voici maintenant le carême 
Qui vient lui succéder, avec 
Sa mine longue et son teint blême* 

Après les galas savoureux 
Et l'abondante boustifaille. 
Les lendemains sont rigoureux; 
C'est le revers de la médaille. 

Ah ! certe ils ont longtemps duré - _ 

Les jours insolents de bombance 
Où von Bismarck s'est empiffré 
^ ' D'orgueil et de toute-puissance. 



; 




CiricstDre de CIlbeH-MirtiD (Osn Quichollr, M février IWl). 



•\ 



^ 



CARICATURES FRANÇAISES SUR CRISPI 261 



Il a duré longtemps aussi 
Le grand carnaval de cocagne 
Où Crispi, de niorgue farci, 
A singé l'ogre d'Allemagne. 

Mais pour ^abattre leur caquet, 
On leur* rogné la pitance; 
Tous deux ont reçu leur paquett 
Et font désormais pénitence. 

Autour des lugubres dîneurs 
Régnent le vide et le silence ; 
L'empressement des flagorneurs 
Ne survit pas à l'opulence. 

Plus de rampants valets de cour, 
Le bras armé d'une serviette, 
Et se disputant tour à tour 
L'honneur de les changer d'assiette. 

Plus d'encens, plus d'amis, "plus rien. 

Les revers sont impitoyables, 

Et de tout le prestige ancien 

Il reste, hélas! deux pauvres diables. 

destin louche et hasardeux. 
Quand on croit tenir la victoire! 
Un méchant hareng saur pour deux 
Est la morale de l'histoire. 



Bismarck lève un regard navré 
Sur son compagnon d'infortune, 
Et Crispi, défait, effondré, 
A l'air plus béte que la lune. 

Alors, dans le chagrin cuisant 
De ce qu'on leur fendit l'oreille, 
Tous les deux trinquent en disant : 
« A la nôtre, ma pauvre vieille! » 

Ch. Gilbbrt-M^in 






262 



CRISPI EN CARICATURES 



Fermons la parenthèse ouverte pour ce& rimes 
amu&antes empreintes d'un comique de bon aloi. 



• t !?!■ 




y ••■ 



LES QUATRE PHASES D'UN GEUF HISTORIQUE 

Composition inédite de Blas?. 

La verve de nos caricaturistes est loin d'être 
tarie, du reste. Voici Blass qui se présente, à 
nouveau, devant nous, non plus le Blass du Pilori 











^ 


^' -, 


7^^'ft 


L ' -' ""^-^ 




V 








'i - ' 






/ 


-,^.ç-. 


^ 


^'W 




>j^jp^ 


^ 


3^M 






H 


^K 


1 




i 


B 


eU 


Çr j^p*^^ 


^^^^ - 


"^^^^^^^ ~HK 




f„^£^ / 






T4 


^^■■'^ 


^E- '"-' 


^^ 'T j 




_ _ --,-*-t^ 


^"" ^-^7 


z^-^ 1 



Composition inédite d« Blaa: 



CARICATURES FRANÇAISES SUR CRISPI 205 



et du Triboulety anecdotier au jour le jour, mais 
un Blass inédit, trouvant une page nouvelle pour 
les fables de La Fontaine, ou gravant sur des 
œufs les traits du personnage historique aujour- 
d'hui plus tondu que la dernière des coquilles. 

Après les contemporains dans leur assiette, de 
Gill, pourquoi ne verrions-nous pas les contempo- 
rains d%Lns un coquetier? Que d'œufs à ^'^ober! 
chose, à vrai dire, plus facile jjuc ^41 s'agissait 
des personnages eux-mêmes. 

La grenouille et le bœuf ont été servis [i bien 
des sauces : il 4eur en manquait une, la sauce 
Crispi-Bismarck que nous donne ici le crayon de 
Blass. Combien ne serait-il pas curieux, à ce 
propos, de rechercher l'influence exercée sur 
l'image par les fables du bon La Fontaine, tant il 
est vi^ai que les choses humaines restent éternel- 
lement d'actualité. Celui que tenterait cette recher- 
che à coup sûr nouvelle, trouvera sur les deux 
animaux souvent anoblis une collection de des- 
sins extraordinairement riche. 

Que de personnages, en effet, ont été, depuis un 
siècle, ainsi transformés par le crayon des dessi- 
nateurs! Que de prédécesseurs de Bismarck et de 

Crispi ont ainsi défilé dans cette amusante galerie, 

23 



266 CRISPI EN CARICATURES 



jadis hommes d'État illustres, aiïjourd'hui par- 
faitement oubliés. Que de figures bien en place 
au second rang voulant se gonfler outre mesure, 
éclatèrent ainsi piteusement, finirent comme 
Crispi, pauvres grenouilles politiques, devant le 
bœuf à la mode! 

m 

Ici plus précis que la plume, le crayon paraît 
avoir vu juste : il donne dès aujourd'hui^l'appré- 
ciation que, par la suite, Thistoire portera sur le 
personnage dont les emphatiques déclarations 
mirent plus d'une fois l'Europe en joyeuse 
humeur.. 

Du Capitole à la roche Tarpéienne! Le voyage 
classique pour les hommes d'État dégommés, sur- 
tout lorsque leur lieu de séjour est Rome. On peut 
s'y rendre en omnibus tout aussi commodément 
que de la Madeleine à la Bastille, écrivait jadis le 
TintamaiTe, mais le retour ne paraît pas s'effec- 
tuer d'une manière aussi facile. Crispi vient, à 
ses dépens, d'en faire l'expérience. Après avoir si 
longtemps attendu l'appel de son numéro, après- 
avoir vu passer devant lui, au grand complet, 
tant de chars ministériels, il avait, enfin, escaladé 
les marches qui conduisent au summum des hon- 
neurs, mais les hauteurs sont traîtresses à ceux 




Csrisalure de Blasa (Triboulel, S r^vrier ISeï), 



268 CRISPI EN CARICATURES 

qui craignent le vertige, et la plate-forme de la 
gloire est étroite, si bien que, patatras, voulant 
toujours monter, Crispi tumbavit et feùit pouf! 
Adieu triples portefeuilles, honneurs, privi- 
lèges ! 

Histoire lamentable crayonnée non sans humour 
par Moloch en quatre petites images qui pour^ 
raient servir de leçon à tous les hommes d'Etat 
présents ou futurs, et qui nous donnent un Crispi 
au sourire narquois, à Tœil fin, à l'attitude très 
italienne. 

A ce Crispi bon enfant et quelque peu « far-, 
ceur » succède le Crispi dégommé tombant.sous 
le coup des accusations qui atteignent assez s6u-. 
vent les hommes politiques déchus, encensés 
outre mesure durant leur période de toute-puis- 
sance. 

Voici donc, après le Crispi des jours gais, un 
Crispi de mélodrame courbant la tète sous les 
foudres que lui lancent ses ennemis. Il était 
blanc, il était lumineux; le voici noir, sombre et ■ 
plein d'effroi. Lui, mis en accusation ! Lui, le grand 
patriote qui a tant fait pour son pays, lui qui fut 
en quelque sotte l'éducateur, l'inspirateur de tous 
les héros de Tindépendance ! Tant de noirceur 



'§ ' 



«tf 



/ 



CAItUTCKZs Ti^y^-àlrîr • 



ÏTI 



entre-l-elle daBsFkiBt Lvmân:'. tjts'j^. :<s '.-':«- 
çoit qu'il recule iffm^iaiié- 

Tel est l~boiHiBe tu ytr TjaLas*T)t irKj^âs^. vÀt 
tui cours des «rént- 
meots, soil aprêç 
coup, al<HS que k 
craroD n'étant pinç 
serré de prés par 
l'actualité, pent snt- 
thétiser, résomer 
ses impressions en 
une seule forme 
graphique. 

09 reste l'imaee 
n'entend . pas uni- 
quement annoter les 
événements au jour 
le jour; maniée par 
des hommes d'ob- 
sen'ation elle vise plus haut, elle prétend, elle 
aussi, dégager l'idée générale des choses. C'est, eu 
quelque sorte, la philosophie de l'art sous sa 
forme- satirique, le droit à la pensée graphique 
réclamé contre ceux qui voudraient faire du 
crayon un simple amuseur sans portée. 




272 CRISPI EN CARICATURES 

' / 

Certes cet esprit de généralisation n'est pas 
donné à tout le monde, mais il ne reste jamais 
sans interprète dans le pays qui a eu Daumier, 
Gavarni, Grandville, Cham. Et ici je trouve Tiret- 
Bognet dont les compositions sur Crijspi, Bis- 
marck et la Triple- Alliance, véritables tableaux 
satiriques, peuvent être comparés à des articles 
savamment étudiés. 

Le dessinateur a vu en artiste et en philo- 
sophe; entre ses mains le crayon est devenu une. 
arme puissante et pleine d'esprit — ce qui ne nuit 
jamais — dirigée contre le vent guerrier souf-. 
flant à la fois du pays de Luther et du pays de 
Dante, contre Taccumulation des canons ,^des^ 
obus et autres engins de destruction. Indirecte- 
ment, il se trouve répondre aux attaques de l'ima- 
gerie italo-germanique, à ces attaques mention- 
nées ici même tendant à faire passer la France 
pour l'alliée du cléricalisme. 

Homme de progrès, il met à nu le complot 
tramé par la Triple- Alliance monarchique contre 
la liberté des peuples, il démasque les bons amis 
de la paix tenant leurs assises secrètes autour 
d'un tonneau de poudre, il montre Bismarck et 
Crispi s'entendant comme larrons en foire pour 




Caricature de Tiret-Bo^et {Petil Nalianat, août 1388). 



CniSPI EN CARICATURES 



prendre les faibles au trébuchet. Le chancelier de 
la Mort estime que les souricières doivent être 
ouvertes et non fermées, le monde étant peuplé 




de gogos faciles à attraper, et il élève dans ces 
principes son jeune ami Crispi, fort attentif au 
spectacle qu'il sait devoir lui être donné. 
Tiret-Bognet a fait ainsi de Bismarck une 




CoDipositioD inédite ds TireL-Bognni. 



V 



CARICATIKES FRANÇAISES SUR CRISPI 277 

manière de colosse, osant de sa prestance pour 
enjôler la jeune Italie, la cajolant, la prenant sur 
ses ^enoox, lui donnant à goûter aux ivresses de 
la pipe germanique. 

Vovez-le enlaçant à la taille la svelte Romaine : 
on dirait Faust et Marguerite à travers les 
champs, non pas ceux de la légende, mais des per- 
sonnages rouveaux incarnant en eux les passions 
et les idées du jour. 

Bismarck-Satan, esprit infernal, représentation 
vivante du mal sur la terre, tel apparaît celui qui 
nous a ravi notre amie, notre alliée de Magenta 
et de Solférino. Du reste rien de blessant pour 
cette Italie au cœur volage, cette vraie dona 
mobile en laquelle le zouave des jours de gloire 
reconnaît son « ancienne ». 

Italia fara da se : soit, mais alors, pourquoi se 
ranger sous Torbite de Togre germanique! 

Quoi qu'il en soit, c'est dans les belles compo- 
sitions de Ïiret-Bognet qu'il faut voir lQ^véritaJ)lc 
esprit français, hostile non pas à l'Italie, mais 
aux politiciens oublieux dii passé ayant fait entrer 
le pays dans cette constellation de la « Triplicc » 
qui lui coûte si cher en argent et en honneurs. 

Tout cela pour pouvoir parader autour de l'Ourse 

24 



CmSPI E,N CAKICATL-BES 



majeure, pour s'entendre appeler puissaDce pré- 
pondérante, pour faire parlie de la ligue des 
potentats européens! 

Loin d'oublier en quoi que ce soit le passé. 




c'est, au contraire, au passé que fait appel le 
crayon de Tiret-Bognel. 

A l'Italie entraînée malgré elle dans une voie 
contraire h son développement bistorique, il 
oppose l'Italie d'autrefois si foncièrement fran- 
çaise, et devant Crispi, conscrit prussien, s'en 
allant, piteux, son casque sous le bras, il plante 
(iaribaldi tenant fièrement en main ce drapeau 




ComposiUoD ioédili de Tiret-Bognel. 



CARICATURES FRANÇAISES 



281 



qui n'est pas un inconnu pour nous, 1c drapeau 
à la noble devise : « En avant l'Italie pour l'huma- 
nité! n le drapeau des peuples et de la solidarité 
internationale. 

1890 ne pouvant, malgré tout, effacer dans les 
cœurs français 1 839 et 1 8*70 : voilà le sens, voilà la 




portée des images ici reproduites. Elles montre- 
ront au moins à l'Italie que les esprits distingués, 
que les crayons individuels tiennent à repousser 
- toute solidarité avec les barbouillages sans nom 
de certaines feuilles... publiques. 

Bismarck et Crîspi, tous deux se sont-ils assez 
joués de nous! Tous deux ont-ils assez tendu 
pour nous la corde des provocations, agité le petit 



\ 



282 CRISPI EN CARICATURES 

jeu des incidents de frontières I Guignol-Bismarck 
qui n'est un secret pour personne, même pas 
pour les Italiens, puisque le Fischietto en a sou- 
vent montré les poupées. 

A notre tour, jouons avec leur tête : si « jeu 
de main est jeu de vilain », du moins cette façon 
de toucher aux profils augustes sera bien inno- 
cente. Elle ne fera tomber aucune tête avant 
l'heure et, grâce au génie inventif de Trewey 
« Tombrophile », les enfants pourront s'amuser à 
silhouetter sur la muraille Bismarck et Crispi. 

Bismarck et Crispi, du temps de leur toute- 
puissance deux points noirs à l'horizon; aujour- 
d'hui, de par Trewey dont les doigts habiles 
tiennent en main toutes les célébrités, deux pro- 
fils du royaume des ombres ! 

Crispi ne saurait s'en plaindre. Lui qui aimait 
tant son ami Ménélik, fatalement devait finir en 
figure du noir continent. L'histoire ancienne avait 
Scipion l'Africain : l'histoire moderne possédera 
Crispi le Négus. 



XI 

\ 

QUELQUES CARICATURES ÉTRANGÈRES 



Crispi sous le crayon des caricaturistes allemands, autrichiens, 
suisses, anglais. — Vignettes du Kladderadatsch. — Com- 
ment les Viennois représentent le chancelier de fer. —Crispi 
et le Nebelspalter. — Le Crispi gentleman des Anglais. — 
On demande une caricature africaine. 



L'Italie est une « grande puissance », je le veux 
bien, d'autant que cetfè grandeur lui coûte assez 
cher pour ne pas rester purement fictive ^ mais il 
ne faudrait pas en conclure que Crispi est un 
homme universel, car en dehors de Tltalie et de 
la France, sa personnalité paraît avoir peu occupé 
l'image. Contrairement à Bîsmarck il reste local, 
ce .^ui caractérise bien son rôle : personnage 
dirigé et non dirigeant. Quant à sa notoriété fran- 
çaise, elle provient de ce fait que la France a vu 
en lui un ennemi. 

Donc qu'il cherche à étonner le monde par ses 
actions d'éclat — un mythe comme le fameux plan 
Trochu — ou qu'il voyage ^ travers les capitales 



284 CRISPI EN CARICATURES 

européennes, à Vienne ainsi qu'à Berlin, il reste 
inconnu. De-ci, de-là, une petite vignette et c'est 
tout. 

Le voici aux côtés de son souverain, dans la 
capitale du nouvel empire allemand. Il a assisté 
à de^' fêtes, à des entretiens. officiels, on lui a fait 
des ovations. Bismarck, coram populo^ lui a serré 
la main. Bien certainement, les journaux vont au 
moins lui consacrer quelques vignettes allégori- 
ques. Ouvrez Kladderadatsch, Ulk, Berliner Wes- 
pen, Lustige Blœtter, rien : pas le moindre petit 
Crispi, pas le plus petit fond de chapeau conique. 
Le moment n'est pas à la caricature, il est vrai; 
mais l'allégorie, elle, ne perd jamais ses droits. 
Donc, ce silence peut paraître singulier, 

La vérité c'est que Crispi pèse peu dans la 
balance de la Triplice. 

Quelques vignettes du Klndderadatsch sont, 
cependant, particulièrement intéressantes, d'abord 
par leur facture aujourd'hui très artistique — des 
bois traités avec grand soin — ensuite par la par- 
faite ressemblance du personnage, soit qu'on le 
costume en brigand plus ou moins calabrais, soit 
<ju'on l'habille en fonctionnaire prussien. On ne 
saurait moins faire pour un ministre de la Triplice. 



ARlCATU/fiES ÉTRANGÈRES 



Chose assez caractéristique, les dessinateurs 
allemands le placent rarement aux côtés de Bis- 
marck, et, fait plus singulier, ne le représentent 
jamais ai^ prises avec la France. En revanche, 




on verra, à propos des affaires africaines, appa- 
raître Crispi et l'Angielerre ; uij côté que les 
caricaturistes français ont absolument négligé. 

Partout aussi, se montrent l'inévitable botte — 
on ne peut y échapper — et, «quelquefois, les sou- 
venirs garibaldiens, allusions aux principes de 
l'ancien Crispi, brûlant en 1890 ce qu'il adorait 
en 1860. C'est à cet esprit que répond la vignette 



286 CRISPI EN CARICATURES 

du Kladderadatsch, le tout-puissant ministre se 
précipitant lui-même à bas des escaliers. Ceci vise 
du reste Fexpulsion du journaliste Grûnwald cor- 
respondant de la Frankfurter Zeitung — organe 
anti-bismarckieji — qui, comme ses confrères du 
Figaro et de Y Agence Havas, ayant déplu au die- 
tateur, s'était vu signifier un arrêté d'expulsion. 
Le Kladdei^adatsch, en un amusant 
article, concluait que le véritable ex- 
pulsé c'était Crispi^ouffletant ainsi 
tous ses principes libéraux 
d'autrefois, les jetant par- 
dessus bord avec une dé-e 
sinvolture sans exemple, 

après avoir, au préalable, crispise mettant lai-H.ême à 

bandé les yeux à la Justice ^ p°/^" (Cest-à-dire donnant 

J — -^ lui-même un démenti a ses 

et à la Liberté. principes). 

[Kladderadatsch^ avril 1890.) 

D'Allemagne passons en 
Autriche, Les journaux à grandes caricatures co- 
loriées paraissent ne s'être guère souciés du 
signor Crispi, et rarement, bien rarement, le spiri- 
tuel Figaro — noblesse oblige! — lui accorde 
quelques petites vignettes, quelques petits sujets 
d'actualité. Mais ici, Juch tient le crayon et l'on ' 
sait avec quelesprit, avec quel sens esthétique il 




CARICATURES ETRANGERE 



manie cet outil, entre ses mains toujours arme 
redoutable. Juch qui a trouvé pour représenter 
certains personnages nombre de créations amu- 
santes et typiques appartenant dès aujourd'hui 
à l'arsenal de la caricature, nous montre quel- 
quefois aux cdtés du ministre italien un singulier 
chancelier de fer; et ce 
bonhomme a obtenu un 
tel succès que les gamins 
de la cité du Daoube 
s'amusent à le charbonner 
sur les murs, comme les 
gamins de Paris crayon- 
naient, autrefois, la poire 
Louis-Philippe. 

Le chancelier de fer se ("sa'", novembre is9o.) 

changeant en poêle de fer, ce n'est pas seule- 
ment une ressemblance fortuite, c'est encore une 
piquante allusion à la réalité, d'autant plus que 
ce poêle personnifie à la fois l'homme et la"fonc- 
tion. Après Bismarck, Caprivi. Quelquefois aussi 
ce poêle prend tournure; il se donne des gestes 
et des attitudes ; des points viennent animer la.-- 
physionomie, et alors le chancelier de fer s'huma- 
nise. Crispi l'homme fort, le plous pouissant 




L'Entrevue de Milan. 



CRISPl EU CARICATURES 



homme d'État du monde, soulève le poèlc comme 
une plume légère. Au besoiif il jonglerait avec, 
donnanl ainsi devant l'Europe étonnée, une repré- 
sentation de gymnastique diplomatique. 

Comme indication générale l'on peut dire que 
les quelques rares cari- 
catures relatives aux 
affaires italiennes trou- 
vées dans les journaux 
autrichiens ne sont fa- 
vorables ni à Crispi ni 
à l'Italie. Le person- 
nage n'est guère prisé 
et le pays parait tou- 

Yieui rfll6 de mopdiMte. , jOurS SB SOUVeuir quC 

[J^ijaro, 7 février 1891.) 

la monarchie piémon- 
taise s'est constituée aux dépens de l'Autriche. 
La Suisse, qui s'occupe assez souvent de l'Italie 
— elle ne saurait oublier l'irrédentisme dont les 
vues menacent le Tcssin — a toujours fait preuve 
dans ses caricatures d'une sympathie fort modérée 
à l'égard du « trois-poils >> italien, don Ciccio. 
Étant pour la liberté des peuples, elle ne pouvait, 
cela Ta de soi, se montrer favorable aux meneurs 
de la Triple- Alliance. Le Nebelspalter,' dont le» 





(,!ieliellpaller, 7 sepleœbi^ ISSS.) 



^ 



caricatures obtinrent ici-même, l'année dernière, 
un si grand succès, et dont les dessinateurs ne 
manquent ni d'esprit ni de talent, a consacré plu- 
sieurs grandes pages à la néfaste politique de sa , 
voisine. Le Crispi vu par les crayons helvétiques 
est toujours d'une ressemblance assez exacte quoi- 




Les célébrités du jour. 



que le visage soit un peu bouffi, quoique la phy- 
sionomie générale soit empreinte de la bonhomie 
particulière aux hommes d'État suisses. Combien, 
à ce propos, ne serait-il pas curieux pour un 
obseiMHteur, de rechercher tes rapprochements 
existant entre les types italien, suisse et savoisien^ 



292 CRISPI EN CARICATURES 



tous trois étant personnifiés par la grosse mous- 
tache tombante! 

Souvent le Nebehpaller a été caustique à l'égard 
du « signorini Grispi » qu n aime à représenter 
en petit bambin tenu à la main par Bismarck, le 
grand précepteur et « éleveur de ministres ». 
Quand on lança le canard d'une entrevue Carnot- 
Crispi, il publia une caricatufe — Carnot tendant, 
de la Corse, la main à Crispi — au-dessous de 
laquelle se lisait la légende suivante : 

Crispi. — Êtes- vous seul, mon cher Carnot? 

Carnot. — Non, j'ai quarante journalistes à mes 
trousses; mais ne vous effrayez point, je les ai 
lâchés. 

Celte « Crispini-carnotade » finit comme elle 
avait commencé, par la chasse aux... canards. 

Dernier Crispr: le grand homme de la Trinacrie 
vu parles Anglais. J'ai déjà fait observer à propos 
de mon Bismarck en 'Caricatures combien peu 
rimage anglaise s'occupait des personnages étran- 
gers, quelle que soit leur renommée, tant que 
ces personnages n'intéressaient pas d'une façon 
directe la politique britannique. Je ne reviendrai 
pas sur ce point. *^ 

m 

Deux ou trois têtes, quelques vignettes relatives 



CARICATURES ÉTRANGÈRES '293 

aux affaires africaines, tel est le bilan de la cari- 
cature anglaise sur Crispi, caricature fort bien 




dessinée, comme le] montreront à nouveau les 
images ici reproduites. 

Le Moonshine s'est, entre tous les journaux, créé 



294 CRISPI EN CARICATURES 

une spécialité des grandes pages consacrées aux 
célébrités — petits croquis toujours amusants — 
et des portraits-charge publiés sur la couverture 
même dans un croissant-omnibus. Ces derniers 
constitueront dans leur genre une collection 
absolument unique, aussi précieuse pour la phy- 
sionomie des hommes politiques, que les grands 
portraits en couleur de la Vanity F air on de la 
Revue Illustrée. Ces portraits à peine chargés 
rappellent par plus d'un point les contemporains 
de Gill mis dans leur assiette. 

Tel est donc le comte Crispi dessiné par les 
Anglais — plus rien, on le voit, de don Giccio ou 
de Giispino — toujours correct, toujours parfait 
gentleman, même aux côtés de Garibaldi; un 
Crispi habillé à la dernière mode, coupe bri- 
tannique, conservant cependant une physionomie 
bien personnelle quand il figure en intimité avec 
le bouledogue germanique. Prenez mon vin, 
goûtez ma bière! Echange de bons procédés, 
politique internationale, fruit de la Triple- 
Alliance ! 

Si Crispi n'a pas fait comme Bismarck le tour 
du monde, il peut se consoler en songeant que, 
partout, il a été apprécié à sa juste valeur . II. ne 



CAHICATUBES ÉT[IA^GË[IES 295 

manque à sa célébrité qu'une seule chose, diffi- 
cile à trouver, malheureusement, une caricature 
africaine. 

Fuïssc-t-il la rencontrer! Ménélik veuille la lui 
fournir 1 




{KhdJemdaltch. déoei 



/' 



/ 




DOCUMENTS POUR SERVIR A L'ICONOGRAPHIE 
DE CRISPI 



PORTRAITS-CHARGE 

Fortrait-charge par Luqus dans ■ la Caricature ■ 

{3 novembre 188B). 

Portrait- charge dans le - Hoonshine ■ de Londres 

(1" septembre 188S). 



FRANCE 



[Carlcaliirea de Blass et Roland). 

30 octobre 1881. Le banquet de Turin. Va brindisi à la Crispi, 
— par Blass. (Voir page 341.) 

8 janfier 18S8.- la Posture de Tejsserenc de Borl, Il signor 
Crispi : Monsieur l'ambassadeur de la République, je proroge 
»o Ire traité de deux mois, c'est loui ce que je peux faire pour 
vous, — par Blas9. 



:298 CRISPI EN CARICATURES 



15 janvier 1S88. La Révocation du duc de Torlonifi, syndic de 
Boîne. Crispi : L'excellentissima signor duca doit savoir qu'on 
ih'est pas impunément l'ami du pape. Allez-vous-en! — par 
Roland. 

22 janvier 1888. Marianne : Vous avez beau, signor Crispi, 
vous coller sur l'œuf les trois cheveux de Bismarck, vous ne 
serez jamais, à mon sens, un homme à poil, ^ par Blass. (Voir 
page 238.) 

26 février 1888. Marianne aux triples alliés : Ouvrez donc 
l'œil, mes petits vieux! vous allez voir que mon ours mosco- 
vite exécute le maniement d'armes mieux qu'un soldat prus- 
sien. 

4 mars 1888. Le Jouet de l'Année (Bismarck faisant tourner, 
-entre deux remparts de baïonnettes, une roue sur laquelle se 
trouvent Crispi et John Bull), — par Chassegal. 

15 juillet 1888. Crispi : Casus belli Ttiboulet : Oui, il caso ë 
bello..., par Roland. (Voir page 30a?)> *^ 

12 août 1888. Triboulet : Tu as de la chance d'avoir afîaire à 
Ja R. F. C'est avec ça que mon roi répondrait à tes provoca- 
tions, — par Roland. (Voir la planche ci-Contre.) 

19 août 1888. Dansons! Dansons! La Francepaiera les violons! 
(Bismarck dansant avec Crispi costumé en Italienne), — par 
Roland. 

2 septembre 1888. Crispi : Dis-moi donc, je te prie, 6 Moïse, 
comment tu 't'y es pris pour te tirer de la mer Rouge! — 
par Roland. 

16 septembre 1888. Une leçon de mandoline chez M. de Bismarck, 
Attention, ou je tape sur les doigts. (Voir page 228.) 

16 décembre 1888. Bismarck chaussant la botte italienne que 
lui essaie Crispi, — par Willette. (Voir page 246.) 

n mars 1889. La dernière veste du signor Crispi. Est-ce bien 
la dernière?... — par George Coutan. 

2 juin 1889. {.Le roi d'Italie part pour Berlin avec Crispi» 
2. A leur arrivée ils prennent la livrée de la maison de Hohen- 
zollern. 3. Pour égayer l'Empereur et Bismarck ils jouent des 
airs napolitains. 4. Rentrés à Rome ils passent une revue de 
leurs troupes, qui leur tournent le dos, — par Guydo. 

5 octobre 1890. Ce bon monsieur Crispi. Bas les pattes! vos 
•crispinades sont trop intéressées, vieux galantin ! — par Blass. 
(Voir page 245.) 

8 février 1891. Voyons^ Crispiy vous n*avez donc plus d'atout? 
(Crispi et Bismarck jouant aux cartes), — par Blass. (Voir 
page 266.) 




Triioulel. — Tn as de la ctaince d'avoir sITaire i Is République Fra>n- 
{tiie. C'est STBc jb que mou toi répoudrait à tes proTocalions. 

CurioatUTe de Roluod' (Triboulet, 13 août 1S88). 



300 CRISPI EN CARICATURES 



15 février 1891. La politique de Crispi, — par Blass. 

22 mars 1891. Le Krach Crispi, Pourquoi se plaindre? Voici 
un actif assez respectable (Crispi s'en allant avec un sac d'écus, 
et laissant à son successeur des têtes de morts), — par Blass. 

LE PILORI (Caricatures de Blass). 

22 janvier 1888. Politique italienne, (Voir page 224.) 

12 février 1888. Kss, Kss^ Kss. (Bismarck lançant Crispi et 
rAutriche en chiens sur la France et la Russie.) ^ 

29 juin 1890. La quadruple alliance. L'AHemagn^ embrasse 
l'Angleterre, l'Angleterre embrasse l'Autriche, l'Autriche em- 
brasse ril6die,c'est le quadruple baiser de la quadruple alliance. 

o octobre 1890. Aumône à Crispi. M. Crispi a besoin d'argent; 
il flatte la France, les opportunistes s'y laissent prendre. 
(Voir page 242.) 

8 février 1891. La chute de Crispi. En moins d'un an, Bis- 
marck et Crispi par terre, ça va mal pour la Triple-Alliance, 
7— par Vignères. 

LE DON QUICHOTTE (Caricaturcs de Gilbert-Martin). 

25 février 1888. Il signor Crispi. (Bertrand et Raton.) 

15 juin 1889. Le concours international de Gymnastique. 
Bismarck sur le trapèze, tenant Crispi entre ses dents.) 

19 avril 1890. 1^ dernier exploit du signor Crispi. (Crispi 
expulsant d'Italie le corresprwidant de V Agence Havas et celui 
de la Frankfurter Zeitung.) 

18 octobre 1890. Le discours de M. Ci:ispi. (Crispi, sur une 
branche d'arbre, présente un discours à lu France en lion, à 
l'Italie en loup, au pape en renard.) 

14 février 1891. Après les Jours gras : Bismarck et Crispi. 
(Voir page 258.) 

LA SILHOUETTE {Coricatures de Moloch). 

8 juin 1890. Crispi faiseur d'empereurs!!! Encore un petit 
coup de pinceau, et, comme empereur africain Votre Majesté 
f>ourra faire la pige avec Dinah-Salifou. 

10 août 1890. Métempsycose politique. (Crispi figure dans 
une planche de transformations.) 

30 novembre 1890. Les élections italiennes. L'Italie : Oh! mon 



y 




CuicBtare da Halind ITriboiilel. 15 juiUet tSSSj. 



302 CRISPI EN CARICATURES 



Crispi, tu m'as ruinée, déconsidérée, et je meurs de faim. 
Mais je te trouve beau et je t'aime. 

8 février i89i. Cinspilotade : La botte de Damoclès. (Voir 
la planche ci-contre.) 



LA NATION, journal quotidien {Caricatures de Gilbert-Martin), 

?5 février 1888. L'élève fait honneur à son maître. Bravo, mon 
petit Italien, voilà qui est déjà pas mal. encore un peu d'ap- 
plication, et ça y sera tout à fait! Incident de Florence. (Voir 
page 232.) 

1888. Tous deux bien logés. Une barrière, deux barrières, il 
n'y a pas comme ça pour faire aller le commerce! Quand les 
grands font des sottises, c'est « Populo » qui les paie. Bravo, 
signor Crispi! 

LE CHARIVARI. 

25 avril iS^O^Crispi e la comare. Frère... il faut mourir! (La 
mort montrant à Crispi les tombes d'Andrassy et de Tisza), — 
par Draner. 

a octobre 1890. Monsieur Crispi..., il y a un journaliste 
français qui vient interviewer monsieur. 

— Français!... donnez-moi un képi!... (Crispi est encore coiffé 
du casque allemand, il vient sans doute de recevoir un en- 
voyé d'Allemagne ; dans le fond on voit plusieurs uniformes 
de rechange), — par Henriot. 

21 octobre 1890. Cris pi-Crampon. (L'opinion publique arra- 
chant Crispi qui se cramponne au fauteuil de la présidence), 
— par Baric. 

16 février 1891. Rudement sec, votre macaroni! 

— Monsieur, c'est son espèce : le macaroni Crispi... ainsi 
nommé parce qu'il ne veut pas filer. 

23 février 1891. H me semble qu'on applaudit mon succes- 
seur. 

— Qu'est-ce ça peut vous faire, signor Crispi î Aplati comme 
vous l'êtes, vous devriez bien sentir que vous ne remonterez 
jamais sur la corde. (Crispi, costumé en saltimbanque^ des 
bandages au bras et à la jambe, regarde un danseur de corde 
qui tient un énorme portefeuille en guise de balancier. Sur une 
affiche on lit : Théâtre politique. La Triple-Alliance. Exercices 
d'équilibre financier), — par Draner. 



^ 




Crispilotade. 
Li botte de Dumoclès. 
Caricature de Molocb (£a SithoutlU, 8 «mer 1891). 



304 CRISPI EN CARICATURES 



« 



LA BOMBE. 

2 juin 1889. L'Arme au pied. (Crispi et Humbert en chiens 
que l'empereur d'Allemagne lance sur un gâteau de Savoie et 
sur un bouquet de violettes de. Nice. Un squelette revêtu de 
l'uniforme français sort de dessous terre tenant à la main un 
papier sur lequel on lit : « C'est le sang français versé à 
Magenta, Palestro, Solférino, etc., qui a fait ton trône en fon- 
dant l'unité italienne »), — par Paul de Semant. 

LE GRELOT {Carîcatures de Pépin), 

4 mars 1888. Un Quiproquo, ou la grande colèrede « il Rufiano 
Crispi-n. (Crispi conduisant derrière lui à la frontière française 
un groupe de femmes. Sur un écriteau on lit : Douanes fran- 
çaises. Impôt sur les génisses italiem^es : 30 francs.) 

15 octobre J888. Guillaume II au pays des r..... (Crispi y 
figure). 

30 juin 1889. La Triple- Alliance à l'Hippodrome. Comment 
cela finira-t-il? (L'Autriche en cheval ayant sur son dos l'em- 
pereur d'Allemagne en lion; Crispi en ch4en; derrière, Bismarck 
en écuyer.) 

17 novembre 1889. La cigale et la foutvni. (Crispi, en chan- 
teuse des rues, tenant à la main un papier sur lequel on lit : 
Nouvel emprunt italien, 500 millions. Derrière lui, Bismarck, 
en chiffonnier, vient demander l'appui de la France.) 

15 février 1891. Au^ grands maux les grands remèdes, (Crispi, 
en chef de brigands, assistant au crochetage de la Banque 
de France.) Légende : Désormais il ne nous reste, et nous ne 
sommes pas les seuls, étant donné la situation actuelle, qu'une 
porte de sortie : déclarer la guerre à la France, prendre ses 
coffres-forts d'assaut ou faille faillite. {Gazette de Venise, 
18 janvier 1891.) 

LA JEUNE GARDE {Caricaturcs de Tartarino). 

9 octobre 1887. Sympathique entrevue. (L'Italie b le der- 
rière à Bismarck); au-dessous on lit : Cris pi! quel dévoue- 
ment! -^ par Germinal. 

2 septembre 1888. Quichotte-Bismarck et Rossinante-Crispi. 
Hue, cocotte! (Bismarck à cheval sur Crispi.) 

3 août 1890. Les affaires italiennes. A la rue les gêneurs. 
(L'opjnion publique jetant Crispi par la fenêtre.) 



/ 



ICONOGRAPHIE DE CRISPI 305 



12 octobre 1890. // signor Cris}n, eTaprès natute : Je crois la 
marchandise de mauvais aioi (Pot de miel dont l'ombre est 
censée donner 'la silhouette de Crispi). 

1 mars 1891. Actualité (Crispi allant rejoindre Bismarck au 

rencart). 

/' 

LE TBOUPiER (Cancatwes de Gustave Frison). 

N" 44 (1888). Chien savant italien dressé en liberté par Mein 
Herr von Bismarck, Cet animal intelligent court, saute, fait 
Texercice à la prussienne, et lève la patte au premier comman- 
dement. (Bismarck tenant en laisse Crispi en chien.) 

N* 46 (1888). Les Italiens en Afrique. Crispi : Les Anglais 
nous ont fourré dans un guêpier dont nous sortirons diffîcile- 
mefit. — L'Anglais : Pendant ce temps-là les guêpes du Soudan 
nous laissent tranquilles en Egypte. 

N° 47 (1888). VEntr^vue de Bismarck-Crispi (Crispi consultant 
la somnambule Bismarck). 

N*55 (1888). VEntrevue de Rome. Adorable! elle sent le linge 
sale... — Oh, mon rêvel il parfume le saucisson à l'aiL.. — 
Crispi : Les imprudents, ils vont faire pleurer notre Santa 
Madone.... (Entrevue entre le Roi d'Italie et l'Empereur d'Alle- 
magne.) 

N* 164 (1890). La guénson de la phtisie. En vérité, mon cher 
Crispi, voilà une malheureuse petite femme qui travaille trop 
et que vous faites crever de faim! Entre nous, si elle en 
réchappe, ce serait grâce à un régime sérieux, que vous, 
Crispi, vous ne lui donnerez jamais; il lui faudrait la liberté!... 

N» 175 (1891). Les Brancardiers de la Triple- Alliance. Qui de 
trois ôte un, reste deux!... 



' LE COURRIER FRANÇAIS. 

1888. La mia figlia. M. Bonnat en était très content, — par 
Forain... (Crispi présente l'Italie à Bismarck assis devant lui, 
dans un fauteuil.) 



26. 



V 

306 CRISPI EN CARICATURES 



^ 



ITALIE 



EPOCA, à Gênes (Journal quotidien), 

28 juin 1890. Dissolution.,, pour lapatHe. (Crispi aide l'Autri- 
che à étrangler la société irrédentiste « Pro Patria ». — L'Italie 
pleure dans un coin.) 

3 septembre 1890. La loi est égale pour tous. (Crispi conduit 
en prison par deux gardes civiques. Dans le coin K gauche est 
un placard sur lequel se trouve l'article 90 du nouveau code, 
relatif aux voix achetées ou obtenues d'une façon illégale dans 
les élections.) 

28 septembre 1890. Le bouc émissaire de la tribu de Juda. 
(Crispi jetant des pierres à Seismit-Doda, ex-ministre des 
finances.) 

9 octobre 1890. Le grcind mystificateur^ fabricant de bulles,., 
de savon. (Voir page 144.) 

22 octobre 1890. La politique du pendule. (Crispi figure le 
balancier d'une horloge remontée par ja corruption, la cupi- 
dité, le despotisme.) 

26 octobre 1890. La pomme prohibée, (Crispi, en Eve, veut 
cueillir une pomme sur laquelle on lit: Kassala. Autour de l'ar 
bre portant cette pomme est enroulé un serpent personni- 
fiant l'Angleterre.) 

I novembre 1890. La fête de tous les Sajnis, (Crispi, en mou- 
che venimeuse, grimpe après l'Italie. En haut on voit les têtes 
de Garibaldi, Mazzini et Manin. Dans le bas un bersaglier, un 
soldat français et un franc-tireur contemplent ce spectacle.) 

5 novembre 1890. Aide-toi, le ciel t'aidera, (Pendant la période 
électorale, Crispi, sous l'égide des chefs de la Tri pie- Alliance, 
achète les électeurs et leur fait comprendre de voter pour les 
alliés. Au bas, on lit : Je m'aiderai moi-même.) 

7 novembre 1890. Hypnotisme politique. (Un magnétiseur est 
monté sur une boîte portant : Élections 1890. Il lance son 
fluide sur Crispi et sur Kalnocki.) 

II novembre 1890. Le Passé et le Présent, (Épisodes de la vie 
^de Crispi.) 

12 novembre 1890. LHmmense banquet de Turin, (Crispi se 
moque des maçons occupés à agrandir l'entrée de la salle du 



ICONOGRAPHIE DE CRISPI 307 



grand hôtel de l'Europe (hôtel où eut lieu le banquet), car il 
estime qu'aucun local ne sera jamais assez vaste pour con- 
tenir son immense personnalité.) 

22 novembre 1890. Le Cirquef Crispi : Exercices électorçLux. 
(Crispi fait sauter à des cavaliers une barrière sur laquelle on 
lit : Élections. Le premier cavalier, Ântonelli, tombe en sau- 
tant la barrière.) 

23 novembre 1890. La Grande Journée. (Un médecin politique 
fait à l'Italie l'opération césarienne : il lui extirpe la tête de 
Crispi. Le sang est recueilli dans des vases portant les mots : 
Afrique, Triple-Alliance, Banqueroute, etc.) 

9 décembre 1890. La camisole de Fraricesco Grispi. (A gauche, 
Crispi ligotté dans sa camisole de force regarde en désespéré 
le portefeuille de la présidence du Conseil suspendu aux 
branches d'un arbre sur lequel on lit : Pouvoir. A droite, il 
s'est débarrassé de ses entraves et atteint le portefeuille qu'il 
convoitait.) 

12 décembre 1890. Vaccord dans le Cabinet entre les chiens 
et le^ chats. — La démission de Giolitii. (On voit une rangée 
de niches figurant les ministères : celui de la guerre est repré- 
senté par un chat en furie; celui de la marine par un boule- 
dogue à l'air bonasse; celui de l'instruction publique par un 
chien endormi; celui de l'agriculture par un angora à l'air 
calme, celui du trésor (nouvelle création crispinienne) par un 
rat. Crispi chasse avec le pied le chien Giolitti, et flatte le 
dogue Grimaldi, placé élans la niche figurant le ministère des 
Finances. Un autre petit chien sur lequel on fit ; « Grâce, Jus- 
tice », regarde Crispi en le suppliant. (Voir pour Giolitti et 
Grimaldi la gravure de la page 17.) 

25 décembre 1890. La Crèche politique. (Crïspi et Biancheri 
présidant à la naissance de la XVIII* législature sous la pro- 
tection de la majorité de la Chambre, représentée par un âne, 
un bœuf et autres bestiaux, ffansjes nues, l'apothéose de la 
Triple-Alliance. Autour de la crèche, le peuple italien affamé 
et protestant.) 

3 janvier 1891. Ce que verra 1894. (Le Temps, sous la figure 
de M. de Rudini, tient d'une main sa faux, de l'autre un fil 
auquel est suspendu Crispi au-dessus d'un profond abîme. Une 
main sur laquelle on lit : Le Peuple^ se prépare à couper le fil 
avec les ciseaux de l'indignation.) 

7 janvier 1891. Ce que Crispi a trouvé dans les hottes de Noël. 
(Crispi, en polichinelle, tient d'un air songeur' une botte de 
laquelle sort le nouveau député Imbriani. Dans un coin, 1^ 



308 CRISPI EN CARICATURES 



bon génie lui montre que les bons seront récompensés et les 
méchants punis.) 

20 janvier 1891. La Crise ouvrière et le Gouoemement. (Voir 
page 128.) 

2 février 1891. La Crise minisUrielle. (Des souris sur les- 
quelles on lit : agriculture, finances, trésor, guerre, etc., sont 
chassées par un balai sur lequel est écrit : « Volonté du pays. » 
Une de ces souris figure Crispi.) 

3 février 1891. La'î>emière de don Ciçdo* Ferme, ferme, tu 
finiras par être enfermé à ton tour. (Crispi, écrasé sous le vote 
de méfiance de la €hambre, est obligé de céder la place à la 
droite libérale et donne sa démission.) 

8 février 1891. La Crise. (Voir page 154.) 
11 février 1891. Crispi en Carnaval et Crispi en Carême. (Voir 
page 138.) 

14 février 1891. Le Carême. (Crispi en prêtre donne les cen- 
dres aux nouveaux ministres, ses successeurs, en leur disant : 
« Souvenez-vous que vous n'êtes que poussière et que vous 
irez en poussière. » Il leur impose pour pénitence l'expiation 
de ses propres péchés, c'est-à-dire de faire des économies 
auxquelles personne ne pensait sous sa dictature.) 

15 février 1891. L'assiette au beurre... parlementaire bHsée. 
(La chute de Crispi a rendu aveugles les députés — ils ont un 
bandeau sur les yeux — qui assomment sans distinction les 
anciens ministres, amis ou ennemis.) 

27 février 1891. Restitution. (Les têtes de Crispi et de Bis- 
marck attachéeà à la môme chaîne voient avec épouvajite l'em- 
pereur d'Allemagne rapporter à la France l'Alsace et la 
Lorraine.) 

6 mars 1891. Ministère vieux, ministère neuf. (Crispi, à la tête 
d'une bande, essaie de forcer une porte sur laquelle on lit : 
« Ministère ». Dans un médaillon on voit un char portant le 
notfveau ministère qui montre à la foule des pancartes avec 
le mot : « Economies ».) 

28 mars 1891. Le retour d'Antonelli. (Antonelli est chassé 
à coups de pieds par un noir tenant à la main un sac d'écus. 
Crispi, qui veut voler à son secours, est retenu par l'Italie qui 
lui tire l'oreille.) 



Voir également les colleclions du Pasquino (Turin), du Fis- 
chietto (Turin) du Don Chisciotte (Rome), journal créé par les 



ICONOGRAPHIE DE CRISPI 



309 



gàllophiles spécialement en vue de renverser Crispi, de la 
Rana (Bologne), et de tous les journaux à caricatures. On 
trouvera des -portraits de Crispi dans le volume GarihaUli et 
son temps et dans Vlllusirazione Jtaliana. 

L'imagerie populaire a également produit de nombreux por- 
traits enluminés entourés de faisceaux de drapeaux et autres 
attributs. (Voir, notamment, une grande pièce ayant |>onr 
légende : Album délia Conciliazione.) ' 




Don Ciccio se transformant en symbole vivant de la Trinacrie. 

{Don Chisciotte, 4 novembre 1890.) 



/ 




;rview Crispi-Saint-Cère (traduction en images). 

{Bon Chiiciolle, 3 octal)» 1890.) 

TABLE DES GRAVURES 

CLASSÉE PAR PAYS 



Frontispice : Mon ancienne!!! composition de Tirel- 
Crispi dans ses diverses transformations 

II. — AVANT- PBOPOa. 

1. Crispi parlant pour Rome 

2. A propos du ■ Bismarck en caricatures 

'i. L'auteur présentant h. Bismarck Eon-volume.. 
4. Portrait- charge de l'auleur .' 

m. - 

s, Crispi en écu y er présentant Grimaldi au public. 
6. Crispi androgyne. . . .-. 



312 TABLE DES GRAVURES 



7. L'Italie vue par les dessinateurs allemands 31 

8. Crispi et Bismarck cajolant la France 33 

9. La France et Tltalie se donnant l'accolade sur mer. 34 

10. Crispi conduisant la barque de l'Italie vers la France. 35 ' 

11. La France et la Russie avec la Triple-Alliance (deux 

planches) 39 

12. Crispi faisant le porte-monnaie de la France...^... 41 

13. Crispi présentant à la France sa tête sur un plat.... 42 

14. La France et l'Italie discutant sur les traités de com- 

merce 44 

15. Crispi agitant les marionnettes franco-italiennes 46 

16. Crispi offrant son cœur à la France 48 

n. Profil de crânes : Bismarck et Crispi 53 

18. Bismarck et Crispi retirés des affaires 55 

19. Bismarck émergeant de l'urne électorale allemande. 57 

20. Crispi vu à travers les lunettes de la France et du 

« Secolo » .' 59 

21. Crispi d'après un ancien portrait 63 

22. Crispi rasé par le Figaro. 65 

23. Crispi charmeur ^ 67 

24. Crispi d'après une des dernières photographies 69 

25. Crispi faisant la cour à l'Afrique 73 

26. Crispi sous toutes les coutures 77 

27. Crispi indien ; 80 

28. Crispi enfariné ayant retourné sa veste 81 - 

29. Crispi sur son char romain : . 85 

30. Crispi bulgare, tripolitain, marocain 87 

31. Crispi soldat en Afrique 88 

32. Crispi prêtre 89 

33. La coiffure Crispi 90 

34. Crispi ministre universel 91 

3o. Crispi-César mettant sa couronne de nuit 92 

36. La nouveauté du jour 93 

37. Crispi César, puis Néron 97 

38. Crispi Machiavel, Guignol, Gendarme 99 

39. Crispi jongleur , 103: 

40. Crispi et Sarah Bernhardt. 105. 

41. Crispi dans « Rigoletto » . .". 108. ' 

42. Crispi dans le « Trouvère «» 109* 

43. Crispi en gouvernante 111 

44. Crispi en matamore 111 

45 et 46. Crispi tête de Turc (deux planches) 114 

47. Crispi-Damoclès...» 117 



TABLE DES GRAVURES 313 



48. Crispi charlatan et Tanniversaire du Statut.... 121 

49. Crispi envoyant sa tête à la droite. 123 

50. Les députés implorant Crispi pour les élections 124 

51. Crispi chef^uisinier , 125 

52. Crispi brandissant ses foudres au Sénat 127 

53. La crise ouvrière et le gouvernement 128 

54. Crispi donnant congé aux députés 131 

55. Histoire de don Ciccio et de Joséphine (suite de six 

petites images) 132 

56. Crispi mettant au pas les oies capitolines 137 

57. L'arrivée du maître 138 

58. Crispi en carnaval et en carême T. 139 

59. Crispi interdisant le Figaro 141 

60. Crispi gendarme faisant la chasse aux... canards.... 143 

61. Crispi faisant des bulles de savon 145 

62. Crispi domptant le cheval Montecitorio 147 

63. Crispi vendangeant la vigne des élections 149 

64. De l'Olympe à la cuisine 151 

65. Crispi conduisant la liberté au clou . . . T 154 

66. La Crise , 155 

67. Chute de Crispi 159 

68. Crispi perroquet prenant des leçons d'allemand 165 

69. Crispi regardant si les trois cheveux lui poussent.. 166 

70. Crispi pourvu des trois cheveux 167 

71. Crispi roi de cœur et Bismarck roi de carreau 168 

72. Crispi et Bismarck soutenant le monde 169 

73. Trois têtes sous le même poil 171 

74. La Triple-Alliance tirée par ses trois cheveux 173 

75. Crispi ayant endossé la houppelande de Bismarck.. 175 

76. Crispi recevant une veste des mains de Bismarck... 176 

77. Crispi et Bismarck musiciens au concert Européen. 177 

78. Crispi, Bismarck et Mirabeau 179 

79. Crispi ayant retourné sa veste de 1860 180 

80. Crispi adorant Bismarck 181 

81. Crispi à sa toilette.... 183 

82. Provisions pour le voyage à Berlin 185 

83. Crispi en route pour Berlin 187 

84. Don Achille veillant sur Crispi 191 

85. Crispi recevant de Bismarck une seconde capote... 197 

86. Crispi et Caprivi faisant échange d'uniformes 199 

87. Hommages de Caprivi à Crispi prima ballerina 201 

88. La prière de Crispi 207 

89. Crispi l'Africain et l'Italie 209 

27 



314 TABLE DES GRAVURES 



90. Crispi-autruche couvant l'œuf africain. 211 

91. Les amours africaines de Crispi 215 

92. La visite des Marocains à Crispi 217 

93. Le trône du roi Ménélii^ 218 

94. Crispi ballon captif .' 219 

95. Crispi et Bismarck dans l'intimité 221 

96. Crispi en bas-relief 297 

97. Crispi-Trinacrie 309 

98. Crispi et l'interview Jacques Saint-Cère 311 

99. Crispi rappelant la Chambre 320 



IV. — CARICATURES FRANÇAISES. 

100. Politique italienne (Crispi-polichinelle), par Blass... 225 

101. Les Crispinades de Crispino, par H. de Sta 227 

102. Leçon de mandoline chez M. de Bismarck 229 

103. L'élève Crispi copiant son devoir, par Gilbert-Martin. 232 

104. Crispi, portrait-charge j^ar Luque 235 

105. Incident de Florence 239 

106. Le banquet de Turin, par Blass... 241 

107. Aumône à Crispi, par Blass 243 

108. Ce bon monsieur Crispi, par Blass 245 

\ , 109. La botte italienne, par Willette.. 246 

110. Crispi, tu me bottes!, par G. Pilotell 249 

m. L'entrevue de Caprivi et de Crispi, par Gllbert- 

x^ Martin 250 

112. Le terrible accident de M. Crispi 254 

113. Après les jours gras, par Gilbert-Martin 258 

/ 114. L'œuf Crispi, par Blass 262 

115; La grenouille et le bœuf, par Blass 263 

116. Les soirées de Friedrichsruhe, par Blass 267 

117. Du Capitole à la roche Tarpéienne, par Moloch 268 

118. Mise en accusation, par Moloch 271 

119. Amours allemandes, par Tiret-Bognet 272 

120. Ça doit être du propre! par Tiret-Bognet 274 

121. Les amis de la Paix, par Tiret-Bognet 275 

122. Bismarck, composé par Trewey, à l'aide de l'ombre 
des mains 278 

123. Adieux à Crispi, par Tiret-Bognet 278 

124. Crispi, composé par Trewey, à l'aide de l'ombre des 
mains 281 

125. Crispi plantant le drapeau italien à Zula, par Roland. 299 



/^ 



y 



TABLE DES GRAVURES 315 



126. Casus belli ! par Roland 300 

127. Crispilolade, par Moloch 302 

V. — CARICATURES ALLEMANDES, AUTRICHIENNES, SUISSES, ANGLAISES. 

128. Cpispi et John Bull se disputant l'Afrique 285 

129. Crispi se renversant lui-même 286 

130. L'Entrevue de Milan 287 

131. Crispi parti, l'Italie mendie à nouveau 288 

132. Mourez de faim, braves Italiens, mais criez : « Vive 

la Sainte-Alliance ! » 289 

133. Crispi et Bismarck (2 croquis) . . , 291 

134. Crispi dans son quartier de lune 293 

135. Crispi ressemelant la botte italienne 295 



y 



N 



TABLE DES MATIÈRES 



Avant-propos. — Esprit de ce livre. — L'impartialité est 
la règle de l'hislorien. — Quelques documents pour Bis- 
marck en caricatures. — De l'utilité du document gra- 
phique 1 

I. — QUELQUES PARTICULARITÉS DES CARICATURES ITALIENNES. 

Liberté de la caricature en Italie. — Violence des carica- 
tures contre Crispi. — Différence des genres. — Deux 
particularités de la caricature italienne : l'androgynat 
et les réminiscences romaines H 

IL — LA FRANCE ET l'ITALIE VUES PAR LE CRAYON 

DES DESSINATEURS. 

Susceptibilités italiennes: — Origine des rancunes franco- 
italiennes; historique de la question. — Quelques mots 
sur les caricatures contre Napoléon III. — L'Italie ne 
peut pas en vouloir à la France des caricatures qui 
sont faites partout contre elle dans le même esprit. — 
Personnification de la France par les dessinateurs ita- 
liens : le type de Nana. — L'Italie grande dame, la 
France « dame capricieuse ». — Attitude et sentiments 
de Crispi à l'égard de la France 23 

III. -— BISMARCK ET CRISPI. 

Diversité des deux types. — L'association des deux 
noms est la suite de l'entrevue de Varzin. — Même 



318 TABLE DES MATIÈRES 



renversés, ils n*ont entre enx aucun point de ressem- 
blance 51 

IV. — LES PORTRAITS DE CRISPI. 

.^J'ormation et accentuation du type. — Grispi en portraits 
dessinés. — Grispi observé par M. Jacques Saint-Cère 
et par M. Narjoux. — Fantaisies humoristiques du Pas- 
quino sur la tête de Grispi 61 

V. — l'image et CRISPI AVANT 1887. 

Pauvreté de l'image avant 1880. — Ni portraits ni carica- 
tures , 79 

VI. — LES CARICATURES PERSONNELLES SUR CRISPI. 

Grispi-Gésar. — Grispi-Ghrist. — Tout le monde Grispi... 
Grispi partout. — La coiffure Grispi. — Grispi seul 
député. — Grispi seul ministre. — L'homme-Grispi. — 
Le cigare Grispi. — Grispi et sa couronne de nuit. — 
Grispi-gendarme 83 

VII. — LES CARICATURES SUR CRISPI • ITALIEN ». 

Les banquets et les discours, caractéristique de la poli- 
tique crispinienne. — Garicatures du Pasguino et du 
Fischietlo. — Grispi jongleur et comediante. — Le Grispi 
de 1860 et le Grispi de 1890. — Les satires du Fischietto, 
Luttes avec les Ghambres. — La caricature est surtout 
dirigée contre Grispi personnellement; elle ne crée pas 
de types. Grispi et Biancheri. — Grispi tout-puissant; 
Grispi expulseur. — Grispi considéré comme le tyran 
de l'Italie. — Grandes compositions vengeresses de 
VÉpoca 101 

VIIL — LES CARICATURES SUR CRISPI « ALLEMAND ». 

M"* Giccia pnma donna de la « Triplice ». — Le perroquet 
germanique. — Don Gicéîo et les « trois poils » de Bis- 
marck. — Trois têtes sous le même poil. — La Triplice 
tirée par ses trois cheveux. — La houppelande de Bis- 



TABLE DES MATIÈRES 319 



marck et la veste de don Ciccio. — LUI et lui. — « Mon 
ami » Bismarck. — Le départ solennel pour Berlin 
raconté par le Don Chisciotte, — Don Ciccio à Berlin 
voulant rendre à l'Europe un service exemplaire. '— De 
l'inconvénient d'apprendre l'allemand comme un per- 
roquet à l'aide d'un « Manuel ». — Otto von Crispi. — 
« Mon ami » Caprivi. — L'entrevue de Milan.. 163 

IX. — LES CARICATURES SUR CRISPI « AFRICAIN ». 

Historique de la question africaine. — Don Ciccio et sa 
« belle étoile d'Italie ». — Don Ciccio couvant l'œuf 
africain. — Ménélick notre « amik ». — Son entrevue 
avec don Crccio. — La visite des Marocains au musée 
« Crispi ». — Le trône de Ménélick. — Crispi dans ses 
rôles multiples , 20S 

X. — LES CARICATURES FRANÇAISES SUR CRISPI. 

Esprit des caricatures dirigées contre Crispi. — Bismarck 
représente le drame, Crispi la comédie. — Pas de Crispi 
sans Bismarck. — Types du personnage. — Un portrait- 
charge par Luque. — Les caricatures du Don Quichotte^ 
du Pilori, de la Silhouette, — Verve des dessinateurs. 

— Quelques compositions originales : l'œuf Crispi par 
Blass. — Les événements politiques traduits et expliqués 
par l'image. — Tiret-Bognet et la Triple-Alliance. — 
Conception philosophique de ses caricatures. — Bis- 
marck et Crispi obtenus à l'aide de la silhouette des 
mains, par F. Trcwey 223 

XI. — QUELQUES CARICATURES ÉTRANGÈRES. 

Crispi sous le crayon des caricaturistes allemands, autri- 
chiens, suisses, anglais. — Vignettes du Kladderadatsch, 

— Comment les Viennois font le chancelier de fer. — 
Crispi et le Nehelspalter. — Le Crispi gentleman des 
Anglais. — On demande une caricature africaine 283 




Crispi rappelant la Chambre, 

(Alm. de la Bana, 1390.) 



CouLOHHiins. ~ Imp. PAUL BAODARD. 



DQ 556.C7 0e 

... Crl«pl, BMmarcK bI la Tri 

Sianlord Univorsiiy Llbrarie»_ 



3 6106 039 978 21 



S 



DATE DUE 1 



































































































STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES 
STANFORD, CAUFORNIA 94305